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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 21:01

hebergeur imageRoman, lu par Angelita (qui interviewe en outre l'auteur).
Le blog de l'auteur - que je remercie cordialement pour l'envoi de ce livre et pour les heures de lecture.

 

Il arrive, plus souvent qu'on ne le croit, que les vies les plus simples en apparence soient traversées par des drames personnels, soigneusement cachés ou face auxquels la personne qui les vit développe ses propres stratégies d'âme ou d'existence pour les traverser et se reconstruire, encore et encore. En peignant, à la première personne, l'existence de Luce, c'est en quelque sorte ce qu'Alba Kertz a voulu dire dans son roman, justement intitulé "Luce" et publié aux éditions des Presses du Midi en 2009.

 

Luce, c'est une femme qui aura vécu toute sa vie entourée d'enfants - qui ne seront toutefois jamais les siens: son petit frère, ses neveux, sa petite-fille. Séparée très tôt de l'homme de sa vie, Pierre, par une intrigue adroite que nous ne dévoilerons pas ici, elle ne retrouvera celui-ci que longtemps après, alors qu'il est (presque) trop tard. Luce ambitionne de faire des études... mais finira par y renoncer après avoir reporté son immatriculation pendant une trentaine d'années. En dépit des renoncements, ce roman rappelle que la vie n'est avare ni de bonheurs, ni de cadeaux, même si ceux-ci sont parfois pour le moins inattendus.

 

Suffisamment complexe pour offrir l'étoffe d'un roman consistant, la vie de Luce est toutefois suffisamment simple pour que tout un chacun puisse, à un instant ou à un autre, s'y reconnaître - cela, d'autant plus que le style, concret, dépourvue de toute afféterie ou complication, est pleinement en phase avec cette volonté. On s'attache vite à Luce, cette femme qui observe et raconte les autres sans (trop) juger mais s'observe beaucoup, s'évalue, dialogue avec sa conscience (sa "Voix"), se pose des questions.

 

Et les questions qui vont traverser son existence seront nombreuses et, mine de rien, difficiles: sa nièce, future mère adolescente, doit-elle avorter? Luce Doit-elle pousser Pierre à quitter sa fiancée? Y a-t-il un dieu, et comment lui parler? Faut-il qu'elle prenne du champ face à sa mère dépressive et possessive pour vivre, enfin, sa vie? Celle-ci apporte ses réponses, parfois amères. Mais l'auteur sait toujours les teinter d'un optimisme qui, plus d'une fois, fait du bien au coeur.

 

Ce "bien au coeur" qu'apportent certaines pages de ce récit de vie est encore souligné par la description de certains lieux amènes, en particulier Bandol, sa plage et le petit restaurant de l'épicurienne Brigitte - où l'on parle et pratique joyeusement le vin gai (le bandol) et le vin triste (le gigondas). Il y a cependant aussi Rouen, Strasbourg, ses maisons à colombages et ses patronymes à consonance germanique: il suffit de quelques traits à l'auteur pour planter ses décors de façon à les rendre perceptibles au lecteur.

 

"On a mal avec Luce, parfois.", dit la quatrième de couverture. Mais le lecteur aimera aussi la voir rebondir sans cesse, à sa manière, magnifiant son humble, discrète et bonne existence. De quoi donner la pêche, peut-être? Sans doute, même!

 

Alba Kertz, Luce, Toulon, Les Presses du Midi, 2009.

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commentaires

Alba Kertz 17/03/2011 09:55


Je voudrais ajouter ici que je remercie encore Angelita, qui a été la première à publier un commentaire/critique de "Luce" (que lui avait envoyé Obiwi je crois). Savoir qu'une personne qui ne fait
pas partie de vos connaissances ait pris du plaisir à vous lire est un vrai bonheur que je souhaite à tout auteur qui publie pour la première fois ! Aussi, cher Daniel, je voue reconnaissance et
admiration à ceux qui, comme vous deux, se lancent dans la lecture de ces auteurs inconnus, sans a priori ni bienveillance trop hâtive... Chapeau, c'est là un travail de dévouement pur et quand ça
devient un plaisir ! Merci à tous deux, et merci à ces lecteurs qui prennent sur leur temps pour commenter, eux aussi. La littérature n'est pas morte !!
Alba


Daniel Fattore 18/03/2011 21:50



... j'aime beaucoup découvrir de nouveaux auteurs, et j'ai été très heureux de lire "Luce" - qui fut une belle découverte! Heureux aussi que ce roman génère une discussion fort intéressante! De
vous, il me reste encore "Méridionales" à lire; je m'en réjouis!
PS: merci de votre lecture de mon recueil.



Alba Kertz 16/03/2011 17:07


Ces échanges sont vraiment intéressants et me ravissent ! Tout ceci est très juste. Pour un auteur, il est essentiel que son livre soit bien compris et surtout que le lecteur ait aimé les
personnages et pris un réel plaisir à sa lecture
Merci pour ces appréciations ! Amitiés, Daniel, Marie, Monique...
Alba


Daniel Fattore 16/03/2011 21:02



... et chaque lecteur va s'approprier le récit, le combiner à son propre vécu pour y trouver ses propres pépites - et en faire son miel, peut-être. 
Merci encore pour les heures de lecture procurées! :-)



Florac Monique 16/03/2011 12:09


Reponse à la réponse de D.Fattore : Merci pour le mot "fatalité" que j'estime synonyme de "prédestination". A quel moment LUCE aurait-elle dû dire NON au destin qui s'imposait ? Et l'autre voie
qu'elle aurait alors choisie aurait-elle été davantage "souriante" et "optimiste" ? Des questions que nous nous posons tous, à certains moments de notre vie.


Daniel Fattore 16/03/2011 20:56



Vrai!
La vie ne va pas sans renoncements - mais aussi des choix, voulus (mais le sont-ils vraiment?) ou imposés (mais le sont-ils vraiment?)... Que de questions, en effet!



Florac Monique 15/03/2011 12:49


C'était déjà le problème pour B.Pascal : sommes-nous prédestinés ou avons-nous le choix ? Quoi qu'il en soit, force est de constater que le hasard nous place souvent dans des situations que nous
n'avons pas voulues. Cela arrive souvent à LUCE (Alba Kertz). Et c'est peut-être plus fréquent pour les femmes, en particulier celles qui ont le sens des responabilités envers autrui. Ainsi la vie
de LUCE, vie d'errance sentimentale ou géographique, est une suite d'accidents ou de surprises auxquels sa personnalité la pousse à s'adapter, à se soumettre. Elle ne fuit jamais. Au détour de ces
événements, la vie lui fait néanmoins des cadeaux, à l'occasion...


Daniel Fattore 15/03/2011 21:26



Merci de votre passage et de votre avis!
Il y a effectivement, dans ce récit, ce côté "fatalité" - cependant relativisé par une approche finalement toujours souriante, malgré les avanies. D'où le goût optimiste, positif de ce roman.



Marie 02/03/2011 09:03


Je bien tentée par ce récit...


Daniel Fattore 02/03/2011 20:44



... très beau, et fondamentalement optimiste en dépit des coups durs racontés. Je recommande... et t'en souhaite par avance une bonne lecture!
Je te recommande aussi le billet d'Angelita et l'interview de l'auteur, pour compléter ta première impression.



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