Musique

Lundi 1 juin 2009

Ceux qui guettent le statut des gens sur Facebook le savent désormais: je me suis amusé, au cours des dernières années, à traduire des biographies de compositeurs moldaves de l'anglais vers le français, à l'usage de mon site Internet. Et cette fois, j'ai fini le travail que je me suis proposé d'accomplir...

Faut-il être tordu pour attaquer un tel projet? Pas à l'excès: ces textes se traduisent aisément, et s'ils sont plutôt répétitifs, ils n'offrent pas de difficulté particulière. L'exercice pourrait gagner en richesse, à présent, si je m'amusais à enrichir ces vies bien officielles, où l'on devine les honneurs de l'ère communiste et les vies bien remplies, parfois...

... bien remplies? Je me suis retrouvé, en effet, avec des compositeurs de musiques de films bien connus (là-bas), avec de grands voyageurs (la musique, ça déménage), voire avec un ancien ministre de la culture dénommé
Ghenadie Ciobanu (photo). Bref, l'exercice fut captivant. Le résultat complet est ici: http://www.fattore.com/Composers.htm ; vous pouvez le trouver entre deux ou trois biographies de compositeurs d'ici et d'ailleurs. Bonne lecture! Et bonne écoute, si vous trouvez quelque chose sur le Web; vous serez alors plus heureux que moi.

Dans le même genre d'idée, j'ai toujours, dans mes tiroirs, un projet de traduction de la "Description Moldaviae" de Démètre Cantemir, du latin au français. Là, l'exercice est moins évident... et ses débouchés commerciaux sont plus que problématiques. Si vous connaissez quelqu'un que cela intéresse...

... et si l'on m'avait dit qu'un séjour d'une semaine en Moldavie m'amènerait à m'intéresser à tous ces trucs-là, pas sûr que j'y aurais cru!

Par Daniel Fattore
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Lundi 18 mai 2009

La musique peut être une bonne compagne des lecteurs, c'est pour ainsi dire une lapalissade. Naturellement, Internet pourvoit à ce genre de besoins et ce, depuis de longues années. Chacun a sa station Web favorite (quelle est la vôtre, à propos?). De mon côté, je suis plutôt auditeur de musique classique, mais j'aimerais vous présenter deux émetteurs particulièrement intéressants, à leur manière.

Le premier est l'incontournable "Bide & Musique". Desservi par une banque de chansons absolument impressionnante, B&M est parvenu à se constituer une clientèle fidèle. Son but? Comme son nom l'indique, il s'agit de proposer aux auditeurs des musiques qui ont le goût du ratage: dans le style terrifiant, les responsables du site semblent ne reculer devant aucune chose terrifiante: chanteurs qui chantent faux ou ressassent des scies, gamins à l'oreille défaillante, etc. Mais il n'y a pas que les bides les plus mémorables, d'où le titre du site: on trouve là, également, des tubes oubliés, des tentatives rarissimes (des chanteurs français chantant en langues étrangères avec des bonheurs divers, par exemple...), les chansons de Bernard Tapie (mais oui!) et de Claude Vorilhon (alias Raël, qui a cherché divers moyens pour distiller sa petite musique et a une voix qui rappelle Jacques Brel). Cela, sans oublier l'intégralité des chansons candidates au titre envié de prix Eurovision de la Chanson... entre autres surprises. Il y a même de la musique classique là-dedans... revisitée au goût des variétés, bien sûr!

Le second, je suis en train de l'écouter, entre deux phrases de mémoire de master, et cette fois, il s'agit d'une initiative suisse romande fort méritoire, à l'enseigne de "Chanteurs.org". La spécialité de la maison? Ne diffuser que des chanteurs décédés... ambiance rétro garantie, donc: en ce moment précis, j'ai "Mon Légionnaire", interprété par la môme Piaf. Mais on n'est pas forcément dans le rétro absolu: depuis qu'Alain Bashung est décédé, il a également droit de cité sur cette radio en ligne, qui attend des soutiens de ses auditeurs. J'ajouterai que les jingles et commentaires valent le détour. Tout cela est porté par une association qui a besoin du soutien de ses auditeurs - il vous est donc possible de devenir membre, à raison de dix euros par an. Notez que l'association propose même un livre... actuellement publié à un seul exemplaire (celui de l'auteur). Avis aux coups de pouce...

A leur manière, ces deux émetteurs en ligne font revivre le temps passé - celui qui passe très vite, à l'instar de Bide & Musique, ou celui qui a des ambitions intemporelles, comme "Chanteurs.org". L'Internet est donc un délice pour l'oeil... mais aussi pour l'oreille!

Photo: flickr.com/evvvs
Vos radios:
http://www.chanteurs.org et http://www.bide-et-musique.com

Par Daniel Fattore
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Dimanche 15 mars 2009

Ce matin, j'ai plaqué quelques accords à l'orgue dans le cadre d'un office religieux donné à la chapelle des Marches, à Broc, dans la verte Gruyère. L'édifice est charmant: une petite chapelle construite au début du dix-huitième siècle dans la plaine qui s'étend au pied du village. Et là-dedans, une faute de goût par rapport à l'époque de construction: un orgue électrique, planté à côté du maître-autel.

Cela laisse songeur. Pour l'animation musicale des liturgies, de nombreuses paroisses optent pour des instruments électriques ou électroniques, véritables orgues liturgiques ou instruments généralistes. L'argument est sans aucun doute financier: ce genre d'appareil requiert moins d'entretien qu'un orgue traditionnel, et coûte sans doute moins cher à l'achat. Séduisant, quand on sait que l'objet est finalement peu utilisé: une répétition de temps à autre, une messe parfois - et d'autant moins que de plus en plus, l'organiste n'est plus sur le pont tous les dimanches, voire plusieurs fois par week-end.

Mais les instruments électriques ne sont pas dépourvus d'inconvénients. Le premier qui vient à l'esprit est évidemment la qualité du son, qui (et je pèse mes mots) est généralement sujette à caution. Peut-être aura-t-on reproduit le meilleur orgue à tuyaux historique qui soit; mais à quoi bon, dans une église qui n'est pas prête à recevoir ces sons? Une petite église n'a pas besoin de tout cela, et, comme qui dirait, l'original est toujours préférable à la copie. Cela, sans oublier, bien sûr, qu'un orgue traditionnel est construit "sur mesure" pour chaque église, en fonction des souhaits du client, mais aussi des spécificités acoustiques du lieu, et en particulier de ses dimensions.

Autre inconvénient: l'orgue électrique a un mode de fonctionnement complexe auquel il faut s'habituer, ce qui peut stresser un instrumentiste de passage. Celui-ci doit régler le volume de l'instrument (alors que sur un orgue traditionnel, la question se pose peu, voire pas du tout), et retrouver les bonnes sonorités. L'instrument dispose parfois de propriétés de réverbération artificielle dont on se fiche dans une église. Naturellement, là aussi, chaque instrument a ses spécificités. On dira qu'un instrument traditionnel est aussi particulier; mais l'organiste apprend, dans sa formation, à distinguer et dompter les différents systèmes... d'un instrument traditionnel. En revanche, certains orgues électriques semblent littéralement hantés... manque d'une entretien ad hoc, peut-être? Un appareil électrique requiert également un minimum de soin.

Le choix d'un instrument électrique relève en outre d'une mauvaise stratégie de ressources humaines. Lors de l'entretien d'embauche, en effet, une paroisse qui dit: "Nous avons un orgue électrique" n'est pas très attrayante par rapport à celle qui propose un instrument à tuyaux, d'une personnalité plus riche et forcément plus individuelle. Alors que la disette des organistes fait rage, l'enjeu est loin d'être inexistant.

Electrique ou traditionnel, alors? Et s'il existait une troisième solution? Souvent, je me suis dit, en voyant certaines installations, qu'il vaudrait mieux opter pour... un piano. Certes, cela n'a rien de traditionnel dans une église; mais cet instrument peut, aussi bien que l'orgue, accompagner une chorale, et se faire entendre dans des édifices de taille petite ou moyenne. L'argument du recrutement du personnel musical retrouverait par ailleurs de l'intérêt: en optant pour un piano, une paroisse pourra engager un pianiste en le rassurant: pas besoin de faire le pas de l'orgue (pédalier, gestion des jeux, etc.), il lui suffira de faire ce qu'il sait au moment de jouer des pièces en solo. Cela, sans pour autant rebuter les organistes dûment formés. Un piano requiert certes un accordage régulier; mais c'est aussi le cas d'un orgue à tuyaux, et un orgue électrique a aussi tendance à se déglinguer si on le néglige. Alors, pourquoi pas?

Photo: Flickr/groenling

Par Daniel Fattore
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Vendredi 26 décembre 2008

"Minuit Chrétiens" est un hymne religieux fameux composé au cours du dix-neuvième siècle par Adolphe Adam (à qui l'on doit également le ballet "Giselle") et Placide Cappeau, négociant en vins à Roquemaure (Côtes-du-Rhône) dont la postérité est un peu moins évidente - on dit même qu'il était farouchement républicain et anticlérical. Mais enfin, passons: ce n'est pas pour cela que l'histoire a retenu son nom, mais bien pour le texte de "Minuit Chrétiens".

Ce tube religieux a connu une popularité jamais démentie, finissant par échapper à ses créateurs. La critique s'en est mêlée, en dénonçant le mauvais goût: "Le succès de Minuit chrétiens ! est, d’un certain point de vue, quelque chose de plus affligeant et de plus grave que le fait de l’avoir composé (...). Il semble qu’un minimum de décence devait s’opposer à ce qu’on honore un homme qui a positivement traîné la musique dans la boue, qui a fait pis que flatter le mauvais goût de la foule, car il l’a abaissé, avili, dégradé (...). Pour qui aime la musique, l’enfer, c’est peut-être de devoir écouter ses œuvres à perpétuité", déclare par exemple le compositeur et pianiste Robert Bernard (1900-1971) au sujet du compositeur, dans son "Histoire de la musique", aujourd'hui bien oubliée. Le pape lui-même s'en mêle: par un motu proprio, Pie X recommande de ne pas interpréter cette pièce dans les églises, en raison de son caractère trop théâtral et trop peu religieux.

Une approche discutable. D'un côté, certes, la pièce est propice à l'emphase grossière, voire à des cris qui ressemblent davantage aux chants de sortie de bistrot qu'aux accents recueillis d'une oeuvre religieuse. D'un autre, le "Minuit Chrétiens" d'Adolphe Adam n'est certainement ni la première, ni la dernière oeuvre religieuse à avoir un arrière-goût d'opéra plus ou moins appuyé, voire d'opérette. Autres temps, autres moeurs, même si parfois, le mélange est mieux (ou moins mal) réussi - pensons aux messes de Mozart, par exemple, mais aussi à la "Petite messe solennelle" de Rossini - dont la vocation n'a, soit dit en passant, jamais été de nourrir quelque liturgie.

Et c'est là que j'interviens... puisque la chorale "L'Avenir" de la paroisse de Morlon, où je joue de l'orgue, m'a prié de tenir le solo de "Minuit Chrétiens" à l'occasion de la messe de minuit - célébrée à 18 h 00, faute de personnel à l'heure fatidique. Que faire avec cela? Naturellement, la tentation est forte de "montrer sa belle voix", et de jouer dans le registre bruyant à défaut d'être fin. Piège gluant que celui-là! La musique d'Adolphe Adam est bien fichue, mais elle a une lenteur et une majesté intrinsèque qui rend difficiles les longues tenues sur des notes aiguës, toujours sportives pour une basse. De plus, le côté "sortie de bistrot" déjà évoqué n'est jamais loin si l'on oublie la finesse. Que faire, alors?

Eh bien... prendre le contre-pied d'une tradition trop braillarde! J'ai choisi de la jouer intimiste, privilégiant l'articulation du texte (couplets 1 et 3), renonçant à toute martialité, à tout style d'opéra, d'entente avec la directrice de la chorale. La société de chant opte également pour une reprise des refrains sotto voce des mieux venues. Ajoutez à cela un accompagnement d'orgue discret et une exécution au moment de la communion et vous obtiendrez les ingrédients d'une interprétation tout sauf clinquante de cette oeuvre. Et puis, pour les cordes vocales, c'est tellement plus reposant!

Photo:
http://www.nimausensis.com/Gard/NoelAdam.jpg

Par Daniel Fattore
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Dimanche 26 octobre 2008

Jeudi dernier, Philippe Beaussant a prononcé son discours de réception à l'Académie française, dans le cadre des réunions ordinaires de la vénérable assemblée. Un discours que j'ai survolé, et où se croisent Corneille et Jean-François Deniau, prédécesseur de ce musicologue et écrivain distingué, titulaire du Prix de la langue française pour l'ensemble de son oeuvre.

Prix de la langue française? J'ai envie de dire que c'est mérité. L'homme m'a en effet accompagné, si j'ose ainsi dire, pendant tout le printemps 2002, alors que je potassais mes examens finaux de musicologie à l'université de Fribourg. J'avais alors choisi de présenter à mon professeur de musicologie, Luigi Ferdinando Tagliavini, l'opéra français au dix-septième siècle. Une période dominée par la figure de Jean-Baptiste Lully, compositeur sur lequel Philippe Beaussant s'est penché l'espace de tout un volume, imposant par la taille, magistral par le contenu, que j'ai dû lire deux ou trois fois durant cette période afin d'asseoir ma science (?).

Et je me souviens qu'il y a de bien pires manières de préparer un examen oral: l'homme écrit fort bien; s'il passe par ici, qu'il soit remercié pour ces fort agréables moments de formation. Son livre raconte la vie de Lully, son irrésistible ascension et sa prise de pouvoir progressive sur le monde musical parisien de l'époque classique. Mais Philippe Beaussant enrichit également son propos d'exemples musicaux choisis, illustrés par des extraits commentés de partitions. Ainsi, on travaille en musique... ou presque. Et l'on apprend l'essentiel sur la période qui vit l'opéra, venu d'Italie, s'acclimater en France - rien d'évident pour un peuple qui, à l'époque, peinait à admettre qu'on puisse s'entretuer en musique. Peut-être avez-vous vu vu le film "Le Roi Danse"? C'est de ce livre que Gérard Corbiau s'est inspiré pour ce film.

Et depuis, j'ai eu la chance de lire également son "Stradella" - une autre époque, d'autres ambiances, pour un roman qui se veut sans cesse en construction. L'auteur, Philippe Beaussant toujours, montre ses personnages et les relations qu'il entretient avec eux, tout en narrant les aventures du compositeur Stradella, à la fois musicien et aventurier. Moins analytique que "Lully", ce titre-ci se dévore réellement... comme un roman.

P. S. : depuis Jean Dutourd, on sait que l'habit vert sied très bien à la pipe, et vice versa!

Photo:
http://www.littoralinfo.fr

Par Daniel Fattore
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Marc BONNANT.

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