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"Parler avec exigence, c’est offrir à l’autre le meilleur de ce que peut un esprit."
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Vendredi 27 juin 2008

blackstone 2004 sauvignon blancCommençons par l'évidence, pour mieux la casser après: une pizza, ça doit se manger avec un bon coup de rouge bien italien, de préférence du Chianti, mais un Montepulciano ou un Valpolicella fera aussi l'affaire. Dans mon souci constant de blackbouler les idées reçues, je me suis dit: "Mais au fond, qu'est-ce qui va VRAIMENT bien avec une pizza?" Un petit tour sur Internet m'a amené des réponses pittoresques et finalement contradictoires...

La question est moins simple qu'il n'y paraît. D'abord, présentons le plus petit dénominateur commun entre ceux qui, blogueurs, maîtres toiliers ou spécialistes, se sont penchés sur le problème: il faut quelque chose pour faire face à l'acidité inhérente à la tomate, ingrédient indispensable à toute pizza. Cela, sans compter le côté gras qu'implique le fromage fondu, ni l'amertume qu'on prête à la pâte, ni les machins qu'on ajoute à la pizza pour la rendre piquante...

Un premier site, français (forcément!) vous propose un Côtes-du-Rhône comme valeur sûre ("harmonie en rondeur"), un madiran comme "force tranquille" ou un jeu frontal intégrant le rosé, le Chianti rouge ou le tempranillo espagnol. Chouette tour d'horizon, n'est-ce pas? Evitez les grands vins, conseille un blog: la pizza est un plat populaire.

Plus iconoclastes, certains osent le vin blanc... Le raisonnement est assez simple et limpide: la pâte, la sauce tomate et le fromage fondu seraient des alliés naturels du vin blanc, en raison de l'acidité que cela dégage. "Méchant Raisin" va jusqu'à suggérer des pinots gris et assemblages alsaciens pour faire face, en particulier, à des pizzas avec jambon et ananas.

Des éléments de réponse plus nourris, si j'ose dire, se trouvent chez les Américains. L'excellent article "
Pizza Wine Fiasco" fouille la question en profondeur. Là aussi, la primauté du rouge est remise en question, au profit de vins blancs, en posant d'emblée que les Italiens préfèrent traditionnellement une boisson sucrée ou une bière (mais laquelle?) pour accompagner leur pizza. Un coup de rouge? L'auteur de l'article n'est pas loin de penser qu'il s'agit d'un truc à touristes, pas forcément faux mais pas franchement authentique. Mais il se réconcilie avec les tenants du vin en leur soumettant, au bout de son texte, quelques conseils qui ont l'air pas mal

Pv_grigioVous aimez toujours le rouge? Votre amour pour ce type de breuvage est illimité, inconditionnel même? Alors osez aller un peu plus loin. Notre petite planète Terre est assez grande pour abriter au moins deux producteurs de vins qui ont développé des breuvages censés s'allier à merveille avec la pizza. Le premier s'appelle "Pizza Red" (photo de gauche); il s'agit d'un vin facile, légèrement pétillant pour chatouiller la langue, fruité, conditionné en bouteilles et demi-bouteilles. Il en est question ici. A voir les photos, il est plutôt clairet; mais ce produit australien n'est pas encore arrivé sur les tables d'Europe occidentale. Ni, d'ailleurs, l'autre breuvage, appelé "Pizza Vino" (à droite). "The Wine That Goes Great With Pizza", annonce le site Internet de ce vin, sans fausse modestie. Le "Pizza Vino" se décline en blanc, rosé ou rouge, en fonction des préférences; les cépages utilisés sont le Pinot gris, le Cabernet-Sauvignon ou le Pinot Noir. Produit américain, il se vend essentiellement aux Etats-Unis, et se montre assez souple quant à son accompagnement culinaire. Un blog en fait une critique circonstanciée ici.

Alors, facile de trouver le bon vin pour une pizza? Entre la garniture et le support, les paramètres sont nombreux, ce qui est du reste le gage d'un plat à la fois varié, créatif et savoureux. Au terme de cette brève balade, j'ai envie de vous dire... buvez ce qui vous plaira, et racontez-moi vos expériences! Santé et bon appétit.


Liens visités (en partie en anglais):
http://www.delongwine.com/news/2008/05/28/a-pizza-wine-fiasco/
http://mechantraisin.canoe.com/2007/07/31/vins_et_pizza
http://www.petite-degustation.com/
http://www.pizzavino.com
http://www.pizzawine.com
http://wine-by-benito.blogspot.com/2007/12/pizza-red.html
http://www.wine-girl.net/2006/09/pizza_vino.html

Photos: Flickr/fishlamp; sites Internet des produits présentés.

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Lundi 16 juin 2008

Repas au Restaurant du Gothard, ce soir, à Fribourg. Vers 19 heures, je me suis pointé dans ce qui est, depuis toujours, une institution - entre autres l'endroit où j'ai dîné, le soir où j'ai réussi mon dernier examen de licence, en 2002, et où j'ai bu moult verres de vin ou de bière, et mangé moult fondues, au temps des études. Tempi passati, à plus d'un titre!

Jusqu'aux années 2004, en effet, l'établissement était dans ses vieux murs, dans un style absolument délirant qui a dû marquer toute personne qui a eu le bonheur d'y transiter un jour, pour un verre ou une fondue. Pêle-mêle, il y avait là une sculpture biscornue de Niki de Saint-Phalle, un dessin de Barrigue au plafond, une image lumineuse de la Landwehr de Fribourg à Sydney, une puissante affiche du Choeur des XVI à Moscou... et à mesure qu'on lui passait de nouvelles choses, la patronne, Marie-Rose, les intégrait à une décoration de plus en plus pléthorique. Un fatras qui faisait beaucoup pour le charme de ce qui était devenu une institution au fil des ans.

Cela, sans compter que les repas étaient proposés à un prix plutôt avantageux, surtout pour un endroit qui devait attirer bon nombre de touristes. La table était copieuse, en outre.

Et là, en cette soirée d'après-rénovation, voilà que je me retrouve dans un établissement qui a certes conservé son côté baroque, mais comme tiré au cordeau à la manière d'un jardin à la française. Pas une sculpture ne dépasse, pas une coupure de presse ne jaunit dans un coin, derrière une photo dédicacée par quelque célébrité locale. J'ai pu repérer une photo d'Albert de Monaco, chouette... mais que cela paraît sage! La musique elle-même, qui contribuait au côté délirant à l'époque (Beromünster! un émetteur alémanique qui aime les vieux trucs!), était absente.

Et l'assiette? Les prix ont augmenté, on le sent, même s'il y a quelques plats de petite restauration qui restent avantageux. En revanche, ce que j'ai choisi était pour le moins copieux - ça, c'est resté. Le vin était à l'avenant: un breuvage du mois, français; mais il est aussi possible de commander des Vully et autres spécialités plus helvétiques. Ce qui est resté également, c'est la petite assiette de crudités qui précède toute fondue dans l'établissement - une marque de fabrique, que deux supporters néerlandais ont savouré à la table d'à côté. Sauver l'essentiel? Peut-être.


Photo: myswitzerland.com

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Mercredi 28 mai 2008

... on sait qu'on se retrouve avec un petit vin qui devrait se boire tout seul! Je n'ai pas réfléchi plus loin en achetant ce soir, pour accompagner la saucisse vespérale, une bouteille de "Sangre de Toro" Torres 2006, vin catalan dont l'ambition, depuis 1954, est de créer un breuvage typiquement catalan.

Ce vin n'est pas une absolue nouveauté dans mon paysage de vieux dégustateur tous azimuts. J'ai eu l'occasion de le découvrir il y a deux ou trois ans, lors du repas de remerciement organisé par les Romands qui étaient à l'origine du projet de traduction du "Petit Riesenkampf", ouvrage de référence des sociétés d'étudiants suisses. Nous avions alors fait un repas multiculturel, entre chapeau tatar, frites bien belges et vin bien catalan. C'est là que j'ai découvert, pour la première fois, ce petit vin commercialisé (en Suisse en tout cas!) avec un petit taureau en plastique attaché au goulot - de quoi s'amuser si le vin vous ennuie (ce qui est peu probable). Si l'équipe réunie ce soir-là passe par ici, qu'elle me fasse un petit coucou: je n'ai plus revu personne depuis. Et je n'ai toujours pas mon exemplaire du "Petit Riesenkampf"...

Et ce soir, j'ai pris la peine de le déguster d'un peu plus près que ce que le permettait l'ambiance festive évoquée ci-dessus. Eh bien... ça résiste à ce genre d'épreuve! Et je peux le recommander, tranquillement, pour accompagner vos grillades de l'été (bon, il risque d'être un peu léger à côté du râble de lièvre ou du civet de cerf de cet automne, mais n'anticipons pas). Sa couleur est soutenue, d'un beau rouge rubis qui signale le vin de caractère, celui qui a du poids et de la prestance. Premier bon point! Au nez, je lui ai trouvé quelque chose de ferrugineux, surprenant au premier abord, mais pourquoi pas? Je connais mal les sols espagnols, mes connaissances géologiques se limitant au kimméridgien de Chablis. Mais notre Sangre de Toro s'en trouve bien! Au goût, en revanche, gageons qu'il mettra tout le monde d'accord, grâce à sa rondeur et à son équilibre - qui n'exclut pas, cependant, une certaine personnalité, loin de produits trop exclusivement fruités ou trop doux qui finissent par écoeurer. A noter qu'il titre à 13,5% - un niveau moyen, on ne les sent pas passer (mais si mes propos ici vous semblent être ceux d'un ivrogne, je réviserai volontiers mon opinion).

Tout ça pour dire que la bouteille, un mariage réussi de grenache et de carignan,  a pu être terminée sans problème... en à peine plus de temps que celui d'une corrida. Olé!


Photo: http://www.tsahiro.com

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Mardi 13 mai 2008
Parce que le football, ce n'est pas que des horreurs, des hooligans, des garçons qui tapent dans un ballon de football et gagnent à chaque passe plus d'argent que moi en une année...

... le vin est souvent associé à une région, voire à un pays. Et voilà qu'on se retrouve, à la faveur des championnats d'Europe, avec un breuvage rouge associant des cépages typiques de DEUX pays: la Suisse et l'Autriche. Côté autrichien, le Blauer Zweigelt est connu; côté suisse, le garanoir est un cépage tout neuf, créé en 1970 à Pully. Tout cela a été mis ensemble pour créer la cuvée "Europe", également nommée "Grenzenlos" (sans frontière).

Ce vin rouge, je l'ai trouvé sur ma table aujourd'hui à midi. Il accompagnait très bien le cordon bleu qui me servait de plat du jour. Les qualités du vin? Rien de bien méchant, rien de bien exceptionnel; mais rien d'abominable ou de râpeux non plus. Ses créateurs sont parvenus à produire une boisson plutôt lisse et consensuelle, agréable au palais. Peu de surprises donc, mais plutôt une valeur sûre, qui rappelle les fruits rouges. Un rouge qui, du reste, est aussi celui, soutenu, de la robe de ce produit.

Le vin blanc? Je n'en ai pas aperçu. Cela aurait pourtant été un complément sympathique. Reste que ce rouge accompagnera très bien vos petits plats et grillades, voire une viande rouge, pendant l'été. Alors... osez un vin plus oriental que d'habitude pendant les matches! Après tout, le meilleur ballon n'est pas celui qui roule sur le terrain... mais bien celui, plein d'un bon petit blanc ou d'un bon petit rouge, qu'on tient entre ses doigts et qu'on porte à ses lèvres.

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Samedi 26 avril 2008

... passez faire un saut au bar "Le Mondial", à Fribourg (Suisse) - anciennement le Willy's Wine Bar, à la Rue de l'Hôpital, tout près de l'université. Même si vous venez à jeun, ça marche à tous les coups: l'essentien du menu y est publié sur l'étiquette d'une bouteille du genre bordelais, verte, posée sur votre table. Le concept est profondément original, d'accord. Mais il suffit de consulter le menu pour avoir l'air d'un ivrogne en train d'interroger sa bouteille soudain vide...

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Mardi 22 avril 2008

Un poignée de jours à Guéret, et vous allez sans doute m'attendre au tournant: alors, quelles sont les tables les plus miraculeuses de la ville? Où est-ce qu'on mange super-bien? Quel restaurant vaut un puissant détour? Pour mémoire, je mentionnerai le Rochefort (une valeur sûre, au centre), le Coq en Pâte (restaurant gastronomique de haute tenue, mariant tradition et modernité) et La Belle époque (un nouvel établissement d'un niveau certain, installé dans les immenses halls d'un ancien hôtel). Autant de belles expériences.

Mais il y a encore un autre petit établissement sympa, tout au centre de Guéret: le Pausa Pizza. Rien à voir avec l'immense cuisine d'El Bulli, rassurez-vous - on est ici dans la simplicité. On remarquera avant tout que ce restaurant s'étend sur deux salles, de part et d'autre de la route, la salle à manger étant décorée d'une fresque de caractère - on peut ne pas aimer.  

Difficile, en revanche, de ne pas aimer le produit phare de la maison: la pizza. Le patron le décline en variétés nombreuses; mais il sait qu'ici, c'est surtout la pomme de terre, le fromage et la viande qui marchent, et propose des produits dans ce style. Je me suis personnellement retrouvé avec une pizza américaine au chorizo, tabasco et viande hachée, du meilleur effet. "C'est la plus complète, et elle fait un malheur", me confie le chef, qui m'explique ensuite qu'outre les Creusois, sa clientèle est avant tout anglaise, belge et néerlandaise, avec des styles bien distincts. Les Suisses noteront en outre la présence d'une pizza de la vallée des Grisons. Tout cela peut être agrémenté de vin, et couronné d'un digestif.

Outre la cordialité de l'accueil, enfin, il y a aussi la rapidité du service (à des heures creuses, mais le four à bois fonctionnait déjà!) et la souplesse du personnel: désireux de prendre un train, le patron n'a pas hésité à envoyer son livreur (l'établissement livre à domicile, en plus!) me livrer... à la gare, en voiture. Encore merci!

Le site de la pizzeria.

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Dimanche 13 avril 2008

Pas sûr qu'en ce beau dimanche, je vais me faire plein d'amis en France. Mais je veux aborder une affaire intéressante qui soulève les petits inconvénients de l'homonymie et de la toponymie.

On sait en effet que dans notre tout petit monde, deux lieux, l'un en Suisse et l'autre en France, partagent deux points communs: leur nom et la production de vins. A ma gauche, Champagne, région viticole française au renom incontesté. A ma droite, Champagne, petit village vaudois, proche de Bonvillars et de Grandson. Un premier round avait déjà eu lieu, les Champenois de France ayant exigé la suppression de l'appellation "Champagne" pour les vins vaudois en 2004, dans le cadre de la négociation des accords bilatéraux. Demande acceptée: depuis, Champagne (Vaud) vend son vin sous l’appellation "Libre Champ". Les ventes s’en sont ressenties, et pas de manière positive: les ventes sont tombées de 110000 bouteilles (2000) à 32000 (2007).
 
 

A présent, un autre producteur est inquiété: celui qui fabrique les "flûtes de Champagne", petits biscuits salés qui accompagnent idéalement un apéritif; sur les paquets, il y a la mention "Recette de Champagne". Rien à voir, donc, avec le produit viticole… mais un tribunal parisien de grande instance a récemment donné raison à l’appellation Champagne (de France) contre le boulanger Cornu, producteur, obligé, du coup, à boucler son site Internet. Le Vaudois va faire recours.  

Jusqu’où doit aller la protection d’une dénomination ? Et celle du nom d’une localité, qui plus est? Que l’on puisse confondre les deux vins, passe encore – même si franchement, entre un mousseux et un petit blanc sec, la différence frappera même le moins averti des consommateurs de vin. Mais attaquer ensuite, par voie de justice, un boulanger qui produit des biscuits portant le nom de son village, n’est-ce pas aller trop loin? Sans compter les producteurs russes et est-européens de vins mousseux, qui n’ont aucune gêne à utiliser, pour les désigner, le terme de "shampanskoïe", qui ne signifie rien d’autre que… "Champagne".  

Pour conclure, je pourrais avoir envie, un de ces jours, de vous parler des appellations et noms d’objets faisant appel à un nom de lieu… alors qu’il n’y a rien à voir. Par exemple, savez-vous d’où vient le Café de Paris?  

Flûtes de champagne, le site.
Source de la photo:
Cave de Bonvillars. On peut commander sur le site...

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Samedi 5 avril 2008

Je me souviens d'un dialogue sympathique que j'ai eu avec le maître du blog "Brosse Gherta", Strangedays, au sujet du café qu'on trouve dans les supermarchés ou ailleurs - soutenant qu'effectivement, chacun a son goût. Ce coup-ci, je me permets de prolonger le débat ici.

Comme produit, en effet, le café est un paradoxe à lui tout seul. On en boit des litres, mais on ne sait guère l'apprécier, ni en distinguer les saveurs - une observation faite il y a déjà longtemps par un des pontes de Starbucks, qui cherche à présent à offrir un peu de tout à sa clientèle (rassurez-vous, je ne suis pas un habitué de cette marque: trop chère!), particulièrement chez les Suisses, grands buveurs du noir breuvage. Mais en oubliant le goût, en se disant qu'un café en vaut bien un autre, on passe à côté de quelque chose de formidable, au moins autant que le vin ou la bière. Car café n'égale pas café, même s'il y a peut-être une part psychologique là-dedans, en plus de l'élément gustatif proprement dit. 

Lorsque je me suis mis à voler de mes propres ailes, en effet, j'ai fait quelques essais. Je suis tombé sur un Carte Noire plein de douceur mais assez consensuel, sur d'autres choses bien plus décevantes qui n'avaient pour elles que l'avantage du prix. Puis j'ai rallié la petite famille des cafés italiens. Le café Kimbo, de quelque sorte qu'il soit, est formidable, il réveille superbement vos matins les plus difficiles; mais en Suisse, on ne le trouve pas encore partout, et s'il se trouve, c'est par petits paquets. Donc je profite des voyages de mon père en Italie pour m'en faire ramener. Le Lavazza peut lui aussi bien faire l'affaire. Tout aussi vigoureux, il présente l'avantage de se trouver plus facilement, même dans les supermarchés suisses.

Et il y a aussi la préparation. Je pense ici à un établissement de Berne, le "Caffè Roma", qui propose l'un des expressos les plus pleins de caractère que je connaisse. Un peu plus cher qu'ailleurs, mais parfait pour vous revigorer après le déjeuner! Certes, le produit est suisse (café Blaser), mais il est nickel. A noter que pour ceux qui sont prêts à mettre quelques francs de plus, l'établissement propose, dans son sous-sol voûté, divers produits où le café se marie à l'alcool ou au chocolat. il faut bien admettre que le décor participe à l'effet; mais enfin, pour le café, cet établissement vaut le détour.

Enfin, n'oublions pas le divin Montagne bleue, un arabica de la Jamaïque, d'une douceur difficile à surpasser. Bon, c'est affreusement cher... le produit est rare, donc le prix est en conséquence. "La Semeuse" en vend, je le sais, mais je n'en ai jamais vu en supermarché! J'en avais acheté un petit paquet en promotion, qui a fait le bonheur de quelques invités. Et sinon, j'ai aussi eu, pendant quelque temps, un plan pour en boire à un prix normal - ce qui était peut-être dû à la relative ignorance des gérants de l'établissement. Hum-hum...

Le blog de Brosse Gherta.  

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Dimanche 30 mars 2008

Lors d'une discussion, un ami a évoqué l'idée de supprimer les millésimes des vins - une idée qui trouverait des oreilles attentives dans le monde viticole. A première vue, c'est révolutionnaire... mais après tout, il vaut la peine d'y réfléchir. Et de voir comment positionner le produit à partir de là.

Il convient d'abord de rappeler que cela se fait depuis belle lurette pour les vins les plus prestigieux qui soient: les champagnes. Seules les meilleures années des meilleurs crus sont millésimées, les autres ne l'étant pas. Cela résulte d'une démarche visant à garantir un goût d'une bouteile à l'autre: quand on achète un champagne, on sait ce qu'on a dans le verre. Cela, sans pour autant transiger sur la qualité. Bref, on crée une "valeur sûre".

Pourquoi ne pas étendre cette logique aux vins ordinaires, rouges, rosés ou blancs, que l'on boit tous les jours? On peut en effet se demander si c'est "le" bon millésime que l'on recherche quand on veut un demi d'ordinaire pour accompagner sa pizza surgelée ou son plat de pâtes, un soir normal, après le travail. Que demande-t-on plutôt? Un vin qui soit agréable à boire et qui apporte du plaisir - même modeste, ce sera un produit qui apportera un air de fête au repas le plus commun. L'art du producteur, dès lors, devra être d'assurer, pour sa gamme "grande consommation", un produit homogène - en mélangeant les millésimes au besoin, peut-être. Le millésime conférera, par contrecoup, une valeur ajoutée aux vins "de prestige" qu'il produit, le cas échéant. Le client achètera ce produit "de luxe" pour les dimanches, et goûtera l'ordinaire (cela dit sans nuance péjorative) les jours de semaine.

En vue d'un bon marketing, la question sera alors de savoir en dessous de quel prix le client sera d'accord de renoncer au millésime, ou au contraire à paritr de quel prix il l'exigera. Cinq, dix francs suisses? Il n'y a certainement pas de réponse unique. Et certains terroirs de tradition conserveront peut-être l'habitude de millésimer, pour des raisons d'AOC par exemple. A voir, à concevoir, à penser.

En conclusion illustrative, je me souviens d'une idée sympathique qui m'a agréablement surpris: le concept des vins "Chamarré". Son principe? Pas de terroir, pas de millésime, rien que des cépages ou des assemblages avec un caractère distinct. La gamme est assortie de façon quasi pédagogique, avec des indications sur le caractère accessible du vin proposé. Les produits sont certes plus anonymes; on n'imagine guère la barrique de bois ancestrale ou la main du vigneron en les dégustant; mais ils recèlent une agréable surprise gustative. Et d'où vient cette petite révolution? De France...

Pour en savoir plus:
http://www.chamarre.ch (en allemand).

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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