Littératures

Mardi 10 novembre 2009

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitIl y a quelques jours, je vous parlais des vicissitudes du lecteur de fond, celui qui s'attaque à des ouvrages de longue haleine dépassant allègrement les mille pages. A présent, j'ai envie d'évoquer l'extrême inverse, à savoir les ouvrages particulièrement brefs - pour être plus précis, ceux dont l'épaisseur se situe en dessous de la barre psychologique des 200 pages. Et de partager ce que je ressens par rapport à eux. L'enjeu n'est pas nul, alors qu'un challenge "Folio 2 euros", lancé par l'excellente Cynthia, fait actuellement un tabac...

De mon côté, j'ai une position ambivalente vis-à-vis de tels ouvrages - que je vous expose ici.

On est en effet tenté, et je le suis aussi, de se dire qu'un tout petit livre, ce sera vite lu et permettra de découvrir à bon compte la prose d'un nouvel écrivain. Deux euros, dans un cas extrême (celui de la collection citée), c'est peu de chose: certes, cela ne suffit plus à payer un café en Suisse, mais l'ouvrage acheté à ce prix dure plus longtemps. Cela implique donc une profusion de tels ouvrages dans une PAL: on se dit que ce sera vite lu, et que l'"objectif PAL" sera vite atteint. Et puis, découvrir un auteur, quoi de plus louable? La tentation est donc grande de s'en procurer dès que possible: si en plus la découverte ne coûte pas cher... Cela, d'autant plus qu'au moment de l'achat ou de la lecture, les tout petits livres prennent peu de place dans un sac, voire dans une poche - et qu'on ne regrette pas, ou si peu, l'argent ou le temps investi si d'aventure il déplaît.

Effet pervers: puisqu'on se dit que le "petit livre" sera vite lu, on s'efforce de faire en sorte de le lire en peu de temps. Dès lors, deux cas de figure, sachant qu'un livre réclame son dû en minutes: soit on lui consacre le temps qu'on souhaite, quitte à sacrifier d'autres choses et à lire à marches forcées pour l'avoir fini dans la journée même où on l'a commencé (belle victoire, allez!), soit on lit à son rythme... et on est frustré de ne pas l'avoir lu dans la journée, justement: après tout, un petit livre, ça se dévore en une bouchée, non? Et une bouchée qui dure trois jours, vous l'accorderez, c'est un peu indigeste.

Résultat de cet effet pervers: on se réserve les livres courts pour les périodes où on a vraiment du temps, genre deux ou trois heures devant soi pour ne se consacrer qu'au dernier Nothomb. Or, à une époque où le temps est un luxe plus précieux qu'une rivière de diamants, rares sont les heures qu'on peut ainsi aligner! Et ne venez pas me parler d'heures d'avion: si je pars en voyage, je préfère avoir un gros livre que plusieurs tout petits qui s'égaillent dans mes bagages. Sans compter qu'embarquer avec soi un tout petit livre (ou même plusieurs), c'est s'exposer à la panne sèche de lecture, douleur à nulle autre pareille pour le Lecteur Compulsif Anonyme. Quant à moi, j'aime avoir de la réserve, et je calcule large...

Du coup, ces ouvrages très courts finissent par prendre racine dans les piles à lire, faute d'avoir trois heures devant soi pour n'en faire qu'une bouchée... et quand il s'agit de déstocker (par exemple dans le cadre d'un challenge "Objectif PAL"), c'est fastidieux... à moins qu'on n'y prenne un plaisir incommensurable! Reste qu'on ne voit pas la pile diminuer...

... alors, êtes-vous plutôt du genre "Je prends un gros livre, ça fait plaisir et ça fait une monstre place sur la PAL" ou "Je trie le gravier à la main"? Cela, naturellement, sans jamais oublier la notion du plaisir de lecture...!

Par Daniel Fattore
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Mercredi 14 octobre 2009

Pour commencer, que ma réponse soit franche et directe: pas bac! Mais pas pour les raisons de bienséance qu'on agite habituellement...

"Ars Amandi" n'est rien d'autre que le titre original de "L'Art d'aimer" d'Ovide, ouvrage proposé comme unique sujet de bac pour jeunes Français qui vont le passer bientôt - en 2010 si j'ai bien compris. Ce choix fait l'objet de polémiques, en particulier dans les milieux les plus conservateurs. On peut leur concéder que l'instruction publique française aurait dû laisser aux étudiants un choix entre plusieurs oeuvres, afin de répondre aux goûts de chacun - voire de guider le choix des professeurs de manière plus souple, en leur imposant d'examiner l'étudiant sur un choix représentatif d'oeuvres (genre, forme, époque, etc.). Aux plus obtus, on répliquera que l'"Art d'aimer" d'Ovide fait partie du patrimoine littéraire occidental, digne, à ce titre, de figurer dans les programmes scolaires en dépit de son sujet. Un argument qui a son poids.

J'ai envie de répliquer en partant de mon expérience personnelle - qui ne vaut rien du point de vue scientifique, mais pourra peut-être intéresser quelque lecteur passant par ici, latiniste ou non. J'ai lu deux fois, si je me souviens bien, ce récit - sans avoir jamais eu à rougir: l'auteur donne des ficelles, expose les lieux propices, etc. De quoi faire travailler l'imagination? Peut-être. Mais rien de directement exploitable, si j'ose ainsi m'exprimer.

Pourquoi, cependant, me suis-je intéressé à ce truc-là, au lieu de prendre exemple sur Jean-Claude Dusse comme tout le monde?

Peut-être parce que j'ai eu des professeurs et des collègues qui ont su titiller ma curiosité à propos de ce livre. La méthode, vous la connaissez tous: on laisse entendre qu'il y a un truc génial à découvrir, on lui confère une réputation qui sent un peu le soufre et le stupre, on insinue que le bibliothécaire vous fera les gros yeux si vous demandez ce titre, et hop: l'étudiant va sauter dessus, "par l'odeur alléché", comme dirait un fabuliste classique. Si l'enseignant sait y faire, il parviendra même à laisser entendre que ce genre de récit est interdit aux mineurs...

... et comme le goût de l'interdit est le meilleur moyen d'intéresser quelqu'un à quelque chose, tout le monde, moi y compris, s'est précipité sur l'ouvrage et y a trouvé de quoi se faire plaisir l'instant d'une lecture donnant l'impression de faire partie du cercle restreint de ceux qui sont admis à sa lecture. Le privilège d'avoir touché au fruit défendu, donc. Et, naturellement, d'avoir appris quelque chose de plus sur la civilisation romaine, avec un plaisir renforcé.

Supposons à présent que cet ouvrage figure dans les programmes scolaires. En institutionnalisant l'Art d'aimer, on l'émascule quelque part en lui ôtant ce goût de soufre qui attire: puisque c'est permis voire recommandé, c'est moins drôle. Peut-être qu'un professeur saura suggérer, d'un clin d'oeil ou d'une phrase malicieuse, quelque chose qui ressemble au goût sulfureux; mais tous les étudiants ne se prendront pas au jeu. Certains en seront même dégoûtés, simplement parce que c'est l'école qui le leur impose: j'ai connu de tels blocages sur des romans français, par exemple "Jacques le Fataliste et son maître" de Denis Diderot. Dommage! Et pendant qu'on fait semblant de s'amuser avec Ovide, peut-être oublie-t-on d'autres auteurs classiques qui n'ont pas, par nature, le même attrait: si un recueil de conseils amoureux est susceptible d'intéresser tout le monde, qu'en est-il, par exemple d'une "Vie des douze Césars"?

Laissons donc l'"Ars Amandi" aux enfers... afin qu'il conserve longtemps encore son goût inimitable d'ouvrage interdit!

Par Daniel Fattore
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Samedi 10 octobre 2009

Amis lecteurs, sans doute vous est-il arrivé de vous lancer dans de véritables pavés - pas ces livres grassouillets qu'on vous propose au moment des grandes vacances, non, mais bien des volumes dépassant allégrement les mille pages en un seul volume, un seul roman, une seule oeuvre. Actuellement, je nage dans un texte de ce genre, dont j'ai hâte de rédiger le commentaire parce que c'est un volume à la fois méconnu et formidable - en ce qui concerne le titre et l'auteur, ce sera la surprise!

Reste que ce n'est pas la première fois que je m'embarque dans de pareilles aventures. L'an passé, il y eut par exemple "Moi, Charlotte Simmons" de Tom Wolfe - mon entrée dans l'univers de cet écrivain. La fin m'a paru ressembler à une pièce rapportée, telles que ces fins pas du tout en rapport avec le récit que critique G. B. Shaw dans Lsa postface à "Pygmalion"; mais force m'a été de constater que l'homme sait jouer de son style tout au long d'un récit finalement assez linéaire.

La diversité des styles est l'un des moteurs d'un autre ouvrage bien lourd, "Belle du Seigneur" d'Albert Cohen. Pour en venir à bout, je m'étais fixé des objectifs quotidiens: cinquante pages par jour. Mais ce roman m'a paru tellement génial que je n'ai eu aucun problème à les dépasser, ces cinquante pages! Il faut dire que j'avais du temps devant moi (j'étais en vacances) et que certains chapitres étaient fort brefs. Mais entre le grotesque et le sublime, j'ai tellement aimé ce roman que j'ai longtemps renâclé à me remettre à Albert Cohen... de peur d'être déçu par quelque autre de ses oeuvres. J'y suis revenu avec "Mangeclous", quelques années plus tard... et c'était délicieux! Même si là, c'est surtout le versant grotesque, hénaurme qui est privilégié.

La force de "Autant en emporte le vent" réside en revanche dans la profondeur de ses personnages - que ce soit la complexité de Scarlett O'Hara ("taratata!"), à la fois chipie à la gomme et femme suffisamment forte pour reconstruire, toujours et encore - et fantasmant sur le seul homme qu'elle déteste parce qu'il est seul à être capable de la faire régulièrement tourner en bourrique: Rhett Butler. Un jeu qu'on apprécie... Et en filigrane, c'est finalement les Etats-Unis de toujours, entreprenants et débrouillards, qu'on découvre dans cette oeuvre. 
Côté américain, il y a aussi eu "Ca" de Stephen King, un faux long roman puisqu'il se compose de trois volumes... je les ai tous lus sur trois ans, à raison d'un par an - soit 1500 pages scindées en trois. Des souvenirs? Après tant d'années, pas grand-chose, il faut bien l'avouer, même si sur le moment, on se dit que ça fonctionne bien.

Dans un tout autre domaine, le récit le plus long que j'ai lu est sans doute l'"Histoire de ma vie" de Jacques Casanova de Seingalt, tombeur et aventurier vénitien bien connu - plus de trois mille pages d'aventures, de récits délirants, de romances et de ruptures en douceur (car Casanova a toujours quitté ses femmes (un peu plus de 130) en bons termes). L'homme commence par narrer son enfance; pour les passages un peu croustillants, donc, il faut attendre un peu. Mais l'homme embarque son lecteur un peu partout en Europe - et sa vie est un véritable roman que je recommande à tout lecteur ambitieux - ou lectrice... L'édition parue dans "Bouquins" (version Brockhaus-Plon) est la plus fidèle au manuscrit original; c'est une force et une faiblesse: le français de l'auteur, italophone, n'est pas toujours au-dessus de tout soupçon. Je l'ai personnellement lu dans la version Paulin-Rozez, parue à Bruxelles dans les années 1880.

J'ajoute humblement qu'après deux tentatives, "Le Seigneur des anneaux" de Tolkien m'est tombé des mains après une centaine de pages.  

Et vous, quels sont vos rapports avec les très longs romans?

P. S.: les courageux s'attaqueront avec profit à l'"Astrée" d'Honoré d'Urfé, qui se déroule dans le Forez (donc à côté de Saint-Etienne; c'est de saison, puisque la Fête du livre aura lieu bientôt  - Lili s'y est essayée, avec un résultat mitigé) ou, surtout, à "Artamène ou le grand Cyrus" de Madeleine et Georges de Scudéry, considéré comme le plus long roman en langue française, soit 13095 pages dans l'édition originale). Et pour les amateurs inconditionnels du genre, le journal d'Henri-Frédéric Amiel est, paraît-il, pas mal non plus (17000 pages).

Pour lire "Artamène":
http://www.artamene.org   

Par Daniel Fattore
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Mercredi 30 septembre 2009

Tagué simultanément par A Girl From Earth, qui tient le blog "Lecture sans frontières", et Cynthia des "Contes défaits"! Je me livre de bonne grâce au jeu des questions-réponses, en espérant vous amuser au fil des quinze épreuves suggérées.

1. A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture?

La Guerre des boutons de Louis Pergaud

La Guerre des poireaux de Christian Grenier

Un psychanalyste pourrait beaucoup s’amuser rien qu’avec ça… Il y a aussi «Eddie et son perroquet Dagobert», de Carolyn Hawyood, paru dans la Bibliothèque de l’Amitié. Est-ce que quelqu’un s’en souvient? Et qui connaît le nom du traducteur?


2. Quel est le chef-d’œuvre «officiel» qui te gonfle?
N’importe quel livre parlant de pompes à vélo… mais je me réjouis de lire Bartali sans ses clopes de Michaël Perruchoud (qui participe actuellement aux Jeux de la Francophonie, non comme cycliste, mais comme écrivain).


3. Quel classique absolu n’as-tu jamais lu?

Madame Bovary de Gustave Flaubert (abandon piteux).
Roméo et Juliette de William Shakespeare (mais j’ai vu le film de Baz Luhrman… Comment, ça ne compte pas?)


4. Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as «honte» d’aimer?
Il y a eu Evguénie Sokolov de Serge Gainsbourg (prout prout!). Mais j’ignore si à présent, j’aurais un avis aussi enthousiaste que lorsque j’avais 17 ans.


5. Quel est le livre que tu as le sentiment d’être la seule à aimer?
Là, je place une anecdote personnelle vécue au théâtre: j’ai assisté il y a un paquet d’années à une représentation d’Iphigénie Hôtel de Michel Vinaver, jouée à Bulle par une troupe d’amateurs. La pièce était longuissime et il ne s’y passait pas grand-chose; le public partait pendant les pauses (il y en eut trois), pour ne pas revenir… de mon côté, j’avais apprécié. L’organisateur a eu l’impression que j’étais à peu près seul à avoir goûté la représentation.

6. Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier?
Le mien, mais il faut encore que je l’écrive.


7. Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer?
L’Alchimiste de Paulo Coelho. Mais il pourrait aimer ça, le saligaud!


8. Quel livre pourrais-tu lire et relire?
Le Beaujolais nouveau est arrivé de René Fallet.


9. Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité?
Voir sous 8. Personnalité rêvée?


10. Quel livre t’a fait verser tes plus grosses larmes?
Je ne me suis jamais pris de Larousse sur la figure…


11. Quel livre t’a procuré ta plus forte émotion érotique?
… ni ne me suis essuyé avec ce genre d’objet. Après, les pages restent collées, beûrk!
[C'est bon, j'arrête mes batifolages!] 


12. Quel livre emporterais-tu sur une île déserte?
Un livre qui flotte et soit assez gros pour que je puisse revenir sur la terre ferme en le chevauchant à la manière d’un radeau.


13. De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience?
Voir sous 6.


14. Quel est selon toi le film adapté d’un livre le plus réussi?
Autant en emporte le vent.


Et qui pourrait reprendre le Flamby, pardon: le flambeau? Mon choix se porte sur Caquetages, Thaïs, Aliénor, Sous les couvertures, Enlivrez-vous et Valy-Christine Océany! A vous de jouer... et de répondre à ces quatorze questions très très personnelles dans le cadre d'un billet!

Par Daniel Fattore
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Mercredi 19 août 2009

J'ai lancé il y a 48 heures environ un appel à toute personne intéressée à commenter le livre "Solo" de Michka Assayas, qui m'est échu dans le cadre d'une opération relative à la rentrée littéraire. Océane s'est montrée intéressée; je me ferai donc un plaisir de lui faire parvenir l'ouvrage en question! Avec les félicitations de la maison...

Par Daniel Fattore
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