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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 19:29

PhotobucketRentrée littéraire - lu par Amanda, Antigone, Choco, Cinquième, Cynthia, George Sand, In Cold BlogTamaculture.

Lu dans le cadre des défis "Bienvenue en Inde" et "1% de la rentrée littéraire".  

Merci à Babelio et aux Editions des Deux Terres pour ce partenariat!

 

Entre gravité et esprit, entre liberté de moeurs et implacabilité d'une justice corrompue, "Les derniers flamants de Bombay", deuxième roman de Siddharth Dhanvant Shanghvi traduit en français (par les soins de Bernard Turle), a des côtés déconcertants. Difficile à lire en raison de son rythme particulier et de son caractère (trop) copieux, il peut offrir, à qui sait être réceptif, des moments de pur sourire et d'étonnement. Essayons d'y voir plus clair...

 

Centré sur le relationnel

Quatre personnages constituent le coeur de ce vaste roman. Le premier rôle est tenu par Karan, photographe venu de sa lointaine province pour tenter sa chance à Bombay/Mumbai. Dans ses proches, on trouve Samar le pianiste, Rhea la potière et Zaira l'actrice. Toute la première partie est consacrée à planter le décor, à décrire les relations qui s'installent peu à peu entre eux, entre attractions et répulsions - et surtout à dépeindre trois artistes qui ont abandonné leur art en cours de route, pour des raisons généralement amoureuses.

 

Il y a là, certes, quelques pages qui prêtent à sourire - en particulier, les dialogues claquent comme des répliques de cinéma bien assénées quoique parfois d'une ironie outrée; mais globalement, on finit par trouver longuette cette mise en place des décors, trop axée sur les relations, donnant trop peu à voir de l'Inde dans ce qu'elle peut avoir de coloré, de beau même. On me répliquera que l'auteur n'a pas voulu écrire un guide touristique, et j'en conviens (d'ailleurs, Karan refuse le côté touristique que peut avoir son art, préférant la vérité à la beauté); dommage, cependant, que l'aspect visuel soit si peu exploité alors que tout tourne autour d'un apprenti photographe.

 

Les arcanes du monde politique

L'auteur dévoile en revanche pas mal d'éléments intéressants du microcosme politique indien: on découvre par exemple les raisons qui ont poussé Bombay à changer de nom (la faute aux conservateurs avides d'identité authentique; l'option retenue par l'auteur d'utiliser le nom de Bombay tout au long du roman prend ainsi une couleur politique engagée).

 

Mais c'est surtout la corruption omniprésente que l'auteur dévoile en mettant en scène un ministre, Prasad, affublé d'un fils turbulent. L'histoire prend des allures de thriller judiciaire dès la deuxième partie, avec de belles descriptions des méthodes de corruption. Là aussi, l'auteur sait se faire lent lorsqu'il détaille les débats des tribunaux. C'est que là-bas, les procès durent des années, suggère l'auteur.

 

Un goût d'éducation sentimentale 

La troisième partie, quant à elle, met en scène le délitement des relations et leur évolution vers un équilibre nouveau. Karan lui-même renonce à sa carrière de photographe pour exercer des métiers plus nourrissants. Il voyage. Et c'est ainsi que l'on découvre encore une autre facette de ce roman: celui d'une forme d'éducation sentimentale dessinée autour de l'exemple de Karan, "chaste fol" ("reiner Tor" à la Parsifal) lâché dans un milieu particulièrement libre qui lui permettra d'avoir un aperçu de ce qu'aimer peut vouloir dire: amitié, homosexualité, vie maritale, adultère, pureté des sentiments mais aussi séparations et mort d'êtres devenus proches au fil des hasards de l'existence. Les clins d'oeil à la "chose" sont nombreux - on pense à l'énigmatique "fornicateur de Bombay"...

 

Au final, c'est donc un roman très riche que "Les derniers flamants de Bombay". Peut-être trop même, à force de vouloir goûter à la fois à la peinture de moeurs, à la dénonciation sociale et à l'éducation sentimentale. On en sort un peu comme après avoir abusé du buffet tandoori longuement mastiqué d'un restaurant indien: certes, les plats furent bons et divers... mais juste trop copieux.

 

Merci à Babelio et aux Editions des Deux Terres pour ce partenariat!

 

Siddharth Dhanvant Shanghvi, Les derniers flamants de Bombay, Paris, Les Deux Terres, 2010. Traduction de l'anglais par Bernard Turle. 

  

 

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 30/08/2010 19:19


Je ne suis pas fan de la littérature indienne. Par peur de l'indigestion, je passe.


Daniel Fattore 30/08/2010 21:13



Effectivement, pour une (re)découverte de la littérature indienne, ce n'est pas le titre idéal. "Indigestion", c'est le mot qu'In Cold Blog a utilisé pour intituler son billet sur le même
roman...



liliba 30/08/2010 08:20


Je me suis pas mal baladée sur les blogs dernièrement, et tu n'es pas le seul à avoir eu du mal, les avis sont en général bien négatifs !


Daniel Fattore 30/08/2010 21:08



Je n'ai guère trouvé d'avis franchement enthousiastes... Pour ce coup-ci, dommage!



Armande 29/08/2010 22:13


Mon billet est nettement plus négatif que le tien mais il est vrai que l'aspect politique du roman ne manque pas d'intérêt.


Daniel Fattore 29/08/2010 22:23



Je m'en vais le lire sans délai!
Bonne semaine à toi...



liliba 28/08/2010 15:37


Décidément, ce livre est sur tous les blogs ! Mais je passe...


Daniel Fattore 29/08/2010 21:46



Une vingtaine d'exemplaires ont été lâchés dans la blogosphère, au moins... mais là, j'ai eu du mal.



sebastien L 28/08/2010 12:56


Eh bien dis donc, j'entends parler de ce livre partout... et plutôt en mal, la palme du billet le plus négatif (mais le plus génial aussi) allant à In Cold Blog. Tu n'as pas l'air d'avoir apprécié
grandement non plus (pour la rentrée, je préfère la légèreté) donc je vais aussi passer mon tour...
peux-tu m'envoyer ton email à sebastien.levrier[at]gmail.com, l'interview spécial hommes est prête !
a plus atrd


Daniel Fattore 29/08/2010 21:47



En effet, l'accueil m'a paru plutôt frais...
Je t'envoie mon adresse électronique sans délai!
A bientôt...



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