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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 18:46

hebergeur imageBahrâm Sâdeghi (1936-1984) est un écrivain iranien, essentiellement nouvelliste, qui n'a laissé qu'un seul roman à la postérité, "Le pays du Non-Où". Les éditions de L'Aube ont eu la bonne idée d'en publier une traduction fort belle et soignée (bravo à Julie Duvigneau) en 2007.

 

L'auteur plonge ses lecteurs dans un conte étrange où se côtoient une demi-douzaine de personnages environ, dans le cadre restreint de la demeure d'un médecin. Conte, dans la mesure où se mélangent habilement, dans le 183 pages du texte, la réalité rationnellement perceptible et la mythologie religieuse. L'incipit plonge d'emblée le lecteur dans l'ambiance: "Ce mercredi, à onze heures du soir, un djinn a pénétré en monsieur Toutamour." Un djinn, un esprit dans l'imagerie musulmane, capable d'entrer dans le corps d'une personne qui n'est pas en règle avec certains préceptes religieux... et qu'on va faire soigner par un médecin.

 

Médecin, personnalité rationnelle représentante d'une certaine science, pensez-vous? Que nenni. Dans "Le pays du Non-Où", le docteur Hâtem est présenté comme en mesure de sauver la personne possédée. A la croisée des chemins entre le fantastique et le rationnel, le médecin est présenté comme un poète et un philosophe également. Disciple d'Hippocrate, Hâtem joue un double jeu sur un autre plan également: il remet à tout un chacun des médicaments censés améliorer l'existence de chacun (sexualité, entre autres) mais sont en réalité des poisons mortels. En réalité? Jusqu'au bout du roman, le doute persistera, tant il est vrai que l'auteur ne montre personne en train de mourir d'avoir consommé de cette drogue. Mort et doute: voilà deux thèmes récurrents d'une certaine littérature fantastique.

 

L'action de ce roman se déroule la nuit, moment où beaucoup de choses sont possibles - et pas seulement l'extraction d'un djinn. La nuit est également le moment de l'amour, et celui-ci s'exprime avec beaucoup d'esprit romanesque dans le chapitre "Dernière entrevue, avant le matin". A la guerre amoureuse fait ici place l'aveu de sentiments profonds, mis au jour par le dialogue - qui est, d'une manière générale, un outil que l'auteur affectionne, non sans négliger l'introspection, rendue possible par la relation du journal intime de M. L., présenté comme un lettré désireux de se faire couper les parties du corps, ce qui pose un problème déontologique au docteur Hâtem...

 

Jouant entre la vie et la mort, entre le rationnel et le merveilleux, voyageant dans le pays ésotérique du "Non-Où" (Malakout), ce roman s'avère riche et, ce qui ne gâche rien, d'une lecture agréable grâce aux changements de tonalité et de rythme autorisés par les formes successives utilisées (journal, dialogues, monologue lyrique). Une fort belle surprise, venue de loin, qui interpelle le lecteur en lui demandant à quoi tient son existence, après tout.

 

Bahrâm Sâdeghi, Le pays du Non-Où, La Tour d'Aigues, L'Aube, 2007.

Photo - portrait de l'auteur: http://www.sokhan.com 

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 30/12/2010 10:55


Le titre de ton billet m'a interpellé, du coup, je note cette découverte.


Daniel Fattore 31/12/2010 17:49



C'est un très beau conte; je t'en souhaite une agréable lecture!
Et bonne année!



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