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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 19:52

hebergeur imageDe Paris à l'Aisne, c'est toute une expédition. C'est celle-ci que le philosophe français Hubert Damisch effectue, six jours durant, pour aller rencontrer l'artiste François Rouan dans le lieu où il oeuvre. De ces six journées, Hubert Damisch a tiré le livre "Voyage à Laversine", qu'il n'est pas évident de classer: est-ce un roman, un témoignage de vie, un essai de philosophie de l'art assorti de considérations méthodologiques? Il y a un peu de tout cela dans ce livre, ce qui ne manquera pas de dérouter les lecteurs qui aiment se sentir rassurés par des codes littéraires bien établis.

 

Quel genre littéraire?

Le prologue a de quoi surprendre le lecteur, voire de quoi faire le tri entre les simples curieux et les lecteurs sincèrement intéressés: l'auteur s'y présente et expose sa méthode, non sans faire allégeance, à la manière d'un universitaire, aux auteurs qui l'inspirent. La source la plus directe dont l'auteur se réclame est l'André Gide du "Voyage au Congo"; d'autres noms apparaissent, tels Marcel Mauss, Claude Lévi-Strauss, Sigmund Freud, etc.; ils seront les compagnons de l'auteur tout au long de l'ouvrage. Dans cet exposé, l'auteur prend le risque, nous l'avons dit, de perdre des lecteurs en route; ce risque est d'autant plus avéré que, force est de le constater, certaines phrases donnent l'impression que l'auteur s'écoute un peu écrire. A l'heure où le lectorat profane est avide de vulgarisation, est-ce bien nécessaire de "faire des phrases"?

 

Heureusement, le discours est animé par une démarche narrative qui tient à la fois du témoignage et du roman. Témoignage en ce sens que tout ce qui est raconté ici est présenté comme réel. Il y a les anecdotes bien sûr (par exemple le vol de valises dont le narrateur, le peintre et deux amis sont victimes alors que, assis dans leur voiture, ils sont bloqués dans un embouteillage), mais aussi la description des relations qui s'installent entre François Rouan et l'auteur - description qui s'installe progressivement et prend plus de place dans la deuxième partie du livre. Cela, sans compter les impressions en demi-teinte que l'auteur, conscient des limites de l'exercice, retient de telle ou telle journée. Roman aussi, en ce sens que l'auteur (et, en toute honnêteté, il le dit d'emblée) ne s'est pas gêné d'agencer son récit en prenant avec le vécu les libertés qui lui permettront de mieux illustrer son propos - recréant ainsi, à l'attention du lecteur, une réalité romanesque authentique à partir d'une réalité vécue qui ne l'est pas moins.

 

Au sujet d'un artiste

Certes, l'ouvrage se veut la transcription d'un dialogue entre un peintre, François Rouan, et un philosophe, Hubert Damisch. C'est cependant ce dernier qu'on entend le plus, dans la mesure où il joue à plein son rôle de transmetteur d'information. Dès la première journée dépeinte, tout commence avec l'exposition de la notion de "tresses", dont on comprend rapidement qu'elle est indissociable de la figure du peintre, qui crée en tressant des toiles peintes au préalalbe après les avoir lacérées.

 

Puis, progressivement, se dévoile une oeuvre. Il y a la notion d'empreinte, des interrogations à la fois artistiques et philosophiques sur les rôles du miroir, du cadre ou du modèle en art; c'est pour le lecteur l'occasion de découvrir la position du peintre par rapport à ces éléments. La photographie tient aussi sa place dans le livre. Le lecteur va certainement se demander pourquoi il n'y a pas de reproduction des oeuvres évoquées, si possible en couleurs, dans "Voyage à Laversine"; cela tient sans doute au rapport particulier que le peintre a avec la photographie, dont il se demande parfois si elle est "ressemblante": celle-ci constitue déjà, selon lui, un certain regard posé sur ses oeuvres, donc une manière de guider leur vision. Le lecteur, il faut le dire, y perd: il n'est pas forcément facile de visualiser ce dont on parle et, même si le propos est enrichi de quelques dessins reproduits en noir et blanc, force est de constater qu'en l'absence de support visuel complet, le propos paraît bien abstrait. 

 

Mais les lecteurs le plus curieux devraient bien récupérer tout cela sur Google! Les autres trouveront le moyen de recréer une filiation artistique à partir des nombreux maîtres que l'auteur cite à l'envi: Balthus, Gustave Courbet et son "Origine du monde", Jackson Pollock, Daniel Buren et Simon Hantai pour l'ancrage contemporain; et, pour le socle théorique, des gens comme Ludwig Wittgenstein ou Jean-Paul Sartre. Autant de personnalités dont on aime s'éloigner pour mieux s'en rapprocher. Certes, la démarche de l'auteur se partage, pour le lecteur, entre ses forces et ses faiblesses; gageons qu'elle aura gagné son pari si le lecteur est amené à découvrir la production artistique de François Rouan. 

 

Hubert Damisch, Voyage à Laversine, Paris, Seuil, 2004.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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commentaires

Eddie 25/10/2014 15:39

Bonjour, nouveau concept d'exposition sur le web www.icidexpos.com "découvrir les ARTISTES" bonne visite amicalement Eddie.

DF 26/10/2014 08:53

Merci pour l'info!

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