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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 20:00

PhotobucketLe bonheur est chose légère, même à Paris. Est-il possible de le saisir, dès lors, surtout s'il prend la forme de l'être aimé? Tel est l'enjeu du dernier roman de Claire Vassé, "Lili Terrier, 7, rue de la Lune", qui vient de paraître aux éditions Albin Michel, qui met en scène une jolie brochette de personnages sympathiques et divers, le plus souvent dans la force de l'âge mais à la recherche d'une certaine stabilité, affective entre autres, dans la vie.

 

Un côté chick lit perce-t-il dans ce roman? On peut y penser, tant il est vrai que certains personnages revêtent l'allure des types du genre. Au centre du roman, nous avons Lili Terrier, la trentaine, qui vend des habits à la mode quelque part à Paris. Autour d'elle, gravitent son meilleur ami, Julien, et sa meilleure amie, Amanda, qui a des manies touchant à l'ésotérisme et à la divination. Lili vit une relation complexe avec sa mère: alors que cette dernière est féministe, Lili est déjà passée à autre chose. Et puis, pour ajouter un soupçon de glamour, outre un certain attrait pour les chaussures de la part de Lili Terrier, il y a quelques beaux appartements, inspectés par ladite Lili Terrier, qui adore visiter les appartements qu'elle ne pourra jamais se payer. A ce titre, le lecteur peut volontiers penser à "Frankie Blue" de Tim Lott.

 

... car, on l'a compris, ce roman s'éloigne malgré tout du genre éminemment américain de la chick lit par plusieurs aspects. Il y a d'abord le côté peu glamour de l'action et de la narration. Le lecteur recherchera ainsi en vain les côtés clinquants de la chick lit: soirées mondaines, mention de marques prestigieuses à n'en plus finir (la plus récurrente est ici Danette). On se rapproche davantage, ici, de la comédie romantique au sens le plus strict, dont le principe fondamental consiste à reconstituer des couples à partir de personnages que rien ne rapproche a priori, ou si peu - et tel est l'essentiel de l'intrigue de ce roman. Ce qui amène à "Ensemble, c'est tout" d'Anna Gavalda...

 

Mais là, Claire Vassé jouit d'atouts intéressants par rapport à l'auteur de "Je l'aimais", et elle sait en jouer. Plutôt que de se perdre en points de suspensions, Claire Vassé use d'un style narratif concret et direct, sobre et accrocheur. Elle parvient ainsi à offrir à son lectorat un roman efficace dont les moins de 300 pages suffisent à attacher le lecteur. L'auteur sait aussi jouer avec les noms et prénoms de ses personnages: ce n'est sans doute pas un hasard si Lili Terrier, lectrice compulsive, habite... dans un terrier (dixit Julien, son meilleur ami, en, p. 11 déjà) alors que l'agente immobilière aux méthodes intrigantes qui contribuera à faire avancer les pions de chaque personnage s'appelle... Joséphine Foncier. Enfin, les variations sur le nom de Bateman (avec un E qui fait toute la différence... c'est pour ça qu'on l'aime!) ont de quoi divertir, à la manière d'un gimmick, à l'instar de certain tailleur vert pomme ou des allusions récurrentes, quoiqu'en négatif, au chat en tant qu'animal de compagnie citadin.

 

Quelques questions sociales sont également soulevées, mine de rien, même si l'on reste dans un registre léger: les parents et les enfants du divorce avec le personnage de Wendy et de son père, la résurgence de Léon, frère méconnu de Lili et baby-sitter exemplaire, qui incarne à sa façon (et en dépit de sa jeunesse) la figure du nouveau père à l'aise dans tous ses rôles, et naturellement tout le problème des petits boulots dont doit se contenter une génération qui, à son âge (la trentaine), devrait être solidement installée et bénéficier d'un emploi suffisamment stable pour vivre et faire vivre une famille - de préférence sans l'improbable coup de pouce de l'agence immobilière "d'utilité publique donc bénéficiant de dons de mécènes" de Joséphine Foncier.

 

A l'orée de l'été, "Lili Terrier, 7, rue de la Lune" constitue donc un roman agréable et souriant, qui se lit très rapidement, tant le lecteur finit par s'attacher à ses personnages et s'intéresser, mine de rien, à leurs interactions réciproques. Et comme il se doit dans un roman de cette trempe, tout est bien qui finit bien... jusques et y compris dans les détails, que l'auteur sait soigner, à l'instar de la destinée amoureuse de Mme Moretti, patronne de Lili Terrier... mais cela, je vous le laisse le découvrir.

 

Claire Vassé, Lili Terrier, 7, rue de la Lune, Paris, Albin Michel, 2010.

 

Lu en partenariat avec Livraddict et les éditions Albin Michel, que je remercie ici.

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commentaires

Liyah 22/07/2010 23:25


Ton article est très intéressant et je suis d'accord avec tout ce que tu as dis ! Tu as parfaitement bien résumé ce livre ! Un livre très agrèable, comme je l'ai lu dans les commentaires un peu
plus haut : bulle de savon !!!


Daniel Fattore 23/07/2010 20:49



Merci de ta visite! Ce fut une lecture agréable et légère, en effet.
A te relire!



Klemocius 01/07/2010 19:30


Je vois que nos avis coïncident un peu concernant ce roman, malgré le fait qu'il ne me soit pas destiné. Particulièrement concernant les noms des personnages, je trouvais ça sympa de chercher les
rapprochements !
Par ailleurs, votre article m'a fait me rendre compte de petites choses que je n'avais pas remarqués à la lecture ! (:


Daniel Fattore 01/07/2010 22:14



Merci de votre visite!
"Lili Terrier" fut un moment de lecture plutôt agréable! L'auteur est par ailleurs critique de cinéma, mais j'ignore ce qu'elle a pu écrire d'autre dans le domaine littéraire.
Et je guette les avis sur ce livre... ce qui m'a permis de découvrir votre blog - c'est un effet positif! :-)



Constance 25/06/2010 12:20


Une lecture bulle de savon qui a un air d'idéal estival !!!


Daniel Fattore 25/06/2010 21:17



"Bulle de savon"... c'est une qualification qui lui va bien! Effectivement, c'est parfait pour l'été.



Liliba 23/06/2010 18:34


Bien tentante pour l'été, cette Lili !


Daniel Fattore 25/06/2010 21:27



Bien estivale, en effet!



Cath 23/06/2010 16:35


Je suis vraiment tentée à la lecture de cet article...


Daniel Fattore 25/06/2010 21:31



C'est un ouvrage à dominante légère... mais il y a quelques éléments d'ancrage qui font qu'on ne plane pas totalement. Bien du plaisir!



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