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"Parler avec exigence, c’est offrir à l’autre le meilleur de ce que peut un esprit."
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Mardi 5 août 2008

... ou plutôt tout près de l'Alpe d'Huez, et pas en cyclisme, comme le titre pourrait le laisser entendre. J'ai en effet profité d'un petit week-end de libre pour aller participer à la dictée de La Garde en Oisans, organisée et rédigée par l'ancien Dico d'Or Jean Chalvin. Un auteur malicieux qui n'hésite pas à jouer avec les mots pour mieux balader ses candidats. Il m'a fait trébucher cinq fois... mais cette fois, c'est moi qui ai rendu la meilleure copie. De bon augure pour la fin août?

L'événement a eu lieu dans un charmant hôtel du village, à l'enseigne de "La Forêt de Maronne". Pas le temps de plonger dans la piscine de l'établissement, cependant: très vite, la quarantaine de candidats (surtout des candidates, en l'occurrence, et majoritairement des gens du village ou du département) s'est concentrée sur ses copies. La dictée abordait le thème du "coq", qui constitue l'un des symboles du village. L'occasion de jouer fréquemment avec les mots, entre coquecigrues et autres actes de "côcher" - le fait, pour un coq, de couvrir une poule. Reste que l'oiseau ne risquait pas d'attraper la grippe aviaire (virus H5N1, également présent dans le texte!), puisque l'auteur évoquait plus particulièrement... le coq du clocher du village. A noter, enfin, que les "piqués de la pédale" n'ont pas été oubliés par l'auteur de la dictée.

Sympathique ambiance donc... et les joutes se sont prolongées par un test sur les noms de vents, ainsi que d'un autre exercice ô combien périlleux sur l'histoire du Daupiné, concocté par Monsieur le Maire en personne. La méthode aléatoire qui fut la mienne m'a permis de glaner sept pauvres bonnes réponses sur 30 questions... il faudra que je replonge dans mes livres d'histoire! Si j'osais un mauvais jeu de mots, je dirais que c'est comme cela qu'on produit le "gratin dauphinois"...

Et les prix de cette étape de montagne (1450 mètres d'altitude quand même)?
Notons que cette année, les catégories furent nombreuses, entre les prix du fair-play et d'autres éléments aussi originaux qu'un prix de calligraphie. Un diplôme a été remis aux lauréats, ainsi qu'un cadeau en forme d'Opinel - d'anciennes séries limitées, d'après ce que j'ai pu voir.
Cette fois, j'ai le mien...!

En conclusion, je tiens à préciser que je ne me suis pas fait la route à vélo... sans quoi j'y serais encore.

Sur La Garde en Oisans:
http://www.lagardeenoisans.com
Sur le théâtre des opérations:
http://www.laforetdemaronne.com/

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Mardi 29 juillet 2008

COCUE par chaojikazuRingarde, la langue française? En de nombreux endroits du monde, plus qu'on ne le croit à mon humble avis, la réponse sera négative. L'un d'eux est le Japon. Je me souviens d'avoir lu dans un vieux livre de Nicolas Bouvier, "Journal d'Aran et d'autres lieux", que les Japonais avaient la langue de Molière en haute estime, et la trouvaient très sexy, chic, poétique, harmonieuse, etc. Des nipponophiles avertis m'ont confirmé la chose. Mais étaient-ils au courant d'un développement assez original qu'on appelle le "franponais"?

Et puis, "franponais", quézaco? Il s'agit de l'utilisation de mots français ou à consonance française par les habitants de l'Empire du Soleil levant. Au fond, c'est un peu comme quand nous allons emprunter des termes de marketing à l'anglais pour impressionner son auditoire... à part que le franponais comprend, pour le francophone moyen, un côté franchement tordant, en principe de manière involontaire. "Le franponais est un art, un art Nippon, ni plus ni moins... "C'est l'art d'écrire et d'utiliser la langue française en sacrifiant la syntaxe, en maltraitant le vocabulaire, en torturant la grammaire et ignorant Molière... Rien que ça!", déclare le webmaster de http://npu4.free.fr, grand collectionneur de telles perles.  

En effet, tout se passe comme si les créatifs japonais reprenaient tout et n'importe quoi, sans trop se poser de questions sur les connotations que renferment les termes utilisés. Le résultat est souvent surréaliste. On se retrouve ainsi avec un restaurant de quartier nommé "Au petit coin" (allez, ça c'est mignon!), avec une marque de chaussures "Cocue" (photo ci-dessus, reprise sur Flickr), avec des friandises qu'on appelle de "petits pets" (bon appétit si vous passez par là après le repas), une robe de mariée de modèle "Bourrée" (comment doit-on le prendre?), etc. Tout cela, naturellement, sans oublier une certaine Toyota MR2, un nom qui peut prêter à confusion si on le dit un peu trop vite, même s'il fait très sérieux quand on le décrypte comme ça, sur papier.

Le terme de "franponais" a été inventé par un webmaster actif au Japon, qui a pris des photos sur place. Elles sont disponibles ici: http://npu4.free.fr; dans la foulée, il a même inventé le "japlish", terme désignant l'utilisation parfois très nippone de l'anglais, perçu davantage comme un simple élément esthétique que comme une vraie langue porteuse de sens. Depuis, le mot "franponais" a cependant fait fortune, puisque je l'ai retrouvé, ces dernières années, dans la presse boulevardière suisse. Saint Google le recense même 16600 fois. Et là-dessus, dans la foulée, je propose le "spanjap", qui serait l'utilisation de l'espagnol: qui sait par exemple ce que signifie le "Pajero" qui désigne un type de Mitsubishi?...

Japlish (en anglais Engrish):
http://engrish.com
Franponais:
http://npu4.free.fr
Photos: Flickr et npu4. 

P. S.: il paraît que les Japonais se vengent à leur manière en commercialisant des vêtements avec des signes issus de leurs alphabets. Naturellement, les pauvres Occidentaux n'y comprennent rien - ce qui, paraît-il, vaut parfois mieux pour la paix des ménages.

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Jeudi 24 juillet 2008

Je me souviens d'avoir écrit un petit papier sur le latin il y a une couple d'années - je remets ça ici, parce qu'il s'agit d'un sujet qui me tient à coeur et que je tiens pas mal à ce que cette langue conserve une présence dans les écoles, mais aussi ailleurs. Ce qui m'a flashé, c'est que je suis tombé ce matin sur un ou deux articles évoquant le sort que la Finlande réserve à la langue de Cicéron. En 1999, afin de protester contre le veto de l'Allemagne d'utiliser le finnois comme langue de travail sous la présidence finnoise, ce pays scandinave avait annoncé le début de sa présidence... en latin. Bien joué! Pendant sa présidence, par ailleurs, la Finlande a diffusé des bulletins d'information en latin qui ont suscité des échos positifs, paraît-il. Résultat: l'expérience a été reconduite en 2006, lorsque la Finlande est redevenue présidente de l'Union européenne. Qui va lui emboîter le pas?

Mon papier avait été suscité par une idée lancée par l'école genevoise en 2006, qui consistait à réintroduire l'obligation du latin à l'école pour rehausser le niveau du français. Face au Conseiller d'Etat en place à l'époque, naturellement, quelques voix se sont élevées pour crier un retour aux âges obscurs. On est en droit de se demander pourquoi. Les cas évoqués en début de papier ne sont qu'un exemple parmi d'autres de la vitalité de ce qu'on appelle aujourd'hui, bien à tort, une langue morte. Le Vatican développe par exemple encore et toujours le vocabulaire latin, qui s'est enrichi de toute la terminologie utile pour parler d'informatique. Saviez-vous par exemple que le mot "ordinateur" se dit "computatra"? Le web lui-même s'est doté de tout ce qu'il faut pour que les latinistes n'y perdent pas pied: Wikipedia existe en latin (sous le nom de "Vicipaedia"), tout comme Google.

Je reviens à mon cas finlandais. Il semblerait en effet que, bien qu'éloigné de l'empire romain (qui me rappelle étrangement un truc méditerranéen cher à Nicolas Sarkozy - le latin pourrait aussi lui donner des idées en vue d'une langue véhiculaire, non?), le peuple finnois soit resté attaché à cette langue. J'ai trouvé en son temps, par exemple, un site diffusant des informations radio en latin. Utile? Un peu, puisqu'on estime à 14 millions le nombre de personnes en mesure de parler le latin sur le continent européen. Un peu plus que le dialecte suisse alémanique, non? Des clubs et cercles latinistes et latinophones existent par ailleurs, et ont pignon sur le web - il suffit de chercher. J'étais même tombé sur des groupes de rock et de rap privilégiant cette langue...

Cela, sans oublier que le latin, idiome "neutre", pourrait constituer une alternative au "tout à l'anglais" qui tend insidieusement à s'imposer en Europe et dans les institutions de Bruxelles. Tout le monde devrait l'apprendre, personne ne peut le revendiquer comme langue maternelle, donc tous les puissants sont à égalité lorsqu'il s'agit de s'exprimer. Ce n'est pas rien, tant il est vrai que celui qui parle sa langue maternelle a toujours barre sur celui qui s'efforce de parler celle d'autrui. On pourrait obtenir le même résultat avec l'espéranto, qui n'a cependant ni la même tradition, ni la même audience. Dans le même esprit, pourquoi ne pas renforcer sa présence à l'église? Cela permettrait de réciter le "Notre Père" avec tous les fidèles, où que l'on soit: France, Italie, Hongrie, etc. Avantage non négligeable quand on sait la mobilité de tout un chacun à l'heure actuelle.

Ultime avantage, enfin, qui constitue la première phrase de l'
ouvrage sur les exorcistes évoqué il y a quelques jours: le Diable n'aime pas le latin...

Quando ergo latine loquimur?

Vicipaedia:
http://la.wikipedia.org

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Mercredi 9 juillet 2008

Il y a quelques semaines, j'avais parlé de vous faire un petit papier sur l'origine trompeuse (ou non) de certains mots et expressions, en donnant pour exemple le fameux "Café de Paris". Me voilà en mesure d'aborder le sujet... et je l'aborderai avec, justement, le "Café de Paris". Mais il ne sera pas le seul abordé...

CAFE DE PARISAlors? "Café de Paris", jus de comptoir? Vaudrait-il mieux parler d'un café italien? Ni l'un, ni l'autre. Le café de Paris est une sauce au beurre originale, propre à accompagner les biftecks. Elle a été mise au point dans les années 1930 par le patron du "Restaurant du Coq d'Or", pour un établissement appelé "Café de Paris", situé au 26, Rue du Mont-Blanc... à Genève. Ajoutez-y une solide histoire de famille, avec mariage à la clé, et la légende voit le jour. "Souvent imité, jamais égalé", dit sans complexe le site du restaurant, qui existe toujours. Rien de parisien dans cette affaire, donc, ou si peu...

Il y a en revanche quelque chose de plus parisien qu'on ne le croit dans les "capotes anglaises". Allez savoir pourquoi on les désigne ainsi en France et dans la francophonie! Reste qu'à Londres, on emploie le terme de "condom", que tout le monde connaît - y compris pour être le nom d'une ville construite sur les rives d'une rivière nommée, ça tombe à pic, la "Baïse". Et quel est le terme qu'on emploie en Allemagne pour désigner ce genre d'objet! "Pariser", littéralement "les Parisiens"! La Ville-Lumière est décidément la capitale de l'amour pour certains. D'ailleurs, pourquoi parle-t-on de "french kiss" en anglais? Les Français vont-ils, réciproquement, parler de "baiser à l'anglaise", hors d'un fameux film?

Dans un tout autre domaine, le "cor anglais", pour reprendre les mots de mon vieux professeur de musique, "n'a rien d'un cor et n'est pas anglais", même si les Anglais l'appellent "English horn". S'il n'est pas anglais, une des étymologies qu'on lui colle est que cet instrument de la famille des bois, à anche double donc parent du hautbois, présente un angle au niveau de son embouchure. D'autres étymologies n'hésitent pas à faire remonter son nom aux anges eux-mêmes - via un détour par l'allemand "englisches horn", qui rappelle "die Engel", les anges. Une étymologie corroborée par le terme "corno angelico", utilisé par les Italiens à l'époque baroque.

La "roulette russe" est désignée par le terme de "roulette américaine" par les Russes...

Il paraît que la crème bavaroise est une invention suisse...

Et en musique, la tierce picarde, qui consiste à faire s'achever par un accord majeur un morceau écrit en mineur pour des raisons de consonance et parce que ça illumine toute l'interprétation, n'a rien de picarde - tout au plus aurait-on repéré cela dans des pièces de la région. D'ailleurs, et même si ça n'a rien à voir, saviez-vous que le célèbre adagio d'Albinoni n'est pas d'Albinoni?

J'aime bien, par ailleurs, la notion de "filet américain" chère aux Belges pour évoquer le steak tartare. D'aucuns vont jusqu'à dire que c'est en fait un "steak belge", à distinguer du tartare tel qu'on le connaît... Ah - et il est intéressant aussi de relever que le pingouin des banlieues Poungi la Racaille fait tout "à l'américaine", sans faire dans le détail. Dans le genre, c'est assez cocasse.

... et pour finir, savez-vous ce qu'est un Suisse? Bon d'accord, c'est un bonhomme qui parle lentement, est farouchement indépendant et fier de son secret bancaire et de ses monts où le soleil annonce un brillant réveil. Mais c'est aussi un sacristain... et, enfin, c'est une sorte d'écureui. Où vit-il? Perdu: son habitat ne se trouve pas dans les Alpes, mais bien au Canada.

Il y en a sûrement d'autres... qui feront l'objet d'un nouveau billet.

http://www.cafe-de-paris.ch

Photos: dkimages.com; flickr.com; le camdouval.

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Jeudi 3 juillet 2008

J'ai évoqué hier un dictionnaire de proverbes, celui de Montreynaud, Pierron et Suzzoni. Il s'agit d'un petit ouvrage que j'ai gagné l'an dernier lors des championnats suisses d'orthographe; mais je n'ai jamais vraiment eu le temps de me pencher dessus avant... hier soir.

Alors, ringard, le proverbe? Ou peu intéressant? Cette question, le lexicographe Alain Rey la pose dans la préface de cet ouvrage. Feuilletons-le: on y trouve un peu moins de six mille proverbes du monde entier, sur toutes sortes de sujets, parfois expliqués ou commentés. Le tout est agrémenté d'une bibliographie, et surtout d'un index qui permet à chacun de trouver un proverbe ou un diction pour toutes les circonstances de la vie. Le dernier proverbe mentionné est: "La queue du boeuf dit: "Le temps s'en va, le temps revient." - un proverbe qu'on présente comme rattaché à la sagesse. Le recueil s'ouvre sur: "Le soleil luit pour tout le monde" - un classique! En tout bien tout honneur, ce dictionnaire ouvre ses pages par un premier chapitre sur la nature.

J'ai cité Florence Montreynaud tout à l'heure... je l'avoue, elle me gonfle quand elle passe à la télévision, surtout quand il y a Alain Soral en face. En revanche, je garde un excellent souvenir de son "Dictionnaire des citations françaises et étrangères", également gagné à un championnat d'orthographe - cette fois chez Bernard Pivot, à Besançon, en 1991 déjà. Un bel objet qu'on feuillette volontiers! Ici, les proverbes sont classés selon le nombre peu scientifique de 365 thèmes et sujets, d'"Absence" à "Voyage", et sont mis en page de manière très, très aérée. Vous imaginez qu'avec une telle configuration, ce recueil s'ouvre sur "Les absents ont toujours tort"; savez-vous que ce mot passé dans l'usage courant est attribué à un certain Destouches? Naturellement, le suivant est presque identique: "Les absents ont toujours tort de revenir", a écrit un jour Jules Romains, dans son journal. Le volume se termine sur "Ce qui reste de tous les voyages est le parfum d'une rose fanée..." comme une conclusion au voyage au pays des citations. En effet, la mise en page et l'agrément d'un beau papier font qu'on a pour ainsi dire envie de lire tout cela à la suite, à petites doses ou à grandes gorgées. Le choix des citations est pertinent, souvent surprenant, et glisse volontiers d'un aspect du sujet à l'autre en d'habiles gradations. Je suis sûr que cela a été étudié pour. Et pour les tenants d'une approche ponctuelle, il y a toujours un index avec les renvois correspondants, par sujet ou par auteur.

Le monde de l'édition française offre donc bel et bien de quoi nourrir toute conversation, et briller en société pour ceux que cela attire. Sans doute connaissez-vous d'autres ouvrages de ce genre, chers visiteurs?...

Fin de citation."

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Lundi 26 mai 2008

Alors voilà... la nouvelle est tombée, et je l'ai trouvée aujourd'hui: j'ai fini troisième de la demi-finale des championnats suisses d'orthographe, avec sept (horribles) fautes. Correct, surtout quand je pense à ce à quoi je m'attendais. Quelques considérations à l'occasion de cette médaille de bronze - purement virtuelle, puisque s'illustrer en demi-finale ne rapporte plus rien en Suisse. Tout cela, pour me qualifier pour la finale de Saint-Pierre-de-Clages, le 30 août prochain.

Qui, d'abord, m'est passé devant? Deux messieurs fort respectables du monde des dictées, français qui plus est, auxquels je rends hommage ici. Avec deux fautes, le premier au classement s'appelle Guy Deschamps, enseignant de son état. A tout seigneur, tout honneur, puisqu'il s'est illustré dans de nombreuses épreuves, notamment, l'an passé et le même jour, à Saint-Etienne puis à Grenoble (j'étais son Poulidor, à chaque fois!), mais aussi, deux ou trois fois, à Saint-Vaury, épreuve de printemps, dans la Creuse (près de M. Chabossot, peut-être, ou de son éditeur). L'homme est l'une des raisons pour lesquelles le petit village de Saint-Martin-des-Besaces est célèbre, l'autre étant sans doute le roman "Poste Mortem" de Jean-Jacques Reboux.

La médaille d'argent est revenue cette fois à Guillaume Terrien, qui a trébuché par trois fois. Informaticien, grand lecteur du Petit Robert, ce jeune homme s'est notamment illustré à la toute dernière dictée des Dicos d'Or. Il anime en outre un club d'orthographe à Grenoble, et organise chaque année une dictée dans le cadre des joutes de l'ADAJE, le même jour que celle de Saint-Etienne... Guillaume Terrien s'est également illustré à Saint-Vaury... entre autres.

Les Français seraient-ils si présents en Suisse? Cela ne date pas d'hier. On connaît de longue date la participation de Philippe Dessouliers; d'autre part, Guillaume Terrien et Guy Deschamps sont devenus des habitués, en dépit des distances. Cela, sans oublier d'autres candidats venus de loin, coutumiers de l'épreuve.

Cela dit, le règlement est ainsi fait que c'est bien le premier Suisse qui se qualifie pour la Dictée des Amériques, et peut-être pour la Dictée d'Afrique... donc il ne me reste plus qu'à prier pour que le classement reste au moins comme ça! Mon prochain travail consistera à potasser les règles d'utilisation des majuscules en français, sur la base du Girodet. Elles sont responsables de deux ou trois fautes (de trop) dans mon texte, et seul le concours national suisse les comptabilise - on a donc tendance à les négliger.

Et, comme le laisse entendre le webmestre du site officiel des championnats d'orthographe, tout cela laisse augurer d'une finale de choix. Rendez-vous en août, donc.

Photo: Flickr/Frengo
Le site du championnat suisse d'orthographe:
http://www.orthosuisse.ch
Le site du club d'orthographe de Guillaume Terrien:
http://guterrien.free.fr

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Samedi 10 mai 2008

... on revient par la fenêtre. C'est un peu l'impression que j'ai quand je me rappelle les vicissitudes de la "réforme" orthographique lancée en 1990 par l'Académie française, Maurice Druon en tête. Qu'en dit actuellement l'institution du Quai de Conti? Avant tout qu'elle ne contient aucune disposition de caractère obligatoire; il s'agit donc plutôt de "recommandations". "Elle estime qu’il y a avantage à ce que lesdites recommandations ne soient pas mises en application par voie impérative et notamment par circulaire ministérielle", ajoute le site Internet de l'Académie française (déclaration du 17 janvier 1991).

Suite des événements en 1992: "
[...] nous n’avons inscrit à titre définitif que les modifications qui visaient principalement à harmoniser l’accentuation de certains mots, tels allègement, allègrement, etc., avec leur prononciation habituelle. Procédant aux rectifications de cet ordre nous avons indiqué, chaque fois que l’usage nous paraissait hésitant, l’existence ou la possibilité de deux graphies (évènement ou événement).", déclare Maurice Druon dans un "avertissement". 

Certaines graphies ont donc été intégrées au Dictionnaire de l'Académie française; les autres restent soumises à l'épreuve du temps, pour reprendre une expression chère aux Immortels, peu enclins à intégrer n'importe quel effet de mode à leur travail. On admet volontiers "chausse-trappe" ou "évènement", mais l'usage n'a pas encore renoncé à l'utilisation du circonflexe ou au changement de statut du tréma ("aigüe" plutôt que "aiguë").

Certaines graphies sont également reprises par les dictionnaires usuels à côté des orthographes qui nous sont familières, en particulier par le Robert, qui admet par exemple "platebande" à côté de "plate-bande". 

Alors, réforme? Si l'on oublie ce mot de "réforme" et son côté impératif, la chose devient franchement acceptable, et dans un tel esprit, nous intégrerons certains de ses éléments. Reste qu'il convient de ne pas être plus royaliste que le roi en tolérant "nénufar", par exemple, ou en reprenant les éléments les plus exotiques du document (qui écrit "vingt-et-un" pour 21, aujourd'hui? Cela est encore perçu comme fautif).

Sortie par la porte, rentrée par la fenêtre, donc? En tant que telles, les recommandations de 1990 ne sont pas admises en bloc dans les championnats d'orthographe. Seules comptent comme correctes les recommandations reprises par les dictionnaires usuels (en général Robert et Larousse). Je vous conseille de faire de même... cela choquera moins vos lecteurs.

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Mercredi 7 mai 2008

le petit robert"Le Petit Robert fait figure de gros bonnet", relevait une blogueuse, non sans esprit, il y a quelques jours. Mais si l'on fait entrer Larousse dans l'équation, si j'ose dire, et si l'on prolonge l'exercice par un périlleux triolisme intégrant Girodet, Grevisse ou n'importe lequel de ces allumés du verbe, on risque de trouver des trucs intéressants et surtout contradictoire, surtout si l'on farfouille dans les coins sombres.

Vous connaissez sans doute ces charmants petits insectes qu'on appelle "perce-oreilles". Les scientifiques les désignent par le terme de "forficule". Masculin ou féminin? Allez... les deux réponses sont bonnes: Robert le donne au masculin (parce qu'il a un prénom masculin!) et Larousse (comme Zora) au féminin, image en prime. Lors d'un championnat suisse d'orthographe organisé au début de ce siècle ou à la fin du précédent, les organisateurs ont dû se résoudre à tout accepter...

... naturellement, Robert colle plus souvent les mots composés, et admet "platebande" à côté de "plate-bande" - ce que Larousse ne fait pas, sans doute pour des raisons de place.

Et "thermos"? Grosse astuce, tombée dans un texte dicté par mes soins à Gruyères en 2006, mais écrit par quelqu'un d'autre qui l'utilisait au féminin. Pas faux... mais désormais, les dictionnaires acceptent le masculin. Allez, je viens de vous présenter un mot transsexuel. Il y en a d'autres: au Moyen Age, il paraît qu'on baptisait certains garçons du beau nom de Dorothée (qui rime fémininement avec Timothée, allez donc comprendre!).

Je viens par ailleurs d'effectuer un petit check dans le Larousse, au mot "table". Allez y voir: vous découvrirez qu'il y a une acception 1, une acception 2, une acception 4... et... QUI A PIQUE L'ACCEPTION 3? Un ami me l'avait signalé pour une ancienne édition (2006 ou 2007, sauf erreur), 2008 n'a pas corrigé ce monument taillé à ceux qui savent compter. 

Bernard PivoEt puis, le monde entier a entendu parler de Porto Alegre, et les plus finauds connaissent aussi Porto Velho. Où est le piège? Là, je pense, vous pouvez dire merci aux journalistes, qui ont parlé du forum social de Porto Alegre en l'amputant de son accent circonflexe sur son premier o (qui s'écrivait Pôrto). Et là, j'introduis un nouveau personnage: Bernard Pivot, grand dicteur devant l'Eternel, qui a dû être le dernier à piéger son monde avec ça: c'était en 1991, et le texte s'intitulait "La guerre des mots n'aura pas lieu". Depuis, le dicteur en chef s'est lui-même laissé avoir: alors que les dictionnaires ont rectifié la graphie de Porto Velho et de Porto Alegre en la rendant moins exotique, le recueil intégral des dictées de Bernard Pivot affirme de façon péremptoire que le circonflexe est bien là...

Quant à Girodet et à Larousse, leur mésentente est patente en ce qui concerne le pluriel des noms propres: l'un admet que les noms de lieux sont invariables au pluriel (les deux Allemagne), l'autre exige l'accord (les deux Allemagnes). Chouette, non? Ca va faire de la casse, et c'est le cas de le dire.

Enfin, dernier conseil, n'oubliez jamais l'accent aigu sur le i de Reykjavík! Il est requis... pour le moment.

Le blog de Clopine Trouillefou.

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Mercredi 7 mai 2008

... solution de la question de l'autre jour: la rhingrave est une sorte de haut-de-chausse à la mode au dix-septième siècle, avec des rubans. Ce vêtement tient son nom du rhingrave, qui est un dignitaire noble allemand.

M'en fous, j'aime mieux "rhynchote"...

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Dimanche 4 mai 2008

.Things I can't live without, N°5.. viandé dans les grandes largeurs, le matin, à la demi-finale des championnats suisses d'orthographe (je faisais pourtant partie de ceux qui râlaient le plus fort après la dictée!), je me suis vengé sur le stand de la Tribune de Genève, en début d'après-midi, en réalisant un sans-faute qui va nous valoir six mois d'abonnement à la Julie. La personne qui a donné la dictée m'a même invité à lui faire part des coquilles qui traînent dans ce journal, jour après jour, histoire de me faire des copains à la rédaction.

Quelques mots sur les deux épreuves... écrite par Francis Klotz, grand dicteur devant l'Eternel, la dictée du matin faisait la part belle au site de Trianon et à Marie-Antoinette. Autant d'occasions de piéger les candidats sur des questions de majuscules que je m'en vais potasser immédiatement - tout en restant conscient qu'au fond, la problématique des majuscules en français constitue une belle bouteille à l'encre. Et puis, une colle à tous ceux qui passent par là: qu'est-ce qu'une rhingrave? Là au moins, j'avais juste (sur la manière d'écrire le mot) - les huit fautes que je me suis compté se sont réparties ailleurs: accord litigieux d'un participe, majuscules, etc. Certes, la qualification pour la finale ne saurait faire un pli malgré ce nombre relativement important d'erreurs; mais à Chamoson, le 30 août, il faudra faire mieux pour décrocher un vol vers la Dictée des Amériques!

L'épreuve de l'après-midi avait son charme également, son côté intimiste: la TdG a mis en place une série de bancs où les candidats étaient serrés comme des écoliers d'antan. Relativement simple, le texte évoquait les vicissitudes du chat d'Evelyne Jaques, un animal nommé Attila (un prénom hunnique, comme chacun le sait!), qui a ses préférences en matière de crevettes: seules lui conviennent celles issues des mers froides. Quel pénible animal! Le caractère hunnique de l'animal ayant déjà fait des ravages dans d'autres textes du même auteur, j'avais gardé ce gag à l'esprit.

Bref, c'est tout ou rien! Merci à tous ceux qui m'ont souhaité bonne chance. Les deux Trianons (avec S) se trouveront dans quelque temps sur le site 
http://www.orthosuisse.ch - gardez les yeux ouverts.
 

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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