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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 21:07

"La Gare centrale", premier roman de Thomas Compère-Morel, a de quoi étonner. L'histoire est simple, pourtant: sur le quai d'une gare qui pourrait être française (mais ce n'est jamais explicité, et les patronymes des personnages achèvent de brouiller les pistes), une foule attend un train qui ne vient pas. Et au moment où il arrive enfin, après quelques péripéties et fausses alertes (les trains qui passent sans s'arrêter), il n'y a plus personne...

Le point de départ rappelle furieusement le film cubain "Lista de Espera", à la différence près que les gens, ici, attendent un bus. Quant à l'attente d'un moyen de transport comme prétexte à la découverte d'autre chose, tel est le propos de l'onirique "
La Salle d'attente" de Marie-Jeanne Urech, dont il a été question sur ce blog il y a quelque temps. Cela, sans oublier le classique "En attendant Godot" de Samuel Beckett, un auteur dûment cité au début de ce bref récit.

Qu'attendent les voyageurs, en effet? Et que n'attendent-ils plus? L'auteur adopte un ton volontiers décalé et surréaliste qui fait penser à certains textes publiés par les éditions Buchet & Chastel. Le lecteur pragmatique répondra: "Ben ils attendent un train, quoi!". Or, le texte n'aurait guère d'intérêt s'il ne s'agissait que de cela: sur une centaine de pages, l'auteur développe peu de péripéties permettant, si l'on ose ainsi dire, de meubler l'attente.

Alors, de quoi le train tant attendu peut-il être la métaphore? Il est permis de concevoir qu'il s'agit de l'image d'une vie dont on attend beaucoup et qui déçoit sans cesse - sauf quand on n'est plus là pour en recevoir les dons les plus agréables ou les plus précieux. Chacun, en effet, attend beaucoup de la vie... et est tenté d'adresser à Dieu toutes les réclamations au sujet de celle-ci, comme s'il s'agissait d'une denrée périmée achetée par erreur. Le sens de la vie se trouverait donc dans l'administration...

Et là, l'auteur a incarné ce "Dieu", grand dramaturge de l'univers, sous la forme de l'administration ferroviaire. Une administration dont on attend tout, comme si elle était toute-puissante... ce qu'elle est, certes - mais chacun de ses rouages, pris isolément, ne peut rien. Résultat: les voyageurs, passagers de la vie, sont en permanence renvoyés à eux-mêmes. Tout au plus peut-on voir dans "l'homme à la casquette", personnage qui fait la liaison, l'image d'un Moïse allant chercher les Tables de la Loi. Ou celle de quelque politicard annonçant que "ça va changer"?

Reste que ce "Dieu" est également nourricier, mais qu'il faut râler pour que la tambouille soit correcte. D'autres penseront, en observant les scènes de service des repas, aux brouets servis aux prisonniers des camps de concentration - sur lesquels les gardiens avaient un pouvoir de vie et de mort. Comme Dieu, d'ailleurs, sur les humains...

Etrange philosophie que celle qui sous-tend ce roman? Je dois avouer qu'à la fin de cette brève lecture, j'ai été perplexe: l'auteur amène-t-il ses voyageurs en train à Auschwitz (comme les nazis - et des scènes de bagarres sur les quais, ébauchées, semblent aussi le suggérer) ou au Paradis (comme dans un film avec Tom Hanks)? La question est ouverte. Avez-vous eu ce roman en main? Merci de partager ici vos avis - voire vos liens, si vous en avez parlé sur votre blog: je n'ai pas trouvé d'autre lecteur de ce petit livre.

Thomas Compère-Morel, La Gare centrale, Paris, Seuil, 2005.

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