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"Parler avec exigence, c’est offrir à l’autre le meilleur de ce que peut un esprit."
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Vendredi 11 juillet 2008

#296 - Gibert Joseph Boulevard Saint MichelUn texte que je livre ici à la manière d'un test - en vous demandant de me dire s'il fonctionne, donc s'il est crédible, ou s'il est raté, pour cause d'idée viciée à la base. D'avance, je vous remercie.

Pardon

 

Rien n’est plus indispensable qu’un Opinel. La vie réserve toujours une pomme à peler ou un morceau de pain à partager, et dans ces cas-là, on le tire si facilement de la poche intérieure de son veston ! C’est ce que pense Paul, vers le milieu d’une de ces journées de désoeuvrement où l’imagination bat volontiers la campagne, alors qu’il musarde entre les étagères et les bacs de la librairie Gibert Jeune. Son œil caresse les dos des livres, sa main saisit et feuillette. Précieux incunables ou romans épuisés, sa curiosité est insatiable. Au rayon des meilleures ventes d’avant-hier, Paul tombe sur un volume qui l’intrigue. Précisément, c’est sur le papier millimétré fixé à sa couverture par une pince Bulldog que son attention trébuche. Sur le billet, deux mots seulement, écrits à la main, en lettres bâton.

« Pardon. Jessica. »

Jessica. Paul se trouble face à ce prénom familier, trop connu même… Serait-ce elle ? Paul observe le message de près. Papier millimétré, graphie soignée, texte lapidaire. Il n’y croit pas, et pourtant… L’estomac soudain serré, le sang affluant vers son cœur emballé, Paul est transporté vingt-cinq ans en arrière.

Jessica, c’était la femme dont il était tombé amoureux lorsqu’il menait ses études d’architecture. Elle suivait une filière de lettres, et dévorait les livres comme d’autres fumaient leurs Gitanes. Lecteur vorace lui-même, il n’avait pas hésité à l’aborder, à lui parler de sa passion pour Montherlant, puis à lui proposer d’unir leurs bibliothèques respectives. Leur couple avait connu un début enchanté, avec mille débats pour savoir où mettre toute cette littérature : faudrait-il mettre la prose de Kant au grenier ? Celle de Grenier à la cave ? Celle de René Fallet à côté des bouteilles, dans le cellier, afin de la déguster un verre de Beaujolais à la main ? Les livres s’entassaient jusque dans les toilettes, jusque dans ce qui devait être la chambre de leur premier enfant.

Un premier enfant qui ne vint jamais. Jessica en perdit l’esprit. Un mal redouté, qu’elle avait jugulé au sortir de son adolescence, la noya à nouveau. A certaines heures, il était impossible de l’approcher sans qu’elle ne se lançât dans d’homériques scènes d’hystérie. Puis elle redevenait la femme aimante et passionnée que Paul connaissait. Les médicaments qu’elle prenait n’avaient aucune prise sur son âme viciée. Elle avait cessé de lire, préférant s’abîmer de longues heures dans la baignoire ou errer sans fin dans les bois ou dans la grande ville.

Un jour, elle ne revint pas.

Paul la chercha partout, demanda l’aide de la police, qui diffusa des avis de recherche reproduisant la photo de son permis de conduire.

Elle ne reparut pas.

La poussière du deuil et du souvenir recouvrit l’âme de Paul. Il s’efforça de reprendre une vie sociale qu’il avait peu à peu abandonnée. Il trouva une amie pour égayer sa quarantaine, mais trop souvent, le passé et son voile de tristesse venaient embrumer leurs rencontres. Ils se quittèrent, se reprirent, décidèrent d’abandonner toute relation amoureuse, se promirent de rester bons amis, finirent par ne plus se revoir que de loin en loin, puis plus du tout. Ainsi la vie chasse-t-elle les hommes et les femmes qui la peuplent.

Paul ramasse le volume, l’ouvre, y trouve un nom, celui de Jessica, et une adresse, dans le quinzième. Après tant d’années, se pourrait-il… ? Sans répondre aux cris du vendeur qui réclame son dû, il dévale les escaliers du métro, saute dans une rame qu’il trouve lente, beaucoup trop lente. Enfin, elle le dépose Place Charles Michels, d’où il se précipite dans un immeuble de la Rue des Entrepreneurs. La concierge l’attrape au tournant ; essoufflé et tendu, il l’interroge :  

- Jessica Marlier, vous connaissez ?

- Marlier ? Attendez… c’est la petite dame du troisième étage ?

- Peut-être… vous connaissez ? J’aimerais lui parler.

- Ce sera difficile : elle s’est suicidée la semaine dernière. L’autre jour, les bouquinistes sont venus ramasser ses livres. Il y en avait une ramée, dites donc !

Paul est effondré. La concierge n’a pas le temps de le retenir quand il monte quatre à quatre les escaliers menant à l’ultime demeure de celle qui est restée sa femme. La porte de l’appartement est restée ouverte : des travaux sont en cours, le personnel est parti prendre sa pause déjeuner. Paul s’engouffre dans le logement, qui est vide. Pas un seul livre, pas un meuble, rien pour lui rappeler Jessica. Pas même l’odeur ténue de ses cheveux blonds, déjà délogée par les premiers coups de pinceau des peintres chargés des réfections. En voyant le parquet, il se dit qu’elle a dû aimer cet appartement. Il s’écroule, assis, dans un coin, et se laisse aller, longuement, à la tristesse qui le noie.  « Pardon » ? Comme il aurait aimé avoir un instant seulement, rien qu’un, le temps de lui répondre que malgré la peine, jamais l’amour ne l’a quitté, que même la patine des ans n’est pas parvenue à le ternir, que tout peut recommencer… « Trop tard », songe Paul.

Il coule une main à l’intérieur de son veston pour y prendre un mouchoir. Il sent alors sous ses doigts, dans une poche, quelque chose de chaud et de boisé, entrecoupé d’une ligne froide : son Opinel. Celui qu’elle lui avait offert à l’occasion de leur première année de vie commune. « Pour couper les pages des vieux livres », lui avait-elle suggéré. Toute larme soudain tarie, il le prend, l’ouvre d’un geste déterminé. Son dernier acte en ce monde portera l’empreinte d’une volonté de tous ignorée. De tous, sauf, peut-être, de Jessica, qui aimait qu’on réussisse sa sortie.

Rien n’est plus indispensable…

 

Fribourg, le 12 février 2008

Photo: Gibert Joseph, Paris. Flickr/365photos.free.fr

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Mercredi 2 juillet 2008

DSC_0182_28042008Evocation printanière? Estivale? J'aimerais partager avec vous ce texte qui évoque quelque chose de bien suisse et de bien rafraîchissant, que j'avais commis pour un jeu d'écriture dont la contrainte consistait en une phrase initiale donnée. A votre santé! 

Quand pleure l’Arvine

 

J’ai une terrible envie de pleurer ! Il me semble que si j’éclatais en sanglots, je me sentirais mieux. Les premiers rayons d’un timide soleil de mars caressent les coteaux, réveillant en moi une sève qui ne demande qu’à monter. La Terre se réchauffe sous mes pieds encore engourdis, l’eau des torrents se fait plus pressante, comme si la montagne de mon Valais de toujours, en cette époque de dégel, se cachait derrière des flots de larmes en voyant s’évanouir la blanche et floconneuse capeline qui lui sied si bien.

J’aimerais pourtant dire aux monts oppressants qui font face au village de Chamoson où j’ai pris pied, tout près de l’église romane de Saint-Pierre-de-Clages, que le vert tout de nuances et de moire qui va les envelopper va très bien leur aller aussi. Il sera jeune et chantant au dessus des villages, et naîtra de mille pieds de vigne qui, comme moi, vont bientôt pousser leurs premières feuilles et lancer leurs pampres conquérants à l’assaut de la treille – quand ceux-ci n’enlaceront pas, presque amoureusement, quelque cep voisin. Il sera plus sombre, plus adulte, sur les hauteurs où les sapins s’amassent à la manière d’un formidable col de fourrure qui enserre la roche nue, noire et inhospitalière sous les rayons de l’astre du jour.

Mes larmes bientôt seront de sève, d’une sève juvénile qui, lentement mais irrésistiblement, montera dans mon corps de bois rude et tors et partira gorger de son suc une myriade de tendres bourgeons, promesses de feuilles et de fruit, de ce fruit dont est tiré, m’a-t-on confié, l’un des plus nobles et plus riches breuvages qui soit. Un breuvage qui, s’il est élevé par un maître, pourra lui aussi larmoyer lorsqu’on l’enfermera dans un verre de cristal de Bohême, comme s’il regrettait, rampant le long des parois de ce transparent exil, les rêches terrasses brûlées de soleil qui l’ont vu naître. A moi aussi, l’ivresse de la reverdie fera monter mille larmes aux moignons des rameaux que l’on m’a ôtés pendant la morte saison afin que jamais je ne perde ma vigueur. Ces larmes, c’est aussi pour le fruit, parti féconder d’autres terres ou d’autres gosiers, que je les verserai.

On dit en effet que le vin fait des larmes, que l’ivrogne sanglote, que la vigne pleure… Quant à moi, cep d’Arvine perdu parmi tant d’autres qui composent un verdoyant camail à la vallée du Rhône, j’ai une terrible envie de pleurer. Pleurer de tristesse en voyant partir la saison du repos, en regrettant mes sarments perdus… mais pleurer de bonheur aussi, car bientôt, moi aussi, je vais revivre et porter du fruit.

 

Le 24 novembre 2006

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Lundi 23 juin 2008

waiting for the busBen oui. Il fallait bien que je trouve une combine pour rendre plus "française" une histoire qui m'est réellement arrivée. Pourquoi? Pour la rendre vendable au jury d'un concours organisé en France. Ca n'a pas suffi, hélas...

Une authentique bêtise


Il pleut.

 

 

Il fait nuit.

Quelle bêtise, aussi, d’aller couvrir, pour le canard local, ce fichu salon de la publicité au centre des congrès de Cambrai ! Et revenir à la rédaction du journal en autobus, encore ! Pas moyen de trouver un collègue complaisant pour me ramener en voiture. Quelle bande de lâcheurs… Je parie qu’ils sont déjà tous en train de pondre leur copie, voire de bâcher pour rentrer chez eux. Peut-être même qu’ils sont en train de pioncer, une bonne soupe chaude dans le ventre…

Me voilà donc planté sous un abribus au toit crevé, trempé jusqu’aux os, quasi mort de froid, à attendre quelque hypothétique engin des transports en commun. Pour me réchauffer le cœur, j’ai sous le bras un sixpack de bières Kronenbourg gagné à la petite loterie proposée par les organisateurs à tous les fils de pub, jeunes cadres identiques, requins aux dents plombées, invités à la fête. Le principe du jeu ? Une bêtise ! Chacun portait sur son badge d’entrée un numéro de contrôle. Après tirage à pile ou face effectué par une ancienne Miss Bateau de pêche reconvertie dans la confiserie, il a été décidé que tous les numéros pairs auraient droit à un assortiment de produits du terroir, au sens le plus large du terme, offert par les entreprises partenaires du congrès. J’ai vu un publicitaire de renommée locale s’éclipser en douce avec une caisse de Château Petrus. Heureux soit-il ! Premier arrivé, premier servi… Quant à moi, je partagerai mes roteuses avec les collègues. A l’heure où seuls restent quelques collaborateurs retenus au desk ou à l’édition afin que le journal sorte demain, gageons que ça réchauffera l’ambiance.

J’en suis là de mes vasouilleuses cogitations quand je vois arriver la silhouette d’un autre gaillard, également condamné à se déplacer en autobus. L’éclairage blafard de l’abribus m’en apprend un peu plus sur sa personne : c’est un Japonais bon teint, d’une cinquantaine d’années peut-être, vêtu d’un complet brun sombre, portant cravate noire, lunettes d’écaille et feutre mou. Plutôt classique dans un milieu qui privilégie le port de vêtements avant-gardistes parfois franchement délirants… Je constate que lui aussi est trempé. Il va garder un sacré souvenir de la région Nord-Pas-de-Calais, celui-là ! Sale temps, quand même…

Le voilà qui s’approche de moi, m’interroge :

- Bonjour, honorable Monsieur… Est-ce que l’infâme vermisseau que je suis est admis à s’installer avec vous sur le banc du havre sec et chaleureux que constitue cet abribus ?

- Bien sûr, lui fais-je. Mettez-vous à l’aise.

Le voilà donc qui s’assied, et pose son attaché-case sur ses genoux. Puis il l’ouvre. Pour y piocher quoi ? Je l’observe du coin de l’œil. L’homme farfouille un instant dans les documents de sa valoche, en tire un journal japonais.

Où l’a-t-il trouvé ?

La question mériterait d’être posée. Mais alors que mon Nippon pose son canard sur le banc de l’abribus, mon regard est attiré par un autre détail : une boîte de bêtises. Une grosse. Verte. Ronde. En fer-blanc, le modèle cadeau des grands jours. Chançard ! Il en prend justement une, se l’envoie dans la bouche. Puis, ayant surpris mon regard à peine envieux, il me dit :

- En voulez-vous une, honorable journaliste ?

- Volontiers, pourquoi pas…

Alors, il me passe une friandise.

Je lui demande :

- Vous l’avez gagnée à la loterie de tout à l’heure ?

- Oui, honorable Monsieur… Si j’arrive à ne pas les manger toutes jusqu’à la fin de mon séjour ici, je pense que Kumiko, mon honorable épouse, sera enchantée d’en déguster elle aussi. C’est très bon, vous savez…

Ayant tété la bêtise avec le lait de ma mère, je le sais bien, que c’est très bon… Les bêtises, c’est ma spécialité – dans tous les registres, du reste, par exemple le journalisme.

- J’ignorais qu’il y eût des spécialités comme ça ici en France… Je croyais, honorable Monsieur, que la France ne produisait que du fromage et des vins que l’on conserve avec vénération dans des coffres-forts, chez nous, au Japon.

- Vous seriez étonné de la diversité de notre cuisine, Monsieur… Monsieur ?

- Suzuki, pour vous servir, me dit-il en me remettant, des deux mains, sa carte de visite.

- Merci. Wolfoni, La Voix du Nord, bureau de Cambrai. Je n’ai malheureusement pas de carte de visite sur moi… Mais vous prendrez bien une bière ?

- Merci, volontiers.

Je lui passe une canette. Il la met dans son attaché-case. Pour plus tard, pour des jours plus doux ? Il aurait mille fois raison.

Quant aux cartes de visite, il faudra que je m’en fasse imprimer à nouveau quelques-unes, au nom du journal. C’est gonflant, je suis toujours à sec. Ça file, ces petits trucs…

Je poursuis la conversation avec mon bonhomme :

- Faites voir ce paquet de bêtises… Je me demande qui les fabrique. Il n’y a rien d’indiqué, apparemment.

Monsieur Suzuki me passe l’emballage. Magnifique cadeau, couleur locale, tout… Le producteur ne s’est pas payé la tête des organisateurs. Tout en examinant l’objet, je lui dis :

- Vous savez, ici, il y a plusieurs entreprises qui font des bêtises, petits confiseurs ou grands industriels. Il y a de tout, du meilleur et du pire.

- Et celles-ci, honorable Monsieur Wolfoni, de quelle qualité sont-elles à votre avis ? Sont-elles d’une bonne maison ?

Je continue d’examiner l’emballage, le tournant dans tous les sens. Enfin, je trouve une étiquette.

Après lecture, je dis au publiciste :

- Vos bêtises sont bonnes, ça va, y’a pas de doute, mais je ne pense pas qu’elles doivent vous dépayser beaucoup…

Et je lui montre l’étiquette. Il y est écrit :

« Authentiques bêtises de Cambrai. Menthe. Rafraîchissent l’haleine. Made in Japan. »

 

 

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Samedi 14 juin 2008

Day 156: Red red wineUn petit texte que j'ai commis en 2005 pour un concours de nouvelles noires, sur le thème "Rouge et noir", et que je vous livre en pâture. Bon appétit... ou santé!

Des vertus insoupçonnées du vin rouge

 

Noir. Il l’était, noir, avachi au coin du zinc, jeté sur un siège tout près des toilettes, la tête nichée dans ses coudes… garanoir ou pinot, que sais-je ? A moins qu’il n’ait devant lui quelque pichet d’un sombre bordeaux, issu de certaine cave obscure.

« Il », ai-je dit. Qui, il ?

Considérant que l’homme que nous découvrons ne sait plus lui-même qui il est, je ne m’aventurerai pas moi-même à le nommer. Disons simplement que comme dans tout récit de boutique obscure qui se respecte, il porte (de travers) un borsalino et (assez droit) un imper douteux. Lunettes de soleil ? Inutile : l’éclairage est déjà bien chiche en ce local. Pour faire bon poids, je précise qu’il s’agit d’un habitué. Tout le monde le tutoie, du barman jusqu’à l’équipe d’étudiants qui festoie à grands coups de Guinness, à l’autre bout de la salle. Même le Wurlitzer du fond le connaît, pour avoir partagé bien malgré lui certaines de ses séances de dégustation prolongées. D’où une relation du genre paroxystique, essentiellement fondée sur la terreur.

C’est à ce moment du récit qu’entre un autre individu, blouson de cuir noir, poil de jais, encore plus difficile à cerner que le premier : lui, personne, dans l’établissement, ne le connaît. Il demande le téléphone.

- Dans le coin sombre, derrière l’homme à l’imper, dit le barman, sans lâcher la tasse à café Carte Noire qu’il essuie. Si vous voulez de la lumière, vous appuyez sur le bouton.

- Pas besoin, répond laconiquement le visiteur.

Ce dernier se faufile entre l’homme au bar et le mur. Passage étroit. Crasse antique. Finalement, il atteint l’appareil téléphonique. Un de ces vieux ronfleurs en bakélite couleur d’ébène, avec un disque d’appel et une cagnotte ventrue, juste en dessous. Des cartes de visite de taxis sont épinglées au mur.

L’homme décroche le combiné, un de ces objets tout en rondeurs, tout en lourdeurs, et compose un numéro, dans l’indifférence générale. L’homme avachi au bar entend une conversation dont il croit distinguer quelques mots :

- Ouais, mec, salut, ça va ? Je suis au bar sans nom… Ils ont un téléphone fabuleux, une vraie pièce de musée. Tu passes me prendre ? Ça marche.

Puis l’inconnu au téléphone se baisse.

L’homme du bar, lui, reste perdu dans sa tour d’ivresse. Un petit univers aux recoins noirs où il lui semble entendre, de loin, des bruits discrets, minuscules, imperceptibles. Comme du métal frottant contre du métal, comme une clé qu’on tourne, tout doucement. Ou un couvercle que l’on dévisse ? Il lui faudra tirer ça au clair un jour, cela lui paraît soudain essentiel. Mais déjà, suit un son de métal tombant dans un sac. Beaucoup, beaucoup de métal. Des clés, comme dans un film déjà vieux ? Des jetons, comme au casino ? De l’argent, du vrai, comme quand y’a l’Euromillions ?

De quoi se repayer une tournée ?

A cette pensée, le fidèle du zinc a un mouvement. Il lève la tête, essaie d’attraper son pichet. Puisque argent il y a, autant finir le breuvage rouge et noir, encore abondant, qu’il contient. 

Mais sa main le trahit…

Le pichet lui échappe, tombe… L’habitué le regarde, médusé, s’éloigner doucement vers le carrelage. Est-ce le carrelage qui se rapproche, ou le pichet qui descend ? Tout ce sang de la Terre perdu, tout ce fruit du travail humain qui va irrémédiablement finir sur le sol lisse et froid. Quel gâchis… Le voilà qui se répand en langues noirâtres, entraînant dans sa course les éclats de terre cuite du petit pot d’environ un demi-litre qui le contenait. Dommage.

Mais le client prend conscience d’une soudaine agitation autour de lui. Ayant compris son manège de videur de cagnottes, en effet, le barman court au noir visiteur inconnu en criant : « Au voleur ! ». L’inconnu du téléphone, lui, rassemble ses dernières pièces et se met à courir. Pas bien loin : ses chaussures à semelles de cuir glissent sur le carrelage souillé de vin rouge. Il tombe… et s’assomme. Le patron n’a que le temps de voir ses pieds dépasser du bar, et d’entendre un grand bruit de dégringolade.

- Eh, Isidore, t’as foutu quoi ?... demande-t-il à son fidèle client.

- Ben j’sais pas… j’ai briqué mon pichet, faudra que tu m’en remettes un autre…

Alors le visage de l’homme du bar s’illumine, un grand sourire traverse son visage.

- Tant que tu veux, Isidore ! Je te dois une fière chandelle ! Y’a un voleur qui vient de glisser sur le pinard que tu as renversé. Allez, on va s’en déboucher une, de derrière les fagots…

Puis le barman se tourne vers le reste du café, face aux gens qui, pour certains, avaient l’impression qu’il se tramait quelque nébuleuse histoire.

- Ho, tout le monde ! Isidore vient d’arrêter un brigand ! Le gars, par terre, a essayé de vider la caisse du téléphone… Laissez-moi le temps d’appeler les flics ; après, j’offre la tournée ! Champagne pour tout le monde…

Du fond de l’établissement soudain détendu, un jeune homme s’écrie :

- Bravo ! Ce sera la tournée Isidore ! Un héros pareil, ça s’arrose !

 

  

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Samedi 7 juin 2008

La bière philosophaleTexte produit un peu au débotté sur une petite idée, proposé (sans succès) au dernier concours "Un Endroit". Bonne lecture!

Bière

 

Comment est-ce qu’Il s’est retrouvé dans sa bière ? Le moment le plus crucial de sa scène capitale, il ne s’en souvient pas. De là où il est, en faisant travailler ses neurones exténués, lui revient en mémoire l’heure de son licenciement. Sa patronne, Madame Elle, l’a convoqué cet après-midi-là, un jeudi, dans son bureau. Puis les mots se sont succédé sans qu’il en comprenne le détail, juste le sens, juste l’essentiel : « Conjoncture difficile, restructuration, plus d’emplois… » Du déjà lu pour Il, qui a toujours pensé que les emplois supprimés, c’est pour les autres. Jusqu’à ce jour…

Blonde, brune ou rousse, la responsable de l’entreprise ? Il a oublié. Tout cela est devenu si vieux… Pour enterrer sa fonction en beauté, Il s’est rendu à l’estaminet, son dernier salaire en poche, bien décidé à le boire jusqu’au bout, en partageant autant que nécessaire si cela se présente. Mais Il ne se fait guère d’illusions : quand on est assis sur un fauteuil de bar, de l’amertume plein les yeux, les amis sont aux abonnés absents.

Son point de chute dispose d’une gamme de bières assez fournie. Méthodique jusque dans ses cuites autant qu’au travail, Il a donc décidé de commencer par une Adelscott. Ont suivi une Blanche de Bruges, une Cardinal, une Duvel… Après la Guinness, Il a perdu le fil de l’abécédaire. Le barman a accepté de le reprendre, et lui a apporté obligeamment une Hoegaarden, puis d’autres breuvages houblonnés, à intervalles réguliers et en bon ordre.

Le buste d’Il a longtemps tenu droit sur ses épaules. Certes, il y a eu quelques roulements au moment de la Mort Subite, et un peu de tangage au moment des Trois Pistoles. Tout cela aurait dû l’avertir que son oaristys avec l’ivresse tendait à dépasser les limites de la décence. Soudain, lors d’une gorgée avalée avec un peu trop de détermination, les cervicales d’Il ont choisi de faire grève, protestation désespérée contre une entreprise vouée au cataclysme. Il a basculé en arrière, percuté avec violence le marbre ocellé du bistrot, renversant la Warteck, qui s’est retrouvée, toute rosissante, à baigner le sol et les cheveux d’Il plutôt qu’à humecter son gosier trop sec. Autour de lui, comme surprises, les bières des compagnons de beuverie ont tressailli sur le comptoir de zinc.

A partir de ce moment, la déferlante continue d’informations arrivant à sa tête s’est interrompue. Il n’a jamais su qu’on l’a emporté bien loin d’ici, qu’on s’est occupé de son corps. Il n’a pas senti l’ambulance, Il n’a pas vu l’hôpital.

Tout au plus a-t-il à nouveau entendu, plus tard, loin au-dessus de la bière où Il gît pour l’éternité, une oraison funèbre poussée à pleins poumons par un prêtre plus rond que lui.

 

Le 29 octobre 2006


Photo: Flickr/roudou 

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Vendredi 30 mai 2008

la porte du palindrome / the palindrome doorEncore un texte original. J'avais écrit celui-ci pour un concours organisé par les éditions "Abribus - La Stéphanoise d'écriture", pilotées entre autres par Guillaume Juillet, que je salue ici au passage. Hélas, le concours a été annulé faute de participants... et il n'y a rien eu depuis. Principe? La première phrase était imposée: "Toc, Toc, Toc. Quelqu'un frappe à la porte." Pour la suite, libre! D'autres visiteurs de ce blog ont-ils aussi participé? Ce serait sympa de lire le fruit de leurs veilles scripturales.  


Je tire

 

Toc, Toc, Toc. Quelqu’un frappe à la porte.

Un choc. Puis deux. Trois enfin. Je suis dans mon appartement. Quelqu’un m’arrache à mes rêveries en heurtant ses phalanges au bois de la porte. Quelle drôle d’idée ! Alors que la sonnette électrique fonctionne à merveille… Mais frapper, me dis-je, c’est choisir de raconter quelque chose, sans attendre qu’on vous ait prié d’entrer. Annoncer la couleur, amorcer le dialogue. C’est pourquoi, avant même que le silence ne reprenne ses droits, j’ai laissé chacun des coups se répercuter dans mon oreille. Il y en a eu trois, vous le savez à présent. Les bonnes choses vont par trois, ça vous le savez aussi ; gageons donc que vous conclurez avec moi que le visiteur qui se trouve derrière le panneau, quel qu’il soit, aura une bonne nouvelle à m’annoncer. Une nouvelle qui aurait trait à Dieu le Père même, Sainte Trinité symbolisée dans chacun des chocs ? Je me le demande un instant. Le premier coup m’a semblé discret, mais bien présent, bien marqué : il pourrait représenter le Saint-Esprit, qu’on ne voit pas mais dont on perçoit les actes… un zéphyr qui souffle où il veut. Le deuxième, plus affirmé sans être idéal, ressemble au Fils, au Christ, vie terrestre trop tôt achevée, parce qu’entravée par une enveloppe de chair trop encombrante, mais dont les résonances sont infinies. Quant au troisième, le plus fort, sorte d’idéal sonore qui se suffirait à lui-même, il mènerait directement à Dieu, Seigneur sublime, digne uniquement des actions les plus primordiales et les plus absolues.


Puis j’ai réfléchi à l’allure qu’aurait mon visiteur. Absolument divin ? Sûrement pas lui-même. Mais de bon augure, quand même ? Empreint de mes chrétiennes réflexions, je l’espère toujours. Ce pourrait être le facteur ; mais le premier coup, trop fugace, ne correspond guère à l’image qu’on se fait du Mercure des Postes. Sans compter que les couleurs de chaque choc vont du pastel au rouge le plus intense, si j’ose cette image, mais sans passer par le jaune qui sied aux messagers d’aujourd’hui. Plutôt blanc – bleu – vermillon, aurais-je envie de dire. Qui associer à ces couleurs ? Un Français ? Un Anglais, un Américain même ? Ou un vieux Tchécoslovaque ? Je ne connais personne qui serait issu de ces nations. Quant à Dieu, il vient d’Israël, un pays dont le drapeau se dessine en bleu sur fond blanc. Où est le rouge ? Je n’y trouve pas mon compte.

Les coups frappés résonnent, élastiques, dans le silence. J’y pense, j’y repense, je ferme les yeux une fraction de seconde. Le premier « Toc ! » était-il, au fond, si discret que cela ? A la réflexion, je n’en suis plus si sûr. Peut-être son caractère était-il plus péremptoire que je n’ai voulu me l’avouer il y a quelques instants. Du coup, ce serait le deuxième choc qui ferait figure de moment faible, de temps froid, ou d’instant de repos. Un peu comme ces concertos qui, en musique classique, comportent toujours un mouvement méditatif entre deux éléments rapides et entraînants. Mon inconnu de derrière la porte serait-il donc un personnage un peu artiste, créateur et communicateur rien qu’avec des coups ? Rapidement, le souvenir me traverse d’avoir lu quelque part, dans Alphonse Boudard peut-être, que les prisonniers bavardent entre eux en cognant sur des tuyaux. Mais je doute d’avoir affaire à un tel personnage. Ou alors, mon visiteur est-il un timide qui, effrayé de sa hardiesse, frappe moins fort la deuxième fois pour mieux se ressaisir ensuite ? J’ai deux ou trois amis et connaissances qui sont comme ça ; mais en définitive, c’est là mon propre portrait que je trace. Moi-même, mes coups d’audace sans cesse contrebalancés par des hésitations que je ressaisis à la dernière minute pour affirmer avec force, parfois avec trop de poigne même, ce que j’avais dit, imaginé ou décidé en premier lieu. Quand je ne joue pas simplement à asséner avec violence quelque vérité première : vlan, vlan, vlan ! Naturellement, quand je procède ainsi, le son est différent de celui qui agite encore étriers, enclumes et marteaux au plus profond de mes oreilles. Mais les bruits renvoyés dans mon logement par le panneau de bois ne sont-ils pas eux-mêmes différents de ce « Toc, toc, toc » de synthèse que m’impose ma culture ? Bruits blancs, sans consonnes, sans voyelles, bruts de décoffrage ? Simplement une attaque violente, quand le doigt recourbé rencontre le bois avec brutalité, avec une force sans cesse modulée, toujours différente, modelée même par les veines du bois de la porte ? Une attaque suivie du silence qui retombe petit à petit dans le logement ? J’ai senti, au fil des secondes, que la paix a retrouvé ses aises chez moi : les molécules en suspension dans l’éther ont cessé de s’agiter, les ondes ont perdu de leur vigueur avant de s’aplanir tout à fait, comme à regret. Et dans ma tête, les neurotransmetteurs se sont fatigués eux aussi. Il est temps pour moi de me lever de mon fauteuil et d’aller voir ce qui se passe sur le palier. Courage.


Ma main sur la poignée.


Le pêne coulisse.


Je tire…


Photo: la Porte du Palindrome, Grenoble - Flickr.com/TisseurDeToile.  

 

 

 
par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Samedi 24 mai 2008

Auvergne. La Chaise DieuEncore un texte issu des fameux jeux d'écriture du forum "A vos plumes". Celui-ci n'est pas tout neuf, et la première phrase était imposée. Elle était tirée de "Plop!", roman de Pierre Charras, qui confère à ce texte deux ou trois allusions. 

 

Le nègre de Dieu

Il y a quelqu'un qui parle dans la chambre. Antoine entend nettement une voix d'homme, enjouée. Mais la pièce lui paraît vide. Lumineuse, aussi. Il ne doit pas y être depuis bien longtemps : il se souvient, comme si c'était il y a deux minutes, de son passage sous le métro. Des roues qui lui broient les os, une odeur de boucherie, puis d'excréments, un vague sentiment de honte, et c'est la fin : éteignez les lumières, le dernier ferme à clé. Maintenant... Chambre, antichambre,... synchambre ? Tout ce qu'il voit ici, c'est un mobilier blanc, irradiant d'une douce lumière qu'il ignore. Autrefois, Antoine préférait la blancheur maîtrisée, un peu verdelette, d'un verre de chablis, ou celle du carrelage du métro parisien, d'une clarté brillant sans éclat qui lui permettait de se sentir chez lui dans ces boyaux urbains. C'est surtout la lumière qui lui pèse ici, comme au lendemain de nuits d'oisiveté trop facilement arrosées. Ou plutôt non : elle ne lui pèse pas, elle l'intimide plutôt. Comme s'il ne la méritait pas, comme s'il devait rester cet être de l'ombre, écrivain confiné aux tâches de réécriture de mémoires de personnalités plus célèbres que lui. Comme si son âme devait rester indéfiniment rivée aux traverses du métro.

La voix d'homme semble venir d'assez loin. Pourtant, Antoine est persuadé que l'on parle dans la chambre où il se trouve. Qu'on parle de lui, peut-être. Ses efforts pour essayer de comprendre ce que dit la voix enjouée restent vains pour l'instant. Tout cela est trop loin, trop embrumé. Seul filtre le sourire que doit afficher le locuteur en ce moment. Son sourire, et l'émotion qui l'accompagne.

Antoine décide d'observer son lumineux environnement. Il se déplace avec prudence, comme si son corps était une fragile mécanique. Son corps... lacéré par le métro : il ne devrait pas en rester grand-chose et pourtant, il se sent vivant. Peut-être même l'est-il un peu plus qu'il ne veut bien se l'avouer. Suffisamment, en tout cas, pour constater qu'il se trouve confiné dans une chambre toute blanche et lumineuse, dotée de quelques meubles simples en cuir immaculé ou en métal froid, avec un homme qui parle avec enthousiasme quelque part.

Quelque part ? Justement, Antoine constate que la voix se rapproche. Ce qui n'est qu'une impression au début devient soudain une réalité. Les phrases deviennent intelligibles. C'est bel et bien de lui qu'on parle. Quelqu'un d'autre, qu'Antoine n'a pas encore entendu, répond par brèves interventions, ou par quelques rires cristallins. Une femme ! Sceptique, la femme. Mais l'homme fait preuve d'une telle persuasion dans ses intonations que la femme paraît se laisser convaincre.

Finalement, Antoine a face à lui un homme barbu, d'imposante stature, porteur de lourdes clés de fer noirci. La femme qui l'accompagne revêt les traits de la défunte épouse d'Antoine, Jeanne. En la revoyant ici après tant de visites au cimetière, Antoine est saisi d'une grande tristesse. Mais le grand barbu s'adresse à Antoine avec cordialité :

- Antoine, vous connaissez Jeanne. Quant à moi, je suis Saint Pierre, portier du Paradis. Nous allons vous accueillir ici. Jeanne m'a parlé de vos activités de rédacteur et de vos qualités de plume. C'est pourquoi nous avons une mission à vous proposer : après avoir écrit mille récits pour mille idoles sur Terre, aimeriez-vous rédiger le Troisième Testament et, ce faisant, devenir le nègre de Dieu ?

Le 3 janvier 2007
Photo: YIP2/Flickr.

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Jeudi 15 mai 2008

J'ai commis le présent texte pour le concours des "Nuits Intimes" 2006/2007, sur suggestion de l'écrivain Catherine Gaillard Sarron. Parmi les lauréats de ce concours, on trouve Mélanie Richoz, mais aussi la Belge Fanny Charpentier. Mon texte a été remarqué, ce qui m'a valu un prix assez généreux en chocolat... mais aussi sa mise en musique par Thierry Romanens et The Melting Fodge Project. Le résultat dépote assez bien...

Lettre à un être cher

Cher ami de toujours, 

Il est temps que je t’écrive ces quelques mots pour te dire à quel point tu comptes dans ma vie, une existence faite de tristesses et de désillusions à laquelle tu confères de précieuses étincelles de tendresse. Sans toi, que mon foyer serait froid ! Mais quand j’y reviens, après une rude journée de dur labeur, et que j’ouvre la porte, tu éclaires ma pauvre maison de ta féconde et chaleureuse lumière – cette petite lumière qui, au bout d’une route rocailleuse, m’attire comme une phalène. Naturellement, tu sais très bien me prendre par les sentiments, même quand il me semble ne plus en ressentir, tant je me sens vidé.

Ii tu savais mon cher, de quel bonheur chacun de tes dons m’inonde ! Ai-je envie, au crépuscule vespéral, d’une bière bien fraîche de ma marque préférée ? Toi, tu vas me la livrer, sans jamais te plaindre. Deux ? Complaisant, tu n’hésites pas à me l’offrir. Trois, quatre ? Aucun souci… Parfois bien sûr, tu me signales, quinaud, qu’il n’y en a plus. Dans ces circonstances, rarissimes il faut le dire, je te suis infidèle puisque je vais rechercher ce gouleyant plaisir chez Fred, au bar du coin. Mais je finis toujours par revenir vers l’être le plus important à mes yeux : toi. De temps à autre, tu me proposes un peu de viande froide, ou des yaourts, voire le pétillement d’une bouteille de champagne, les soirs où l’ambiance choisit de m’envelopper de ses amples velours de romantisme passionné. Une pizza chaude ? Ce n’est pas ta tasse de thé, nous le savons tous les deux. Mais tu ne me tiens pas rigueur d’en commander une chez Vittorio ; tu es même le premier à me rappeler son numéro de téléphone en me présentant, quand j’en ai besoin, sa carte de visite. Ce travail d’équipe suffit à faire de nos soirées télévision autant d’expériences inoubliables… alors qu’elles seraient si mornes sans toi.

Mais comme tout le monde, il t’arrive de tomber malade. Une tragédie, alors, fond sur notre modeste demeure. Mais qu’à cela ne tienne ! J’appelle mon ami Lucien, l’électricien. Lui connaît mieux encore que moi les secrets de ton cœur, et tout se passe comme si tu goûtais profondément les moments privilégiés où ses efforts se déploient sur toi, où ses doigts experts inspectent ton intimité engourdie. Chacune de ses visites te redonne vie. En récompense, tu n’hésites pas à lui offrir une de ces bières bien fraîches dont tu as le secret. Et tu sais très bien ne pas m’oublier.

Oui, mon cher ami, tu mérites bien une déclaration enflammée. Pour apporter autant de joies au vieux garçon endurci que je suis, il n'y a que toi, mon frigidaire, qui saches y faire.

Le blog de Fanny Charpenter: http://emmastuyts.skynetblogs.be/
Le site de Melting Fodge: http://www.fodge.ch/fodge-music/francais/artists/melting-fodge.html

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Jeudi 8 mai 2008

C'est pas tout de parler de poésie classique, s'agit de s'y mettre! Je crois m'en être relativement bien sorti pour ce truc-là. Bonne lecture!  

Internet


Internet est une aire où chacun tient salon.

Clavardage effronté, simple blog ou grand site,

Rapide est la parole, et les mots filent vite.

Petit rien, grand constat, tout propos semble bon.

 

On s’informe en tapant quelque lien d'air fripon ;