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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 20:30

couvertureDernier tour de piste de ma part pour le challenge "Chick Lit For Men 2009", en espérant une prolongation pour l'an prochain: je vous fais part ici de ma lecture du roman "Toutes les rousses ne sont pas des sorcières", premier volume d'une trilogie aux parfums de chick lit à la française, signé Valérie Bonnier et publié aux Editions du Rocher.  

Chick lit ou pas chick lit? Le lecteur est en droit de se poser la question. Un certain nombre d'éléments plaident pour une lecture "chick lit" de ce roman. D'abord, le personnage principal, Clarisse, est une jeune femme qui, à l'approche de la trentaine, est toujours à la recherche de sa place dans la société: stabilité psychologique, prince charmant, situation professionnelle. En l'occurrence, elle trouvera ces deux derniers éléments chez Palerande, l'entreprise qui accepte de l'embaucher. Quel domaine? La fabrication de vêtements - et elle sera styliste! Trop beau, trop glamour me direz-vous...

... et c'est là que l'auteur prend quelques libertés avec les canons du genre, imposés entre autres par les strass et paillettes du "Sex And The City" de Candace Bushnell. Côté prince charmant, d'abord... il s'agit en fait d'un vert galant quasi sexagénaire. Certes, il est aussi beau que Dominique de Villepin (c'est en tout cas comme ça que j'ai imaginé Edouard Palerande), mais on est loin du jeune premier qu'on rencontre dans d'autres récits. Du coup, "Toutes les rousses ne sont pas des sorcières" prend des allures de mythe de Pygmalion à la sauce moderne (le personnage mythologique est du reste cité), le patron mettant la jeunette sur rampe de lancement dans un élan de passion du reste régulièrement narré, de façon assez explicite, ce qui donne du piquant à l'histoire.

Mais styliste, c'est un métier glamour, me direz-vous... Parfaitement d'accord, mais Clarisse la rousse (elle n'a pas de nom de famille, mais c'est comme cela qu'elle est désignée sur Facebook - essayez!) tombe, avec Palerande, sur une fabrique d'habits tout ce qu'il y a de plus plan-plan, spécialisée dans la production de sweat-shirts pour hommes sans audace. Rien de bien reluisant, donc; mais l'auteur compense cette absence d'éclat par quelques belles pages de description du petit milieu de l'usine, juste assez pour faire sentir qu'il y a de petites mains derrière les grands vêtements, mais pas trop pour ne pas verser dans les pesanteurs que peut receler une étude de moeurs: bisbilles entre les couturières et leur responsable (chouette péripétie, à ce propos, lorsque le petit personnel se révolte, seins nus, contre celle-ci); alcoolisme prononcé de Philomène (qui forme avec la bouteille un couple qui se suffit à lui-même, comme Clarisse rêve de créer son propre couple se suffisant à lui-même, si possible avec Palerande, à moins que ce ne soit le fidèle et peu fantaisiste Hervé); homme de couleur "de service" occupé comme manutentionnaire; traître à la cause en la personne de Vincent, comptable impénétrable et sceptique face aux créations de Clarisse - qui, il faut le dire, secouent un cocotier devenu trop sage. Côté social également avec les perpétuelles consultations de Clarisse chez sa psy, qui permettent à l'auteur quelques variations, brèves, sommaires mais bien présentes, sur la relation complexe qui peut se nouer entre un médecin et un patient.

Le défilé de mode est également présent, enfin; mais il échappe à tout glamour lui aussi: en fait de catwalk, le lecteur est plongé dans un hangar désaffecté où les premières créations de Clarisse sont présentées de manière presque artisanale, entre amis venus jouer les soutiens moraux. Le succès lui-même n'est pas immédiat - rien à voir avec ce que l'on peut découvrir dans les coulisses de "Runway", décrites dans "
Le Diable s'habille en Prada".

Le récit, enfin, est rédigé à la troisième personne. Prise de distance, donc - ce qui enlève au récit une part de passion, d'emportement, de délires à la façon d'une Bridget Jones. Peu importe, cependant: la fable parisienne (mais finalement universelle) de Clarisse est bien ficelée, par une auteur qui semble connaître son sujet - ce que l'on constate à quelques détails liés au monde de la production de vêtements. Elle est menée de manière simple et linéaire, non dépourvue de clins d'oeil souriants à travers un quotidien parfois présenté comme plutôt morne, et permet malgré tout certains regards sur la richesse - une richesse qui a un prix.

Challenge Chick Litt For MenQui donc, de Clarisse ou d'Edouard, va donc croquer l'autre? Leur relation amoureuse, passionnée, fougueuse, tient-elle de la symbiose bien comprise ou du parasitisme toléré par l'une des parties? A vous d'en juger et, dans la foulée, de répondre à la question de départ: chick lit ou pas chick lit?

Valérie Bonnier, Toutes les rousses ne sont pas des sorcières, Monaco, Editions du Rocher, 2007. 

Le site du livre:
http://www.toutes-les-rousses.fr.
On en parle chez YayaLiria.
Dernier round de mon challenge Chick Litt For Men, organisé par Calepin!    

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commentaires

luciolelarouge 21/01/2010 15:35


je viens de lire le commentaire de l'auteure: une belle surprise!
Elle répond donc à ta question.
...


Daniel Fattore 21/01/2010 21:40



Telle est son approche, en effet! C'est effectivement un retour sympathique.



luciolelarouge 21/01/2010 15:33


Bonjour, et bonne année (un peu en retard pour ma part, désertion blogueste oblige!^^)!
Je vais lire au plus vite ce titre qui ne se trouve pas encore sur nos rayons, et je répondrai, si tu le souhaites, à cette question qui nous tenaille tous: chick lit or not chick lit?!
bises, à bientôt!


Daniel Fattore 21/01/2010 21:39


Bonjour et bonne année à toi!
Le livre vaut la peine d'être lu! C'est du bon; et si tu aimes, il y en a trois comme ça, les deux autres mettant en scène respectivement une blonde et une brune. De quoi nourrir ta
bibliothèque!
Bises à toi, et à bientôt.


Valérie Bonnier 03/01/2010 12:30


Merci pour votre commentaire élogieux au sujet de mon roman "Toutes les rousses ne sont pas des sorcières". Roman féminin par excellence, je suis ravie que certains hommes, comme vous apparemment,
sensibles et épanouis dans leur masculinité se passionnent pour les femmes insolentes, sensuelles, et fragiles à la fois à l'image des héroïnes de mes livres. Les couvertures, en effet, peuvent
prêter à confusion. Dès qu'un roman mêle l'humour à l'émotion, et le rire au drame, l'édition française (comme le cinéma) classe les oeuvres dans un genre "léger". Peu importe après tout, puisque
les lectrices et les lecteurs y trouvent un plaisir de lecture.
Je vous souhaite ainsi qu'à tous les amis de votre blog une belle année 2010, digne, libre, joyeux et amoureuse. Valérie Bonnier.


Daniel Fattore 03/01/2010 16:56


Je vous en prie! Ce fut un plaisir de lire votre premier roman. A moi, à présent, de découvrir les deux suivants!
Merci, aussi, de votre visite et de votre message!


calepin 01/01/2010 19:14


Chick lit ou pas chick lit ce roman : la couverture semble en tout cas répondre aux canons du genre... Merci pour la référence au challenge... qui s'est terminé en même temps que l'année 2009.
Toutes les bonnes choses ont une fin ! Mais considérant à quel point tu es devenu accro, j'imagine qu'avec ou sans challenge, nous aurons droit à un peu de chick lit en ces lieux en 2010... :)
Meilleurs voeux !


Daniel Fattore 01/01/2010 19:40


Effectivement, il va y en avoir! Meilleurs voeux à toi... et bonne continuation à ton blog!


alix 30/12/2009 20:13


J'ai toujours rêvé d'être rousse ! Et j'aime les hommes mûrs... Ce livre est pour moi ! Tu le fais voyager ?


Daniel Fattore 31/12/2009 17:05


Je peux te le prêter, en effet! Ce sera avec plaisir.


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