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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 20:44
 

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitFallait-il nommer ce roman "La Salle d'attente"? L'écrivain suisse Marie-Jeanne Urech fait d'un tel lieu le point de départ d'un roman totalement onirique, aux ambiances volontiers nocturnes. Ni plus ni moins... mais l'essentiel n'est pas là.

Rappel des événements relatés dans cet ouvrage: une jeune femme nommée Lucille attend le bus dans une salle d'attente assez glauque et, pour tout dire, dépourvue de toute poésie. C'est là qu'entre un certain merveilleux moderne, par le biais d'une vieille dame qui mange du chocolat - cela conduit Lucille vers un petit monde où tout ne se passe pas comme d'habitude...

Peu poétique, le point de départ? La salle d'attente est glauque, c'est entendu. Mais dès les premières pages, les aiguillages du récit sont placés. Dans le froid, Lucille a le nez qui coule; les gouttes qui tombent sur le béton prennent l'allure de fleurs. D'emblée, l'auteur impose son goût de la métaphore. Elle intègre par ailleurs dès le début une constante: celui des liquides, corporels ou non: morve, vomi, pluie, chocolat fondu. Or, dans l'univers que peint l'auteur, le chocolat joue en effet le rôle constant du produit défendu, presque un stupéfiant, auquel on prête des effets peu désirables mais que tout le monde souhaite consommer.

Et c'est par un boyau pour ainsi dire humain que Lucille arrive dans un petit monde clos. L'auteur réinvente ainsi le "locus" de l'endroit d'où l'on ne peut pas partir - sans pour autant le prendre pour prétexte à raconter des histoires. Lucille s'ennuie un peu au village - et cela se ressent dans un récit où les principaux événements touchent au quotidien: la qualité de la nourriture, le métier de croque-mort de ceux qui hébergent Lucille en attendant le bus (qui ne viendra pas... ou viendra, mais Lucille le manquera), la météo (lunatique). La vie chez le croque-mort constitue le fondement de la description d'une famille presque normale.

Et puis, il y a toutes ces personnes âgées, tous ces vieux, porteurs de pancartes présentant d'autres personnages. L'auteur peint-elle un monde où les aînés sont obligés de travailler pour, simplement, survivre? On peut le voir ainsi. Mais il y a aussi une certaine tendresse dans la peinture de ces porte-voix qui s'amusent à brouiller les cartes dès que l'occasion leur en est donnée: où se trouve l'hôtel? Lequel? Ludique, l'auteur s'amuse à générer tous les noms d'hôtel possibles à partir du nom "ICAR".

On peut aussi voir là une métaphore de l'existence humaine: les chemins ont leur importance (celui du village, celui de la gare, celui du cimetière), Lucille est hébergée par celui qui s'occupe des morts et, à ce titre, semble régner sur toute la population du village où elle échoue. Cela, sans compter les impondérables (canicule, intempéries) et l'information qui ne circule pas (un car passe, que Lucille aurait dû prendre mais qu'elle manquera parce qu'elle n'est pas informée), ni les liquides - l'eau est source de vie, les liquides corporels sont là tant qu'on n'est pas mort. Sous des dessous parfois presque enfantins, l'auteur réalise ainsi une fort belle fresque de sa vision de l'humanité, à la fois sombre et malgré tout souriante, et toujours pleine de tendresse et d'esprit.

Marie-Jeanne Urech, La Salle d'attente, Vevey, L'Aire, 2004.

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commentaires

Cynthia 16/11/2009 15:36


Le bus qui ne revient jamais...heu..."En attendant Godot"?^^

Peut-être pourras-tu m'expliquer comment il est possible d'attendre un bus dans une salle d'attente (?)
Hormis ce curieux détail, ce livre me tente bien!


Daniel Fattore 16/11/2009 21:39


... il s'agit de la salle d'attente d'une gare.
Sinon, c'est un bon livre, effectivement! Si tu as de la peine à l'obtenir à ta librairie habituelle, essaie de le commander sur le site de l'éditeur: http://www.editions-aire.ch/ .


liliba 15/11/2009 21:00


Je passe mon tour (enfin, je rate le bus !)


Daniel Fattore 15/11/2009 21:23


Cette histoire de bus qui me vient jamais m'a aussi fait penser à un film cubain où l'on voit plein de monde attendre un bus aux horaires plutôt aléatoires - le titre m'échappe. Mais je ne serais
pas étonné d'une réminiscence chez Mme Urech, qui est aussi active dans le domaine du cinéma. Comme quoi...


Alex-Mot-a-Mots 15/11/2009 10:29


Non, décidément, je ne suis pas tentée.


Daniel Fattore 15/11/2009 21:24


... les autobus et les p'tits vieux ne font décidément pas recette!


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