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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 19:57

hebergeur imageLa fin d'une époque, quelques vies simples qui vont se desséchant au terme des jours, des lieux qu'on habite et qu'on imprègne de son âme avant qu'un beau matin, quelqu'un s'avise de réécrire le territoire à grands coups de bulldozer. Voilà les quelques pistes que l'écrivain Xavier Houssin explore, avec sobriété et pudeur, dans le bref roman "16, rue d'Avelghem", publié en 2004 par Buchet/Chastel et lauréat, la même année, du prix Marguerite-Audoux.

 

Bref, ce roman l'est assurément, puisqu'il pèse 153 pages tout mouillé. Cette brièveté se retrouve dans la faible longueur des chapitres et dans le choix, de la part de l'auteur, d'écrire en phrases courtes. Tout, dans ces options stylistiques, dit au lecteur la fugacité de choses et des êtres. Au niveau narratif, cela se retrouve dans l'omniprésence des morts, parfois celles d'enfants en bas âge, voire d'un poussin qu'on vient d'acquérir. Les évocations de la guerre sont aussi là pour rappeler la brièveté et l'arbitraire de la vie, de même que le fait que dans la rue d'Avelghem, où se tient l'action, se trouve également un cimetière, avec un carré réservé aux enfants.

 

Pourtant, si brève et fugace qu'elle soit, la vie mérite d'être donnée, suscitée, protégée, développée. Dans "16, rue d'Avelghem", elle est tractée par la figure de Joseph Lapierre, père de famille à l'ancienne mais très actif, qui fait pousser son jardin et s'investit beaucoup pour que sa demeure soit plus belle, plus agréable. Et puis il y a les enfants, les animaux qu'on élève (des poulets, en particulier). Par ailleurs, Dieu et la religion catholique sont omniprésents, comme la promesse d'un au-delà meilleur, par exemple à l'occasion des funérailles de Joseph. Et bien sûr, habitée, la maison acquiert pour ainsi dire une vie propre.

 

L'auteur parvient en effet à faire du numéro 16 de la rue d'Avelghem un personnage à part entière de son roman. C'est un lieu qu'il faut apprivoiser, ce qui ne va pas de soi si l'on observe les réticences persistantes d'Angèle, épouse de Joseph, face à ce nouveau logis familial. Chacun y trouve par ailleurs ses marques, lieu de vie ou d'études; chacun l'apprécie à sa façon, lui donne une parcelle de son âme. Et c'est ainsi qu'au terme du récit, le lecteur se retrouve presque triste de voir disparaître ce lieu, ainsi que le quartier historique qui l'entoure (préservé de la guerre, non des promoteurs), au profit de bâtiments "modernes", déjà à leur tour dépassés aujourd'hui.

 

Loin des grands desseins du monde même si ceux-ci sont présents en arrière-plan avec les échos des deux guerres mondiales, du Front populaire et de l'évolution du tissu industriel de Roubaix, c'est donc des vies simples que ce récit relate, un récit qui s'intéresse aux bonheurs et malheurs minuscules et essentiels, faim, amours, peurs, existences enfin, des gens les plus ordinaires. C'est aussi cela que la brièveté des phrases, des chapitres, du roman même, reflète.

 

Xavier Houssin, 16, rue d'Avelghem, Paris, Buchet/Chastel, 2004.

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commentaires

racbouni 23/03/2011 18:33


Merci d'évoquer ce roman consacré à une rue de Roubaix, ville qui a marqué mon existence !

L'illustre Maxence Vandermeersch avait lui aussi dépeint de manière magistrale l'univers de cette ville (Quand les sirènes se taisent) qui est désormais considérée par les statisticiens comme la
plus pauvre de France...

Félicitations pour votre blog, c'est là de la bonne matière.

Le mien vient tout juste de naître et s'apparente quelque peu au votre, mais plus exclusivement centré sur la poésie.


Daniel Fattore 23/03/2011 21:34



Je vous en prie! Il me semble qu'il a été peu lu, en dépit de ses qualités. Je ne peux que vous le conseiller.
Merci de votre visite! Je m'en vais visiter votre propre blog...



Alex-Mot-à-Mots 15/03/2011 10:52


Cela me fait penser à un roman - dont le tityre m'échappe, peut-être "des vivants et des ombres", à vérifier - Sur une maison de famille qui raconte l'histoire des générations successives.


Daniel Fattore 15/03/2011 21:24



... et qui ne me dit rien! Mais j'aimerais bien en savoir plus; si tu tombes sur le titre exact et l'auteur, tiens-moi au courant s'il te plaît.



Tiphanie 14/03/2011 21:57


c'est aussi la situation géo qui m'a attirée d'abord. J'ai habité Lille plusieurs années.


Daniel Fattore 14/03/2011 22:41



Ah ben je pense que tu devrais y retrouver certaines ambiances, certains mots et tours de phrases. Essaie! :-)



Liliba 14/03/2011 18:44


Intéressant, je vais essayer de me le procurer ! C'est le monde à l'envers que ce soit toi qui me propose des livres dont l'action se passe à exactement 10 minutes de chez moi !


Daniel Fattore 14/03/2011 21:29



... et qui, pour tout te dire, cite même la localité où tu habites! :-) Indépendamment de ces éléments, c'est un petit livre qui en vaut la peine! Je t'en souhaite une bonne lecture.



Tiphanie 13/03/2011 21:49


ça a l'air intéressant, je note


Daniel Fattore 14/03/2011 21:29



Je confirme, c'est un beau petit livre, réussi d'un point de vue littéraire.



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