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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 14:59

hebergeur imageRoman jeunesse, lu par A propos, Ilnyak1pas, Livres & CinPulco.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Blog-O-Book et Le Livre de Poche - merci à eux, ainsi et surtout à Emilie!

 

Roman jeunesse ou thriller psychologique? "Paranoid Park", ouvrage de Blake Nelson, publié en français dans sa traduction de Daniel Bismuth, se trouve à la croisée des chemins. Et si le monde dépeint est clairement celui de l'adolescence, les questions qu'il pose sont susceptibles d'interpeller tout lecteur, quel que soit son âge.

 

Roman initiatique avant tout

Rappelons l'intrigue de ce petit roman: lors d'une sortie le soir, un adolescent skateur (16-17 ans)se retrouve impliqué dans le décès d'un vigile - meurtre accidentel. Pas de témoin? Certes. Mais la culpabilité le ronge, de même que le mensonge. A ce titre, on se retrouve face au récit d'une innocence perdue, face au basculement brutal d'une personne de l'enfance à l'âge adulte.

 

"Personne n'est jamais prêt pour Paranoid Park", lit-on en cours de récit. Paranoid Park est, pour l'histoire, un endroit louche où une certaine jeunesse interlope va faire du skate. Dès les premières pages du roman, le lecteur comprend qu'il s'agit aussi, dans l'absolu, d'un lieu initiatique qui exerce l'attrait fascinant d'un projecteur sur un papillon de nuit. Le personnage principal, à savoir le narrateur, a-t-il un niveau de skate suffisant? Sera-t-il à la hauteur? L'épreuve du vigile sera, on le comprend, autrement plus lourde à porter que celle du parc. L'auteur place du reste des pistes pour donner à l'endroit une aura de mystère fascinant, en laissant entendre (légende urbaine?) qu'un skinhead s'y est fait poignarder.

 

Ainsi se développe un parallélisme entre l'épreuve initiatique du premier surf à Paranoid Park et l'épreuve de la mort du vigile, symbole de la perte d'une innocence tout enfantine. Cette perte d'innocence trouve encore un écho dans les relations que le narrateur entretient avec les filles de son âge: signe de la difficulté de s'engager dans une voie pourtant inéluctable, il fait l'amour avec Jennifer (une première pour elle) avant de la quitter sous des prétextes fumeux.

 

Une image ambivalente de la femme

On peut se demander, au fil de la lecture, quelle image l'auteur entend renvoye de la femme - cela, au travers des personnages qu'il met en scène. Qu'elle soit celle d'une putain ou d'un ange gardien, elle est éminemment ambivalente. Certains garçons vantent en effet le fait que les filles de la fac ne pensent qu'à coucher; drôle de point de vue. Mais celui-ci ne renvoie-t-il pas, indirectement, à l'image d'immaturité de certains personnages masculins? Le jeu de contrastes, du coup, est réussi.

 

Et il se poursuit jusqu'au bout, au moment où Macy explique au narrateur comment se sortir de cette histoire de meurtre accidentel qui l'obsède. Il y a une certaine distance entre le narrateur et Macy, dans la mesure où, le narrateur ayant refusé ses avances quelques années auparavant, elle devient en quelque sorte un personnage extérieur, arbitral, suffisamment éloigné de l'action pour intervenir de manière pondérée.

 

La solitude du responsable face au crime

Et Dieu sait que le narrateur, seul à connaître une vérité qui le dépasse, a besoin d'un tel personnage dans son entourage - c'est à la fin seulement qu'il se dévoilera comme tel. Le secret qu'il porte est lourd à porter, et l'auteur joue avec pertinence la carte de l'introspection et de la psychologie pour le démontrer. Le narrateur ne peut cependant pas en parler à qui que ce soit, de peur de se retrouver en situation de devoir répondre de ses actes face à la police.

 

Celle-ci est-elle digne de confiance, d'ailleurs? Le narrateur y croit un instant, tant l'agent Brady sait y faire. Mais le narrateur découvre, grâce à ce policier, que le monde des adultes est aussi celui de la manipulation et du mensonge - qui font écho aux imperfections qui se font jour dans le cadre du divorce des parents du narrateur. En se mariant, ses parents ont-ils fait une erreur? Difficile, pour un enfant, de l'admettre. Et autour de lui, tout le monde considère que le comportement bizarre du narrateur est dû à cet ultime élément. Un malentendu qui l'arrange presque...  

 

Seule solution donc: se tourner vers quelqu'un de son âge...

 

Le récit est porté par un style au parfum jeune, qui recrée indéniablement, par un travail sur la langue, l'oralité voulue par le contexte et réussit à présenter le monde du skate comme une culture, de manière crédible. Certains mots pourront paraître datés au lecteur d'aujourd'hui ou de demain: parle-t-on encore de "teuf", ou de "brûler un dur"? A cela près, le lecteur est ici invité à découvrir un roman à la psychologie fouillée, plus habile qu'il n'y paraît. Ainsi l'esprit vient-il aux garçons...

 

Blake Nelson, Paranoid Park, Paris, Le Livre de Poche, 2009.

 

 

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 18/02/2011 09:31


Et là je me dis : tu n'as toujours pas vu le film....


Daniel Fattore 19/02/2011 18:27



Eh non, pas vu le film... Que la honte soit sur moi! ;-)



Melusine 16/02/2011 14:19


Non, ce n'est pas le partenariat, je l'ai vu passer parmi mes collègue professeurs de français, mais s'il y a en plus un partenariat, je vais aller jeter un oeil dessus.


Daniel Fattore 19/02/2011 18:35



C'est un partenariat qui remonte à un certain temps; il doit donc déjà y avoir pas mal de billets fleurissant dans la blogosphère du livre.



Melusine 13/02/2011 18:54


J'en entends beaucoup parler ces temps-ci. Je vais me laisser tenter: je note!


Daniel Fattore 15/02/2011 22:09



C'est peut-être parce qu'il y a eu un partenariat récemment... en tout cas, ça en vaut la peine: pour un roman jeunesse (ou du moins classé comme tel par certains éditeurs), c'est assez fouillé,
loin d'être un divertissement léger.



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