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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 19:02

hebergeur imageRoman hindou, lu par Zarline.

 

"Gourou": court et concis, le titre du roman de Camille de Casabianca, publié par Leo Scheer en mars dernier, a le mérite d'annoncer la couleur sans ambages particulières. D'emblée, le lecteur devine un univers mystique dans le sous-continent indien, assorti de vaches sacrées et, peut-être, de clins d'oeil aux penseurs qui sévissent dans les entreprises. Eh bien... il y a effectivement un peu de tout ça dans ce livre, concentré sur 232 pages.

 

Le versant "entreprise" du roman est aussi son point de départ; il permet à l'auteur de camper un monde froid, celui du génie génétique, où évoluent des personnages apparemment très rationnels et cartésiens - à commencer par Paul, le patron, tout fier de sa chère Carlotta, que l'auteur présente en entretenant habilement un certain temps le doute sur sa véritable nature... Sa femme Michelle aussi semble bien à l'abri de toute velléité mystique; c'est pourtant elle qui va partir dans un ashram indien, à la recherche du sens de la vie, sous la férule d'un gourou - nous y voilà!

 

L'essentiel du roman va donc se dérouler en Inde. D'une manière un rien superficielle, l'auteur en donne une vision qui use des clichés habituels associés à ce grand pays: hôtel miteux, conduite téméraire des taxis, détachement des autochtones. Reste que cela suffit à créer une forme de "choc des civilisations" lorsque Paul y arrive, pour récupérer sa femme et lui faire signer quelques documents dont, pleine d'une ataraxie à double fond, elle se fiche. Dès lors, l'humour de situation fonctionne à fond, sur un mode qui a quelque chose de cinématographique.

 

L'auteur caricature par ailleurs le "gourou business", vu comme un milieu inoffensif d'allumés. En filigrane, le lecteur peut deviner une certaine critique, certes un peu schématique, d'autres religions à diktats contraignants et à fidèles moutonniers. On devine que tout cela se fonde sur pas grand-chose: quelques phrases qui sont autant de poncifs, un peu de broderie sur la base de quelques vérités de bon sens, des concours de circonstances, une hygiène alimentaire présentée comme saine mais rebutante en réalité, etc. Cela, sans oublier la mise en évidence d'une certaine hypocrisie: certes, l'hindouisme prône le respect du sacré; mais certains adeptes n'hésitent pas à écraser des araignées...

 

Mais si le "gourou business" est brocardé, le narrateur, Paul, qui se met en scène dans un faux journal qui oblige le lecteur à le suivre, n'est pas plus attachant. Rationaliste, il est également pusillanime, près de ses sous, limite goujat par moments, en pensées si ce n'est en paroles ou par action; parfois, il a des côtés "Louis de Funès" bien rendus. Sa conversion dans l'ashram, ainsi que la découverte de son talent, est lisible à plusieurs niveaux: au fond, s'il joue lui-même le jeu hypocrite du groupe, il reste désespérément lui-même - tout en donnant aux autres l'impression qu'il a évolué. Paul serait donc l'hypocrite suprême. Mais on peut aussi le concevoir comme un personnage devenu sensible au mysticisme (il a du reste des intuitions troublantes), mais capable de garder le sage recul nécessaire alors que tout autour de lui, s'anime toute une galerie de personnages en quête éperdue de la fameuse "lumière bleue".

 

Porté par une narration classique et linéaire, ce roman a quelque chose de cinématographique qui en fait sa personnalité; le lecteur aurait cependant aimé, parfois, trouver davantage les artifices propres au genre écrit du roman. L'humour et les péripéties permettent cependant au lecteur de rester accroché à ce petit roman. Celui-ci est léger, d'une lecture rapide et agréable. De quoi se faire plaisir l'espace de quelques heures, et de réfléchir un peu, sans trop se prendre la tête, en suivant une histoire originale et un peu... vache.

 

Camille de Casabianca, Gourou, Paris, Leo Scheer, 2011.

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commentaires

zarline 18/09/2011 11:35


Très bon billet Daniel! Tu as réussi à résumer toutes mes impressions sur ce livre: le côté léger et sympa assorti d'un côté plus "vache" et d'une réflexion plus profonde, le côté très
cinématographique et l'humour de situation. Au final, une lecture agréable pour moi mais je ne suis pas sûre qu'elle laissera forcément des marques sur le long terme. Et merci pour le lien!


Daniel Fattore 20/09/2011 22:14



Merci pour ton message et pour ton compliment!
Au final, j'ai un peu la même impression: c'est léger, ça pourrait même constituer un bon scénario pour une comédie romantique à l'américaine... on pourrait même jouer à recréer le casting du
film impossible!



Alex-Mot-à-Mots 06/09/2011 17:18


Une histoire vache qui se passe en Inde : sacrilège !


Daniel Fattore 06/09/2011 20:01



C'est un peu ça... en effet! Mais le sacrilège est joyeux, et pourrait faire l'objet d'une jolie comédie romantique à l'américaine, haute en couleur.



Liliba 04/09/2011 11:06


Pas très tentée...


Daniel Fattore 05/09/2011 20:50



Question de point de vue! Il y en a certainement de plus riches et de plus complexes sur ce sujet, mais celui-ci constitue un divertissement assez léger - du moins au premier abord.



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