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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 20:27

hebergeur imageLorsqu'il faut écrire un roman, l'exotisme est toujours un élément porteur. Il est certain que Charles Poitevin le savait lorsqu'il a écrit "Otary Club", son premier roman, publié dans le cadre de la présente rentrée littéraire par les éditions Rue Fromentin. Reste qu'au terme de la lecture de ce texte (autobiographique peut-être), le lecteur sera quelque peu partagé, pour ne pas dire décontenancé.

 

D'un côté, chacun s'accordera que l'auteur a eu de bonnes idées, suffisantes dans l'absolu pour créer un bon sujet: un personnage au caractère bien trempé envoyé aux antipodes à des fins prédendument humanitaires, la mise en scène d'un choc des cultures - pour ne pas parler de civilisations. Moyennant une analyse au scalpel, fine ou s'en donnant à tout le moins l'apparence, l'auteur aurait pu réussir un roman de premier ordre et s'imposer d'emblée comme "l'auteur qui dérange" de la rentrée littéraire 2011.

 

Or, il n'en sera rien. Pourquoi? Certains esprits chagrins diront que son éditeur n'a pas "le format". Mais à mon humnble avis, le problème est ailleurs...

 

L'exercice que l'auteur se propose de réaliser n'a, il faut le dire, rien d'évident. Il invite en effet le lecteur à suivre, sur plus de 200 pages, le personnage de Charles. Or, Charles est éminemment antipathique: il s'agit d'un post-adolescent immature qui ne pense qu'à boire, à faire l'amour avec de jolies filles et à fumer de joints; son orientation sexuelle elle-même n'est pas franchement claire, malgré certaines affirmations péremptoires. Présenté ainsi, Charles est parfaitement odieux. L'auteur se préserve cependant quelques portes de sortie de ce côté, en laissant entendre que Charles a bon fond (ce que son entourage donne à voir) et qu'il a parfois quelques éclairs de lucidité. Mais le lecteur ne se laisse pas leurrer: Charles n'est pas intéressé par le lieu où il va vivre pendant plusieurs mois; il ignore même où se trouvent les îles Fidji et qui y habite.

 

Ainsi donc le lecteur est-il confronté à un gamin détestable. Va-t-il évoluer dans le cadre qui lui est imposé? Alors que le héros de "Gourou" de Camille de Casablanca sort grandi de l'épreuve, Charles ne progresse guère face à l'inconnu, et fait figure de personnage buté dans ses clichés. Clichés? Tel est peut-être le fond de ce récit, et sa principale faiblesse.

 

C'est que l'auteur passe du temps à mettre en scène un lieu et des personnages finalement assez convenus. Il est difficile de voire en Charles l'archétype d'un certain genre de touriste, qui se sent bien partout à condition que ce soit comme chez lui. Cliché du Français en goguette? Je ne trancherai pas, l'expérience m'ayant enseigné que la réalité dépassé les clichés. C'est donc avec un certain agacement que j'ai aussi découvert le regard porté sur les Allemands, présentés comme des gens physiquement gros (ah, la bière!), travailleurs, décontractés dès qu'il s'agit de draguer (n'est-ce pas Betty?) et végétaliens - comme s'ils ne savaient pas que les pousses de soja étaient mortelles, en particulier en Allemagne. La clé même du récit (eh oui, Adolf Hitler est une ordure, c'est de notoriété publique et universelle, et celui qui dit que le Führer est un grand homme est forcément une autre ordure) me paraît un peu facile. Cela, sans parler de la critique des milieux de bienfaisance: dans "Déroutes", Laure Lugon Zugravu fait nettement mieux mouche.

 

C'est ainsi, dès lors, que j'ai perçu ce roman: comme une tentative de faire se confronter des clichés. Malheureusement, une telle démarche n'a pas permis de créer une richesse nouvelle dans le cadre d"Otary Club". Charles, le narrateur, ne va pas au-delà des présupposés et préjugés; et, incapable de chercher à comprendre l'autre, il ne trouve guère de quoi s'enrichir autour de lui, même auprès des indigènes. Autant dire qu'il est peu évident, pour le lecteur, de trouver sa place dans cet univers.

 

Reste cependant quelques idées narratives qui méritent d'être relevées - et, pour l'auteur, d'être approfondies dans un prochain opus. Le lecteur se trouve en effet confronté à un procédé extrêmement visible: les dialogues de ce roman sont rédigés en majuscules. Cela donne l'impression que tout le monde gueule dans ce récit, s'il le faut dans un anglais pourri. Cette impression bruyante renvoie à procédé dont l'auteur use et abuse, consistant à répéter certains mots et adjectifs parlants, en particulier en matière de couleurs. Cela offre une impression de saturation du propos, rappelant l'illustration de jaquette de l'auteur, particulièrement pétante.

 

Autant dire que je suis sorti un rien mitigé de ce roman, plein de bonnes intentions, mais finalement assez bruyant - et qui manque sa cible parce que son personnage principal n'est pas parvenu à me guider à travers ses idéaux et ses aventures.

 

Charles Poitevin, Otary Club, Paris, Rue Fromentin, 2011.

 

Merci aux éditions Rue Fromentin pour l'envoi!

 

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commentaires

Quincangrogne 17/09/2011 12:40


Merci pour votre aimable réponse.
Mais pour en finir avec tout ça,j'ai décidé de ne plus figurer parmi les commentateurs de la blogosphère après ce court passage que je me suis bien juré de ne jamais rééditer.
Salutations


Daniel Fattore 20/09/2011 22:11



Ce fut un plaisir! :-)
Je vous souhaite donc une bonne continuation. Salutations à vous!



Quincangrogne 15/09/2011 14:17


M. Fattore
J'ai répondu sur sa critique et sur mon identité à la jeune graphiste Tessa Garnier (Le Fauteuil")
En appeler justement à un pacte de non-agression sur la blogosphère exige à en appeler non moins justement à une non-agression par la critique littéraire.
En substance il faudrait s'interdire d'amalgamer "critiquer" et "dénigrer" (une oeuvre littéraire), auquel cas il serait aussi plus facile de distinguer dénigrer d’insulter — quoique le dénigrement
soit plus proche de l'insulte (ou de l'offense) que de la critique.
Bref respecter rigoureusement la définition de la critique : faire l'examen d'un ouvrage pour en faire ressortir les qualités et les défauts — ce qui je le sais est difficile mais va au delà d'un
simple "ressenti".
J'ai observé que vous allez, M. Fattore, disséminant vos avis en beaucoup de lieux de la blogosphère, que vous avez même des adeptes du genre : Daniel pense donc je passe. Votre responsabilité
s'accroît alors au fur et à mesure que vous semez. Est-il anormal dès lors qu’un lecteur ordinaire exige plus de vous ?
Par ailleurs, vous êtes vous-mêmes écrivain et ne souhaiteriez pas que l'on dise de vous que vous êtes "inculte" surtout si ce n'est pas le cas. Vous ne souhaiteriez pas non plus que l'on dise de
vous que vous exploitez un filon, celui de l’exotisme en l’occurrence, donc que dès la première ligne on laisse supposer que vous êtes quelque part un manipulateur (l’auteur s’est propulsé aux
antipodes de la France à l’âge de dix-huit ans, pourquoi choisirait-il une intrigue en Suisse… normande). C’est comme si je disais à propos de votre contribution littéraire récente : « Lorsqu'il
faut écrire un roman, le "sulfureux" et "l’effeuillage" sont toujours un élément porteur, DF le savait bien… » Eh bien non !
Mon sentiment est que vous avez perçu que ce livre était talentueux, ce qui ressort du début de votre présentation... mais vous êtes passé à côté car vous aimez autre chose et que ce personnage
tout en paradoxes : tendre, iconoclaste, violent (plus en paroles qu’en actes), tourmenté par une faille affective et l’appel à la solitude, au regard désenchanté sur le monde ; vous est, à vous,
"antipathique". Mais, vous, qui pourrait vous en vouloir d'être ce que vous êtes ?
Salutations.


Daniel Fattore 15/09/2011 22:56



Monsieur,
Pour l'identité, vu. Merci pour le tuyau!
Question non-agression, il y a plusieurs choses... il y a d'une part le fait que je suis maître sur ce blog, et ai un peu de peine à admettre que quelqu'un que je n'ai jamais vu par ici vienne
faire des critiques à des commentateurs/trices de longue date. Toléreriez-vous qu'un inconnu vienne faire les quatre cents coups dans votre demeure?
Quant à la non-agression du critique, je suis plutôt d'accord avec vous - et là aussi, j'ai essayé de faire un billet nuancé, sur un ouvrage qui ne m'a pas conquis. Telle est mon habitude: il est
rare que tout soit à jeter, comme il est rare que tout soit absolument parfait dans un livre. J'espère que vous avez compris que j'ai pu identifier les points forts d'"Otary Club", autant
que ses faiblesses. Notez aussi que dans la presse traditionnelle, les journalistes professionnels, rétribués, souvent au bénéfice d'une formation idoine, ne se gênent pas toujours d'incendier
des ouvrages, parfois avec des arguments discutables. Angelo Rinaldi s'était taillé une certaine réputation dans le domaine; un Yann Moix (du Figaro) sait aussi incendier, parfois sans
raison. Ce qui n'empêche pas, justement, d'exprimer aussi un ressenti - le lecteur apprécie de retrouver tout cela dans une critique, qu'elle soit bloguesque ou journalistique.
"Inculte"? Il convient de savoir de qui l'on parle. De mon côté, comme vous l'avez vu, j'ai clairement dissocié l'auteur (Charles Poitevin, désigné comme "l'auteur") et le personnage du roman
(Charles): il s'agit d'un roman, et je n'ai donc aucune raison de considérer que Charles l'auteur est Charles le narrateur. L'auteur lui a donné quelques traits généralement considérés
comme peu aimables - c'est son choix, et de grands romans tournent autour de personnages principaux antipathiques (je pense à "Au Bon Beurre" de Jean Dutourd, ou aux "Bienveillantes" de Jonathan
Littell). Mais ce n'est pas un exercice facile...
Après, il est aussi possible de considérer que Charles Poitevin (l'auteur) relate effectivement une tranche de sa vraie vie, passée aux Fidji. Dès lors, soit on considère que l'approche est
courageuse (le narrateur ne s'embellit pas...), soit on referme le livre en refusant de suivre un tel bonhomme. Pari risqué, pari polarisant! Forcément, cela suscitera des réactions extrêmes.
Rencontre manquée? Pas sûr. Mais dans l'affirmative, il faut être deux pour manquer une rencontre... ou pour le réussir. Le lecteur n'est donc pas seul responsable de l'échec d'un livre à ses
yeux. Il n'est pas exclu que mon recueil de nouvelles, qui a déjà trouvé quelques acheteurs et lecteurs, ait déplu à l'un ou l'autre d'entre eux - de manière globale ou sur une nouvelle
précise.
Enfin, mon texte sur le "strip-tease" s'efforce justement d'éviter l'écueil du sulfureux de l'effeuillage, avec son cortège de boîtes de nuit glauques, de michetons baveux et de prostituées
désabusées. Peut-être l'avez-vous déjà lu?
Salutations à vous.



Alex-Mot-à-Mots 13/09/2011 13:25


Tu l'a trouvé antipathique, mais peut-être ne l'est-il pas pour tout le monde ?


Daniel Fattore 13/09/2011 21:53



... à toi de voir! Mais même si l'auteur se réserve des portes de sortie en la matière (d'accord, Charles a un très bon feeling avec les enfants), force est de constater, à mon avis, que je
n'aurais pas très envie d'avoir ce personnage comme meilleur ami.



Schlabaya 12/09/2011 09:08


Et c'est moi qui suis insultante ? Je ne poursuivrai pas plus avant, sachez tout de même qu'il y a une différence entre dénigrer un roman et insulter une personne, et qu'en réagissant ainsi, vous
nuisez à ce livre et à son auteur. Vos propos ont eu un certain écho sur la Toile, mais de façon négative. A chaque rentrée littéraire, des blogueurs sont enquiquinés par des auteurs en mal de
notoriété ou par leur fan-club, souvent très réduit, mais hargneux. Que croyez-vous qu'il en résulte dans la blogosphère ? De l'agacement, du mépris, et le désir d'ignorer le livre et son auteur...


quincangrogne 11/09/2011 10:03


Le destin des rats est de mordre dans la chair des fauves... et de se retrouver ensemble dans leur site naturel : une poubelle qu'ils simulent saine et rose.


Daniel Fattore 12/09/2011 20:15



D'accord, mais à votre tour, ne mordez pas les internautes de passage ici... merci.



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