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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 19:28

hebergeur imageLu par KeishaNatacha Polony.

Merci aux éditions L'Editeur et à Marianne Ferron pour l'envoi!

 

Le voyage auquel Marie-Estelle Pech, journaliste au Figaro, invite ses lecteurs, présente la fascination presque malsaine que l'on peut ressentir dès qu'on s'intéresse à quelque chose de sulfureux. "L'Ecole de la triche" aborde en effet les mille facettes de la fraude en milieu scolaire, de l'école primaire jusqu'au doctorat, en passant par les prépas et les formations spécialisées. Son ouvrage fait le tour de son sujet, c'est le moins qu'on puisse dire, à la façon d'un reportage agencé en un habile crescendo.

 

Après une introduction synthétique, le lecteur est en effet convié à découvrir que la triche en milieu scolaire ne date pas d'hier; l'auteur détaille les méthodes qui avaient cours au Moyen Age puis au dix-neuvième siècle, en dévoilant en particulier la figure du "versionneur" ou du "passeur", chargé de passer les examens à la place d'un étudiant défaillant: certains en ont fait leur métier.

 

Enseignant, étudiant ou observateur intéressé, le lecteur sourira volontiers à l'exposé des astuces exposées ensuite. Il y a évidemment les grands classiques (antisèches, regards en coulisses, échange de copies), mais l'auteur détaille aussi les systèmes qui ont pu voir le jour à la faveur du développement des nouvelles technologies: téléphones portables avec des cours en mémoire, smartphones - il existe même des sites Internet offrant des auxiliaires pratiques aux tricheurs et plagiaires - on le conçoit facilement, Wikipedia est également identifiée comme source facile de thèses auxquelles il manque quelques guillemets.

 

L'auteur développe également, au fil de chapitres abordant successivement divers points de vue, toute une sociologie du tricheur. Elle identifie les motivations des tricheurs, leur profil (les cancres, mais aussi les premiers de classe qui veulent des notes meilleures encore), leur sexe même (les filles trichent moins que les garçons). La question du regard porté par les différentes cultures et nations sur la tricherie est également abordée; on découvre ainsi que les nations scandinaves sont les plus intransigeantes en la matière, alors qu'en Chine, selon un témoin cité par l'auteur, "le plagiat, [...], est perçu comme une expression de respect de l'autorité des experts; la triche est vue comme effort de solidarité collective" (p. 196). Cela dit, ce petit livre s'intéresse avant tout au système français et à ses failles, explorant les coulisses du bac et interrogeant des acteurs, enseignants, surveillants, recteurs, parfois pris entre le marteau et l'enclume.  

 

Le business de la triche est également abordé, qu'il s'agisse de la rédaction de dissertations par des tiers contre rétribution (certains en vivent très bien) ou du trafic de diplômes universitaires. Cela, sans oublier le phénomène des universités qui décernent des diplômes sans qu'il soit nécessaire d'en suivre les cours. Ces "moulins à diplômes" font l'objet d'un chapitre montrant que le travail est souvent bien fait: les faux diplômes de véritables universités peuvent être à l'épreuve d'une vérification.

 

L'ouvrage s'achève sur la question de la faillite morale de notre société. Une conclusion annoncée au fil des pages: certains agissements ne sont d'ores et déjà plus perçus comme de la triche (pomper sur Wikipedia ou recopier un exercice pour un devoir, par exemple), et certains tricheurs en arrivent à justifier leur pratique par le développement de compétences telles que la débrouillardise, fort utiles dans la vie qui s'ouvre au terme des années d'études. L'auteur n'oublie pas de suggérer que la tricherie en milieu scolaire peut être le prélude à la fraude dans la vie. Et l'ultime chapitre interroge chacun d'entre nous: en présentant en permanence, avec complaisance ou d'un air faussement scandaleux, des modèles de succès trop faciles pour être honnêtes, notre société n'incite-t-elle pas à la triche? Et sa moralité n'est-elle pas en train de se déliter?

 

C'est donc un voyage passionnant à travers la galaxie de la triche qu'offre "L'Ecole de la triche". Ecrit dans un style journalistique plein d'aisance, ce petit livre se dévore avec bonheur. Peut-être rappellera-t-il des souvenirs à certains lecteurs nostalgiques des épopées de leurs années d'école?

 

Marie-Estelle Pech, L'Ecole de la triche, Paris, L'Editeur, 2011.

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commentaires

visit us 19/09/2014 13:39

Travel the galaxy cheating is quite and interesting book and I love the contents in it that talk and describe about the life and maintaining personal relationships. I hope young readers get to know about this as it will benefit the readers.

keisha 10/11/2011 11:26


En France on a les notes de 0 à 20 et alors franchement y a t'il une différence entre un gamin qui a 9,5 et un autre qui a 10,5 ?
Quand on apprend à faire du vélo, le test c'est "ne pas se casser la figure", là il n'y a pas de note, on sait ou on ne sait pas. Mais bon, là je change de domaine. Le savoir faire final, quoi.


Daniel Fattore 14/11/2011 05:56



C'est effectivement le savoir-faire final qui compte... le but de l'examen étant de vérifier qu'il est acquis à un moment donné. Après, effectivement, quand on est "limite", il est rageant de se
voir recalé pour un demi-point... voire moins, en cas de moyenne au centième. Cela dit, je trouve d'un autre côté que le jeu des appréciations qu'on propose à la place des notes n'est pas une
solution meilleure. Le débat est loin d'être clos...



Alex-Mot-à-Mots 07/11/2011 16:02


Peut-être que si on demandait plus de réfléchir, il y aurait moins de triche car moins de réponses bonnes ou mauvaises obligatoirement.


Daniel Fattore 09/11/2011 23:42



C'est une piste suggérée par ce livre - de même que celle du renforcement de la part d'oral dans les examens tels que le baccalauréat. A l'écrit, on peut suggérer davantage de dissertations et de
commentaires composés - avec le risque que quelqu'un se soit déjà penché sur le sujet et que l'étudiant puisse donc trouver une dissertation correspondante. D'où la nécessité, pour les
enseignants, d'être originaux. On trouvera toujours une dissertation à reprendre sur "Le Dormeur du Val"; en trouvera-t-on aussi facilement une sur le poème d'Alexandre Voisard qui a paru
sur ce blog dimanche dernier? Les sujets rares pourraient aussi constituer une piste contre la triche.



keisha 06/11/2011 08:26


J'ai bien aimé les quelques pistes suggérées, par exemple l'utilisation d'ordinateurs pendant les épreuves, en adaptant les épreuves évidemment. Comme cela se fait déjà dans certains pays.
Danemark, je crois? Je doute qu'on puisse lutter contre les machines à portée de main des élèves et étudiants... De toute façon, je rêve de supprimer les notes, mais ce n'est pas demain la veille!


Daniel Fattore 09/11/2011 23:47



... de même qu'en version latine, si l'on autorise l'usage du dictionnaire bilingue, cela signifie que les textes seront plus difficiles et que feuilleter le dictionnaire peut devenir
contre-productif (perte de temps). Et effectivement, ce sont les pays scandinaves qui autorisent l'usage de l'ordi!

Côté suppression des notes, c'est un vaste débat, qui n'est pas clos en Suisse - ou plutôt dans les cantons suisses, puisque chacun a sa recette. Elles ont leur avantage, en ce sens qu'elles
permettent de se situer si l'on comprend leur sens (6/6 = très bien, 1/6= très mal, pour prendre l'exemple que j'ai connu). Un autre système devrait avoir cet avantage... sans en avoir l'effet
traumatisant. Pas sûr que ce soit gagné d'avance... mais j'ignore quels sont les modèles alternatifs imaginés ou expérimentés ailleurs que dans mon pays, voire dans mon canton. 



Cynthia 06/11/2011 01:56


Je me suis fait prendre une fois pendant une interro de maths (le coup classique de la règle arborant une longue formule sur sa face cachée) et je n'ai plus jamais osé récidiver :) Je me souviens
avoir râlé parce que le type qui se trouvait à deux bancs de moi avait 3 Tippex aux étiquettes modifiées pour faire apparaître discrètement la formule dans les ingrédients.
La prof ne s'est même pas demandée pourquoi ce gars avait besoin de 3 Tippex !
Il paraît que plus la triche est flagrante, plus elle a de chances de passer. Mouais...:)


Daniel Fattore 09/11/2011 23:53



Je ne me suis guère risqué à tricher - je suis plutôt du genre à contester des notes après coup (certains barèmes sont franchement dégueulasses). Je me souviens que dans mon collège, ça trichait
pas mal, mais je préférais prendre une note médiocre mais méritée que me ramasser la note minimale pour un comportement inadéquat.

Le coup du Typp-Ex est aussi expliqué dans ce livre - de même que d'autres du même genre. Sur Web-Tricheur, il est possible de trouver des étiquettes d'eau minérale conçues de manière à y
intégrer des données utiles pour un examen. Et il y a même eu, de manière éphémère, un site Internet spécialisé dans la facture de devoirs, contre finance bien sûr. J'en parlais ici: http://fattorius.over-blog.com/article-28682994.html puis là: http://fattorius.over-blog.com/article-28797044.html .

"Plus c'est gros plus ça passe", dit-on. Vieux proverbe recyclé en politique... et socle d'une nouvelle d'Edgard Allan Poe, mettant en scène une lettre cruciale, bien en vue de chacun mais que
personne ne voit, si je me souviens bien.



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