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"Parler avec exigence, c’est offrir à l’autre le meilleur de ce que peut un esprit."
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Jeudi 17 juillet 2008

Montblanc MeisterstückDes cartes postales il y a quelques jours, un commentaire bien placé... et je vais basculer sur l'instrument scripteur que je préfère: la plume réservoir. Tel sera le sujet de mon billet de ce jour - et certaines, que j'ai eues en main, ont leur petite histoire.

Il y a eu d'abord la Pelikan scolaire rouge, un objet formidable qui m'a tenu des années... et que j'ai tout de suite bien appréciée, en raison de la couleur du bleu roi qui en sortait, et de l'agrément d'écriture. Le bec s'est retrouvé plié une ou deux fois, j'ai malmené l'objet, mais elle est restée longtemps fidèle au poste. Paix à son âme... au contraire de la Geha qui m'a servi pour les devoirs à la maison - un bleu bien plus moche, ni franchement noir, ni franchement bleu... non!

Plus tard, entre l'école secondaire et le collège (c'est-à-dire de 12 à 19 ans), rien à signaler, si ce n'est des plumes achetées peu cher au supermarché, mais que j'ai toujours regrettées parce qu'en dépit de leur prix modiques, là aussi, elles étaient formidables. Je me suis retrouvé de temps en temps avec des ustensiles pour gauchers, moi qui suis un droitier convaincu... mais il n'y a jamais eu de problème de cohabitation. Peut-être que quelqu'un sait me dire quelle est la différence? Débit d'encre, peut-être?

Puis vint la dictée de Besançon, en 1991. Là, j'ai gagné ma première Parker, perdue quelques années plus tard, hélas... une chose magnifique, bleue, dorée, noire, avec encore plus de confort d'écriture. Il me reste le stylo à bille - qui me sert aujourd'hui encore, bien qu'il soit un peu esquinté, pour prendre des notes de lecture.

Il a fallu que je perde une plume de supermarché à Berlin pour avancer, en hivre 1999/2000. Là, j'ai d'abord choisi la voie bon marché, et ai opté pour un duo stylo/plume en métal. Erreur! Le corps des objets était en métal, le pas de vis en plastique; le frottement entre les deux parties a eu raison du plastique, m'interdisant de fermer ces instruments. Poubelle! Malheureusement: en dépit de leur faible prix, ces objets étaient jolis. Trop chers quand même, vu qu'ils étaient également foireux. Alors, j'ai basculé dans l'extrême inverse...

... et je suis entré dans la boutique Mont Blanc de Kurfürstendamm et, pour 300 Deutsche Mark, je me suis procuré le Meisterstück qui me sert aujourd'hui encore. Une belle bête, vraiment, et un délice pour celui qui écrit! J'ai été immédiatement conquis, au moment même d'essayer la plume au magasin; et pour le plaisir d'avoir quelques pleins et déliés, j'ai choisi un bec plat (si si, vous avez même le choix des armes!). Petit inconvénient: elle coule. Gros avantage: elle permet une belle écriture. Je m'en sers pour écrire des lettres privées, ainsi que pour les championnats d'orthographe, en espérant éviter la panne sèche (les cartouches sont petites). Savez-vous du reste qu'une série Meisterstück limitée "Stylo de la paix" a été produite à partir de restes de missiles? Notons qu'à la même période, il y eut aussi une plume Lamy, morte noyée dans l'encre noire.

Dans les années 2000, enfin, j'ai encore acquis une Huahong très satisfaisante qu'il faudra que je recolle, et j'ai par ailleurs reçu une Parker bleu marine, plus modeste que la Duofold du championnat mais très bien quand même, qui me sert au quotidien. Me voilà donc bien équipé pour écrire!

Au fond, qu'ai-je encore besoin d'un clavier?

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Dimanche 13 juillet 2008

Postcard on the EdgeLe monde occidental connaît depuis le XIXe siècle une tradition sympathique, qui consiste, pour les personnes s'adonnant au tourisme ou au voyage lointain, à envoyer des cartes postales aux proches et aux amis restés au pays. Jusque-là, mon discours a l'air à la fois vachement sérieux et monstrueusement idiot.

Mais voilà: la bonne vieille tradition de l'envoi d'une vue imprimée sur un bout de papier fort est en voie de disparition, tuée par l'apparition des téléphones portables, MMS et autres gadgets téléphoniques qui rendent l'opération moins onéreuse, et permet peut-être davantage de personnalité dans l'envoi. Plus besoin de trouver une boutique qui vend des cartes postales (c'est parfois galère), il suffit d'appuyer sur un bouton - et le système moderne permet même au photographe d'un jour de figurer sur son cliché. Tout fout l'camp, m'sieurs dames! Personnellement, je ne prends guère de photos en vacances, préférant faire confiance aux photographes professionnels qui produisent des cartes pour avoir un souvenir des monuments visités. Mais passons...

Et c'est là qu'intervient "Le Matin". "Le Matin"? C'est un canard un peu boulevardier, un peu canaille, qui paraît tous les jours de la semaine, dimanche compris, à Lausanne. Son édition gratuite (de couleur bleue, complémentaire à l'orange de l'édition payante mais on y trouve un peu les mêmes salades) propose un truc pour une fois sympathique et interactif, puisque c'est aux lecteurs de jouer. Il s'agit cette fois d'envoyer à la rédaction du journal précité une carte postale, une vraie, en papier et tout et tout, avec un petit message original. A gagner: amateurs de lectures, vous serez comblés puisque cinq fois cent francs de bons à la librairie Payot sont en jeu. Tout cela pour lutter une activité dont la pratique se perd. Sympa, non?

Rien que pour nourrir la pile à lire en vacances 2009, ça en vaut la peine. Pour en savoir plus, c'est ici:
http://www.lematin.ch/fr/tendances/societe/operation-sos-cartes-postales_26-194638 - vous découvrirez ainsi que pour le journal en question, les vacances s'achèvent le 25 août.

P. S. : je me souviens d'avoir reçu un spam signé du rédacteur en chef de ce journal, il y a quelques années... je lui avais répondu par un clin d'oeil, et le réd'en chef m'avait répondu à son tour.
Vitaminé, le canard! A tremper dans le café pour lui donner meilleur goût...

P. P. S. : le post d'hier était le numéro cent du présent blog. Merci de m'avoir suivi jusque-là... et merci d'avance pour votre fidélité à venir.

Photo: Flickr/d_rod

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Vendredi 4 juillet 2008

Day 334 - Mental Overload... moins que les Français, mais plus que les Allemands! J'avais déjà lu cette information dans un torchon gratuit, mais le journal genevois "Le Temps" a publié aujourd'hui, à ce sujet, un article développé. Première information: 11% des Suisses sont épuisés, mais cela ne les empêche pas d'être heureux dans leur emploi. C'est ce que révèle une étude européenne, la quatrième du genre. Qui serait touché, selon l'étude? Le personnel très qualifié, les indépendants, les cadres, le personnel de l'agriculture... et de l'administration.

Le journal ajoute que personne ne fait rien pour améliorer la situation. Des solutions? Offrir des coussins au personnel, lui ouvrir des salles de repos, voire créer des établissements offrant un plumard et un lieu calme à louer pour vingt minutes? Ce sont des idées, en partie réalisées; mon entreprise commence par exemple à parler de salles de repos. Par ailleurs, il semble important de maintenir des lieux de vie telles que les cafétérias, et d'arrêter de les considérer comme des endroits où le temps est mort. Mais la fatigue peut être plus profonde, d'après l'article - il s'agit bien de celle, pernicieuse, qui débouche sur le burn-out, la fibromyalgie ou le syndrome de fatigue chronique (SFC, ça existe!) Autrefois, ça s'appelait "acédie" (ô le joli mot!), mélancolie ou neurasthénie.

Les Suisses travailleraient-ils trop? On garde encore en tête cette image du p'tit Suisse aux bras noueux, toujours en train de sanctifier son turbin et d'en faire des tonnes. Mais l'article expose qu'il n'y a pas de lien entre la quantité de travail absorbée et la fatigue vécue - au contraire même, il semblerait qu'un collaborateur sous-occupé se trouve plus fatigué qu'un autre. "Ce qui est le plus épuisant, affirme Marc Loriol, chercheur au CNRS à Paris, c'est d'avoir à réaliser en permanence un travail pour lequel on n'a pas les moyens nécessaires et qui n'est ni reconnu ni valorisé. Les gens qui ne travaillent pas sont plus malades que les autres."

Alors, faudrait-il se noyer dans le travail pour, paradoxalement, être moins épuisé? On se le demande. Et l'article relève aussi que personne, en définitive, ne fait rien pour contrer le problème, alors qu'il joue un rôle dans l'absentéisme (et, j'imagine, dans le "présentéisme" aussi). Tout cela est donc insidieux...

Quant à moi, je sens que je vais aller très bientôt piquer un petit roupillon qui va me conduire jusqu'à demain... non sans avoir lu un moment!

Pour en savoir plus: Marc Loriol, Mauvaise fatigue et contrôle de soi, Pistes, 2002.
Photo: Flickr/Irayholly 

Je ne suis en revanche pas en mesure de vous passer l'intéressant article du "Temps", réservé aux abonnés en ligne du journal (ce que je ne suis pas).

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Dimanche 22 juin 2008

Dead Sea newspaperOn parle beaucoup de l'efficacité comparée de la presse papier (ou autre) et de l'Internet en termes de publicité faite à un livre, à un parfum, à une voiture, etc. Une question qui a des enjeux importants: supposons que vous vous décidiez à publier le roman de vos rêves, soit en le balançant sur Lulu.com, soit en convainquant un éditeur. Qu'allez-vous privilégier? Cette réflexion fait suite à la publication d'un article d'un millier de signes sur le CD "Nos retrouvailles futures", publié dans "La Gruyère" de jeudi.

Intéressante, la publication dans "La Gruyère"? Je le pense... mais on peut en discuter. Voyons: ce journal est imprimé à environ quinze mille exemplaires. Chaque exemplaire est lu par trois personnes en moyenne, ce qui donne quarante-cinq mille lecteurs. Mazette! Le présent blog a l'air minable, avec ses quelques dizaines de lecteurs quotidiens.

Mais... minute papillon! Tous les lecteurs de "La Gruyère" ne vont pas s'amuser à en lire les pages culturelles, de loin pas. Il serait instructif, même, de savoir combien ils sont à le faire, en tout ou en partie. Les lecteurs d'un journal lisent avant tout les rubriques nécrologiques; les pages culturelles viennent donc nettement après, surtout dans un journal à vocation régionale. L'intérêt est donc fort dilué. 

Or, sur un blog, le lectorat est constitué de fidèles qui vous suivent par intérêt: les gros lecteurs visiteront les blogs de livres, les mordus du point de croix visiteront des blogs qui leur parlent de leur loisir favori, etc. L'intérêt sera suscité par la qualité des commentaires, par leur sincérité, bref, par une affinité. Passer ensuite à l'acte d'achat? Je ne doute pas une seconde que les amateurs de lectures font la tournée de leurs blogs favoris, leur liste à lire et un stylo en main, à l'affût de toute surprise intéressante. Comme, de la liste à lire, on passe à la pile à lire, l'achat est programmé. Et la densité de l'intérêt est plus importante que dans la presse quotidienne. Cela, sans compter que l'on n'a pas toujours sa liste et son crayon sur soi quand on lit un canard (restaurant, hôtel, train, etc.) On dit que les blogs n'amènent pas d'acheteurs... j'aimerais croire le contraire. Quant à amener des lecteurs à vos livres, c'est une autre histoire: après la PAL, il y a la lecture, étape qui dépend à 100% du bon vouloir de celui qui a acheté votre livre - quelle lapalissade!

L'inconvénient du blog reste cependant son caractère confidentiel, et la difficulté qu'il y a à se faire connaître dans une masse immense de journaux extimes. Cela se fait peu à peu, à l'exception peut-être de ceux qui étaient là dès le début et sont devenus des références, ou de ceux qui, à l'instar de Pierre Assouline, bénéficient d'une visibilité importante dès le départ. Tels sont les prescripteurs!

Reste la presse spécialisée sur papier. Celle-ci attire également l'attention d'un lectorat intéressé: une personne qui ne jure que par la cuisine n'achètera probablement pas le magazine "Lire". Les acheteurs de magazines spécialisés vont toutefois faire leur marché en lisant d'abord les titres et les images, comme dans la presse généraliste. Résultat: non seulement il faut y être, mais il faut accrocher! Ici, le public n'est pas forcément amical ou bienveillant comme il peut l'être sur un blog: s'il n'accroche pas dès le départ, le lecteur zappe. 

Alors, que privilégier? La presse papier continue de jouer son rôle de prescripteur, surtout les organes qui comptent et sont lus par un vaste cercle de population. Le blog est, de son côté, le moyen privilégié d'approcher un public mieux connu. Le rôle du blogueur pourrait alors devenir celui de la personne qui permet à des livres méconnus de se faire une place, discrète mais non dénuée d'intérêt, lorsqu'ils n'ont pas accès à la presse classique. Tous deux me paraissent donc complémentaires si l'on a quelque chose à faire savoir.

Cela, sans oublier la télévision, arrosoir fort efficace...

Photo: Flickr/inju: Dead Sea newspaper

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Samedi 21 juin 2008

Cela fait si longtemps que l'on utilise son courrier électronique qu'il est pour ainsi dire entré dans les moeurs. Longtemps? Dix, vingt, vingt-cinq ans peut-être, en tout cas pour le grand public, un peu plus pour le monde scientifique. Pourtant, l'idée d'un tel vecteur d'informations (et de pourriels) est bien plus ancienne... Le journal "Le Temps" cite aujourd'hui Denis Diderot, rien de moins! Celui-ci reprenait l'idée d'un de ses amis, physicien de son état; voici comment il la présente:

"Son secret consiste à établir de la correspondance d'une chambre à une autre, entre deux personnes, sans le concours sensible d'aucun agent intermédiaire. Si cet homme-là étendait un jour la correspondance d'une ville à l'autre, d'un endroit à quelques centaines de lieues de cet endroit, la jolie chose! Il ne s'agirait plus que d'avoir chacun sa boîte; ses boîtes seroient comme deux petites imprimeries, où tout ce qui s'imprimerait dans l'une subitement s'imprimerait dans l'autre."

(lettre à Sophie Volland, 1762).

Tout cela pour dire que nous n'avons rien inventé... j'aborderai, dans un prochain billet, l'intrusion de certains éléments du monde de l'informatique et des ordinateurs dans les romans actuels. Dans l'intervalle, j'invite ceux de mes lecteurs à découvrir de plus près ce que peut être un roman basé sur le procédé déceptif à rouvrir "Jacques le Fataliste et son maître", de Denis Diderot justement.

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Vendredi 13 juin 2008

Carton rouge !C'est un peu la question que je me suis posé ce soir en traversant la gare de Berne, et aujourd'hui en effectuant le même parcours. Aujourd'hui, en effet, la France disputait un match corsé contre les Pays-Bas. Les artistes pourront gloser sur la complémentarité des couleurs des maillots (orange et bleu); j'y ai pensé, je l'ai fait aussi. Et j'imagine que sur fond vert, ça doit avoir une gueule pas possible.

J'ai donc traîné aujourd'hui dans la gare de Berne, tout fraîchement refaite, et j'y ai surtout vu des maillots orange, vêtement obligé de toute personne soutenant l'équipe du pays du Gouda. C'était même une déferlante! Ceux qui aiment cette couleur peuvent bien venir visiter la capitale suisse ces jours-ci! Il paraît que certains jouaient à shooter des ballons dans des fenêtres ouvertes, sur la Bärenplatz, à deux pas du Palais Fédéral, sous l'oeil indulgent de Benedikt Weibel, Monsieur Sécurité de l'événement.

Les "Oranjes" se sont même taillé une solide réputation, révélée à travers le blog interne des CFF, que vous commencez à connaître. Il paraît que ce sont les plus sympas... je l'ignore, pour ma part: je n'ai pas (encore) cherché à fraterniser. Mais force est de constater qu'ils sont partout, jusque dans le restaurant du personnel. Leurs costumes frappent l'oeil par leur couleur, mais aussi par leur coupe: j'en ai même vu, aujourd'hui, arborant un look de rockers, avec banane assortie. Quant au bruit, vous l'imaginez volontiers: cornes de brume, sifflets, chants, tout le bazar. Un véritable carnaval!

Et les Bleus, là-dedans? Plus petits que des Schtroumpfs? Je l'ai cru, sincèrement, en attendant le train, ce soir. Perdus au milieu de la déferlante orange, en effet, il y avait quelques bannières bleu-blanc-rouge, portées par des gars apparemment perdus. Quand je voyais quelque francophile, je me disais "Ah! Tiens!", alors que les Néerlandais font pour ainsi dire partie du paysage. Circonstance aggravante: comme l'Italie jouait aussi ce soir, les maillots bleus pouvaient être soit ceux des supporteurs français, soit ceux des supporteurs italiens. Le bleu était donc partagé... donc deux fois moins présent.

Alors, quel est le soutien apporté à l'équipe de Domenech? A celle qui préfère le train, pour arriver à l'heure au stade? Personnellement, je m'en fiche un peu: je suis le supporter du Grand Kapital, dont je sais qu'il va gagner à tous les coups (il a déjà gagné, d'ailleurs - facile!). Mais si le Onze de France se fait laminer à l'Euro 2008, quelle déconfiture! Mais on saura que ses soutiens se sont faits bien discrets.

Photo: Flickr/Florent Solt

Update: manifestement, les supporters français n'ont pas apporté grand-chose à la partie... les "Oranjes" ont gagné par 3 à 1.
 

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Vendredi 6 juin 2008

Kookie (Laughing Kookaburra)... il paraît que le 4 mai était la journée mondiale du rire. C'est ce qu'affirme une revue par ailleurs sérieuse, Focus, dans son édition du mois de mai (page 61, publication en anglais, illustration d'un coussin péteur). L'invention de cette journée revient à Madan Kataria, qui l'a créée il y a dix ans. Pour ce magazine de vulgarisation scientifique, c'est l'occasion d'approcher un spécialiste, Robert Provine, afin d'en savoir un peu plus sur ce phénomène qu'on dit être le propre de l'homme.

Et la lecture de l'article peut faire rigoler, mais aussi réfléchir. D'abord, il y a un truc que tout le monde sait qui est rappelé avec vigueur par le biais d'un graphique: le rire, c'est la santé. Entre autres, une bonne tranche de rigolade stimulerait le rythme cardiaque de la même manière que dix minutes sur un rameur d'appartement - c'est bien plus rigolo, non? Le système immunitaire s'en trouverait stimulé, et le lait des mères allaitantes qui rient beaucoup serait bien plus sain pour Bébé. Entre autres...

Robert Provine dévoile aussi quelques éléments moins évidents, en particulier le fait que le rire n'a pas grand-chose à faire avec l'humour, puisqu'il n'est déclenché par l'humour que dans 15 à 20% des cas, selon ses recherches - ce qui tranche avec les approches traditionnelles. Pourtant, on ne peut que lui donner raison. Le savant, professeur à l'université du Maryland (Etats-Unis), rappelle que les chimpanzés et les orang-outans rient aussi, à leur manière. Comment font-ils? Le journal part alors sur un long excursus sur le bienfait des chatouilles en la matière. Au fond, Robert Provine voit trois faits importants en la matière: 1. c'est un fait lié aux relations (on peut le comprendre quand on sait qu'on ne peut se chatouiller soi-même, mais qu'une machine peut très bien remplacer un comparse); 2. il intervient entre deux phrases dans un discours; 3. il n'est pas contrôlé par votre conscience.

Pour finir, le journal donne six conseils:

1. sortir avec davantage de gens pour multiplier ses chances de se marrer
2. renforcer les contacts interpersonnels pour la même raison
3. créer une ambiance décontractée
4. se tenir prêt à rigoler
5. se chatouiller parmi
6. faire appel à des professionnels (gagmen, cinéma, etc.)

J'ai envie d'en rajouter six à mon tour:

1. les assurances remboursent les tickets de cinéma pour des films comiques (Grande vadrouille, etc.)
2. l'Etat sponsorise massivement les théâtres où l'on joue Molière et autres dramaturges comiques
3. les entreprises instaurent une pause rigolade où le personnel se raconte des gags, se chatouille, etc.
4. les livres comiques sont prescriptibles par des médecins, et remis gratuitement aux patients
5. on remplace la musique d'ascenseur (ou de supermarché) par des rires préenregistrés
6. les centres de fitness diffusent des films comiques pour divertir leurs clients

En espérant avoir pu vous faire sourire... à bientôt!

Photo: kookaburra, dont le cri ressemble à s'y méprendre à un rire humain. Source: Flickr/Evenin Star 57
Le site de Madan Kataria, qui semble faire figure de pape du rire:
http://www.madankataria.com/

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Lundi 2 juin 2008

F10008hebdocoverageCette question, je me la pose depuis une dizaine de jours, depuis que j'ai reçu et feuilleté "L'Hebdo" n° 21, de la semaine du 22 mai 2008. Ce magazine romand se propose en effet de tirer le portrait des "cent personnalités qui font la Suisse romande", dans le cadre d'un espace de conférences nommé "Forum des 100". Acteurs médiatiques ou personnalités de coulisse, on a du joli monde, des espoirs et des personnalités qui n'ont plus rien à prouver. Mais certains choix, certaines options, me laissent songeur.

On peut déjà se demander ce que l'on entend par "faire la Suisse romande". En effet, personne n'est dupe: ceux qui sont présentés là ne "font" pas, concrètement, le pays. Ils en dessinent les contours présents, façonnent son avenir, déterrent son passé, donnent des impulsions. Ce sont des tronches, des esprits forts, tout ce qu'on veut. Mais au sens le plus concret du terme, ceux qui "font" vraiment la Suisse romande, rien à dire: ce sont les travailleurs, ceux qui mouillent leur chemise sur le terrain. Ceux-là mériteraient aussi qu'on leur consacre un Forum avec petits fours.

Il y a aussi un détail d'importance qui me chiffonne dans le classement des personnalités. Celles-ci sont en effet cataloguées en fonction de leur métier ou de leur fonction, leaders, espoirs, bâtisseurs, etc. Rien à dire, sauf sur un ou deux éléments que je m'en vais exposer. Il y a d'une part la catégorie "Artistes et provocateurs". Elle fait figure de fourre-tout où se côtoient Slobodan Despot, éditeur à l'enseigne de Xenia et révélateur d'idées, l'équipe de comiques radio de "La Soupe est pleine", le patriarche littéraire Jacques Chessex et la jeune auteur Anne-Sylvie Sprenger, le musicien Pascal Mayer. Tous excellent dans leur domaine; mais au fond, qu'ont-ils de commun? Cela, même si j'admets volontiers que dans leur acception la plus large, la culture et la création sont extrêmement protéiformes. Que fait par exemple le juriste et député Patrick de Preux dans cette catégorie, même s'il est présenté comme un homme atypique?

L'autre surprise vient quand on tourne la page. Là, on ouvre un nouveau classement intitulé "Penseurs et scientifiques". Hum hum... c'est là que je m'interroge: des personnalités comme Slobodan Despot sont-elles moins "penseuses" que l'historien Georges Andrey, auteur de "La Suisse pour les nuls", ou que les scientifiques de l'école polytechnique de Lausanne? Qui d'autre, plus qu'un artiste, s'échine jour après jour à penser le monde dans sa diversité et sa complexité? Et, demanderont peut-être certains, un théologien est-il vraiment un scientifique?

D'un côté, je me dis qu'il est difficile d'établir un tel classement, et que l'exercice finit toujours par vous renvoyer à l'impossibilité de coller une étiquette définitive sur la plupart des personnes. L'exiguïté du territoire romand doit par ailleurs poser un sacré problème à ceux qui recherchent cent personnalités, année après année, en essayant de ne pas toujours avoir les mêmes, pour les mettre en valeur. Mais mon interrogation persiste: à ce régime, n'a-t-on pas créé la catégorie "Artistes et provocateurs" pour y glisser en douce ce qui compte mais n'a pas trouvé place ailleurs? La suite à la prochaine édition du Forum...

L'Hebdo:
http://www.hebdo.ch
Le Forum des 100:
http://www.forumdes100.com

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Samedi 31 mai 2008

Playing SoccerLe blog de l'Euro 2008 se poursuit au sein de mon entreprise. Jour après jour, une équipe de rédacteurs se relaie pour produire un papier, tantôt en allemand, tantôt en français, tantôt en italien. Des choses assez marrantes, souvent dépourvues de recul: quels cervelas choisir pour accompagner ses parties de foot, qui va gagner (thème récurrent, comme il se doit), quelle est la meilleure bière. Depuis que le blog est aussi ouvert aux rédacteurs invités, quelques voix dissidentes se sont fait entendre: le martelage Euro 2008 commence à bien faire. Visiteurs suisses et autrichiens, qu'en pensez-vous? Personnellement, j'en ai un peu sec de voir partout ces ballons en forme de coeurs...

Et là, je m'amuse un peu à faire le trouble-fête. Vous commencez à me connaître: le football et moi, ça fait au moins trois. Résultat, je ne manque jamais de balancer des phrases plus ou moins diplomatiques, synonymes de "Et qui cela intéresse-t-il?".

Il y a quelques jours, je crois même être parvenu à influer sur le cours tranquille du blog de l'Euro 2008. Tout a commencé par la publication d'un article informant que les Bleus (oui, l'équipe de Domenech, les Français!) allaient voyager en train d'un stade à l'autre. C'est reposant, ça permet de mieux se concentrer que le bus, et c'est plus ponctuel. Excellents arguments, entendus à la télévision, repris partout. Et là, hop: je balance que j'ai rencontré tel grand écrivain français dans un train entre Berne et Fribourg, et que tout s'est passé dans une grande discrétion.

Alors les commentaires ont allégrement mélangé littérature et football. L'une déclare qu'elle ne serait pas contre de rencontrer Umberto Eco dans un train, ni de lui demander un autographe dans la foulée; un autre se demande si les footballeurs lisent - et s'il y a des écrivains qui jouent au football. Je renvoie les balles: à l'un qui demande combien il y a de footballeurs écrivains, je réplique en demandant combien sont effectivement l'auteur du livre qu'ils signent... et j'envoie que si on savait que Frei ou Materazzi lisait de la poésie, ça ferait un sacré coup de pub pour ce genre trop délaissé et trop confidentiel de nos jours.

C'est là que, quelques jours plus tard, un contributeur publie un billet sur le football dans la littérature. Des jolies choses, beaucoup d'extraits du magazine "Lire"! Tout ça pour quoi? Un seul message de ma part: si l'envie vous prend de vous rendre dans un stade cet été, en Suisse ou en Autriche, emportez de la lecture. Si le spectacle n'est pas au rendez-vous sur la pelouse, vous saurez ainsi toujours où en trouver ailleurs.
 

Photo: flickr.com/713avenue 

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Vendredi 23 mai 2008

On le sait depuis hier: c'est Jean Clair, Conservateur général du patrimoine, qui remplacera l'écrivain Bertrand Poirot-Delpech au 39e fauteuil de l'Académie française. Historien d'art âgé de 67 ans (soit un poil plus vieux que le cadet de l'Académie, Erik Orsenna), diplômé en sciences et en lettres, Jean Clair dirige de nombreux musées tout au long de sa carrière, jalonnée par ailleurs de nombreuses décorations.

Le processus menant à l'élection de Jean Clair a eu quelque chose de tortueux. La première tentative de nommer un successeur à Bertrand Poirot-Delpech a eu lieu le 7 février dernier, et s'est soldée par une élection blanche.

Celle du 22 mai a également connu ses vicissitudes. René Clair n'était en effet pas seul à briguer le siège de Bertrand Poirot-Delpech. Face à lui, se trouvait en effet un adversaire aux arguments peu orthodoxes mais séduisants: Pierre Bergé. Entrepreneur spécialisé dans le luxe, fortuné par ailleurs, Pierre Bergé s'est adonné au mécénat, contribuant au lustre de plus d'une élection à l'Académie française en finançant un habit vert ou un apéritif. Il n'en fallait pas plus pour que certains Immortels en place perçoivent sa candidature d'un bon oeil, son élection devant prendre la forme d'un remerciement.

C'était compter sans l'opposition d'autres Immortels, tout aussi déterminés, qui n'ont eu de cesse de rameuter des candidatures afin de couler celle de l'industriel en favorisant les voix éparses. Concrètement, l'écrivain Daniel Rondeau a effectivement envoyé sa lettre de candidature, de même que l'historien Joël Schmidt. Tous deux ont cependant retiré leur candidature avant le jour de l'élection, flairant peut-être une manoeuvre.  

Résultat des courses en chiffres, donc: Jean Clair est élu avec 16 voix sur 28, contre 7 à Pierre Bergé, un bulletin blanc et quatre croix noires. Ce n'est donc pas cette fois encore que l'Académie française ouvrira ses portes au monde des affaires. "L'argent n'achète pas l'Académie française", diront certains. Reste que l'opération permet à l'institution du Quai de Conti d'avoir à présent 38 sièges pourvus, sur 40 - un résultat honorable après l'hécatombe qui l'a frappée en 2007. La prochaine élection est fixée au 19 juin 2008; l'enjeu sera la succession de Henri Troyat au fauteuil n° 28. L'écrivain Olivier Germain-Thomas est candidat; face à lui, se trouve le diplomate et prix Goncourt Jean-Christophe Rufin.

Photo: Le Nouvel Observateur.

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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