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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 20:59

hebergeur imageLa démarche d'exhumation d'un ancien manuscrit inédit a toujours quelque chose de captivant, surtout si elle débouche sur une publication appelée à séduire un lectorat, plusieurs dizaines d'années après la rédaction du texte. C'est ce qui est arrivé à "Hôtel" de Marguerite Burnat-Provins, resté inaccessible au public après avoir été adressé par l'auteur aux éditeurs parisiens dans les périodes incertaines qui ont précédé la Seconde guerre mondiale. Il a refait surface chez la défunte poétesse Monique Laederach, qui l'a cédé à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne-Dorigny. Après ces détours, "Hôtel" est enfin accessible à tous, grâce aux travaux de la maison d'édition Plaisir de lire.

 

Et de quoi s'agit-il ici? La romancière met en scène une poignée de personnages vivant sous le toit d'un même hôtel marocain - et qui s'ennuient à mourir, alors que le chaland se fait désirer: le management n'est pas ce qu'il doit être, et du coup, le personnel est pléthorique. Le moindre événement prend dès lors des proportions énormes: aller acheter des provisions en ville, par exemple. On l'imagine aussi, les ragots vont bon train et avivent l'attention du lecteur, venant rythmer, en longs dialogues, un texte parfois étouffant, comme peut l'être un huis clos.

 

Les dialogues et les actes révèlent les âmes pas toujours lumineuses des personnages mis en scène. Il y a entre autres une opposition entre les Occidentaux, entre autres des Suisses expatriés, et un personnel indigène volontiers montré du doigt par les Occidentaux dans un esprit colonial. Bien dans l'air du temps sans doute? L'idée transparaît d'une vision d'un Blanc arrogant et aigri par l'expatriation, venu civiliser des populations considérées comme primitives, oisives et promptes à la rapine. Ainsi, les deux groupes de population sont-ils renvoyés dos à dos; entre les deux, l'auteur a l'élégance de ne pas juger - pas plus que lorsqu'elle suggère certains travers des relations entre les hommes et les femmes, celles-ci pouvant être vendues et rachetées dans certaines sociétés, comme des marchandises. Ou que, dans un autre type de société, on se marie davantage par intérêt ou pour assumer une responsabilité qu'à la suite d'un véritable sentiment. Quel est le modèle le plus humainement acceptable?

 

Et l'hôtel anonyme observe tout ce petit monde, désespérant de devenir un jour un lieu vivant - vivant de ces clients qui viendront un jour ouvrir ses volets. A chaque fois que c'est possible, l'auteur s'efforce, sans toujours y parvenir de manière parfaite, à donner à l'établissement un caractère humain, que ce soit en utilisant un lexique idoine ou en recourant à des phrases imagées. Même discrète, cette démarche suffit à faire de l'hôtel un personnage à part entière de ce roman. Dès lors, on peut être tenté de s'interroger, avec l'auteur qui paraphrase Lamartine: "Objet inanimé, avais-tu donc une âme?".

 

"Hôtel" s'inscrit dans une certaine littérature de l'ennui, dont les lecteurs découvriront, plus tard, un autre exemple devenu fameux: "Le Désert des Tartares" de Dino Buzzati. Certains ressentis créent une résonance certaine entre les deux auteurs. Et finalement, c'est, chez Dino Buzzati comme chez l'écrivaine française (mais aussi très suisse) Marguerite Burnat-Provins, la vie humaine qui est métaphoriquement dépeinte, une vie où l'ennui et le temps à tuer occupent plus d'espace que l'action proprement dite.

 

Marguerite Burnat-Provins, Hôtel, Lausanne, Plaisir de lire, 2012. Préface de Rafik ben Salah, postface de Catherine Dubuis.

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