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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 22:21

Après avoir publié de nombreux ouvrages pratiques, l'écrivain Patricia Rappeneau se lance dans le roman policier et, pour une première tentative, c'est réussi. "Requiem" est un roman qui fonctionne, plutôt long certes, qui prend le temps de s'installer et d'imposer un rythme régulier. La musique? Les phrases de l'auteur sonnent décontracté, vivant même, en particulier dans de nombreux dialogues.  

L'histoire? L'auteur choisit de mêler deux affaires qui finiront par n'en faire qu'une: une intrigue policière qui se noue à la mort d'un des personnages dans un hôtel de passe de Dijon un soir de Fête de la Musique et, plusieurs années plus tard, la disparition de deux notables de cette ville - on les retrouvera morts en forêt, une scène classique qui permet cependant à l'auteur de mettre en place, dans des dialogues bien sentis, les tensions qui constitueront la trame du récit. 

Car tensions il y aura... et plus largement, l'auteur privilégie, par rapport aux effets de décor pittoresques (pourtant, la Bourgogne, c'est chouette), les relations entre ses personnages - selon des schémas finalement universels qui éloignent ce récit d'une approche purement régionaliste. Le narrateur, Nathan Malocène, est un handicapé des sentiments qui n'est pas fichu de se déclarer à Aurore qui n'attend que ça. Il y a aussi une belle galerie d'originaux, par exemple cette dame qui vit en Isère, son fils, leurs désaccords et le bonhomme bizarre qui montre son chemin à Nathan. Cela, sans oublier l'optimisme à tout crin d'un certain Dempsey, improbable Québécois qui parle... comme on s'attend à ce qu'un Québécois parle, Christ! Et certains lecteurs, enfin, s'attendriront peut-être au son des ronflements de Fidelson, le chat de Nathan.

Il y a aussi les tensions entre deux équipes finalement rivales lâchées sur l'enquête: certes, la police a seule le pouvoir d'enquêter à fond sans se contenter d'observer; mais dans ce camp, Stoltz fait figure de parfait incapable. Face à lui, se trouve Nathan, épaulé par Eve, son ex-épouse. Problème: de même que son coéquipier Grégoire aux lunettes noires, Nathan est un détective, non un policier... ce qui le bloque, même s'il est plus malin que les autres - "le meilleur détective du monde", suggèrent certains personnages, non sans ironie même si Malocène est habile.

Cela débouche sur l'autre versant du roman, celui des relations familiales entre les personnages. On découvre peu à peu que tout est lié et que rien n'est comme on le croit: désaccords majeurs entre mère et fils, liens de parenté inattendus qui se font jour au gré des investigations, etc. Je conviens que sur ce plan-là, il faut s'accrocher un peu... Dans un registre approchant, l'auteur place quelques allusions à Semur, sa ville natale.

Ce roman reste un joli succès d'écriture, entouré d'une couverture au design intéressant où Patricia Rappeneau, de son écriture manuscrite, présente son programme: "Derrière Requiem, la Vie. L'action, les valeurs et les défauts de certains sentiments éprouvés par ses personnages. Le tout rendant à cette enquête un texte espéré à dimension HUMAINE. Ce roman c'est vous, nous, simplement Requiem."

Pari gagné!

Patricia Rappeneau, Requiem, Roubaix, Editions Saint Martin, 2009.
Quelques mots sur l'auteur:
http://www.aventure-litteraire.fr/auteur/Rappeneau.html
Le site de l'éditeur: http://www.aventure-litteraire.fr/

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commentaires

Editions Saint Martin 16/03/2010 15:28


Bonjour à toutes et à tous,

Merci de vos avis sur Requiem. C'est toujours agréable pour un auteur de savoir son livre apprécié, et agréable pour l'équipe de la maison d'éditions qui l'a choisi !

Concernant la couverture, c'est en effet un parti pris de notre part. Cela démarque les livres de nos auteurs des autres et cela donne également une proximité auteur/lecteur.
Les uns sans les autres, ce n'est juste pas possible !


Daniel Fattore 16/03/2010 22:34


Bonsoir - et merci de votre visite!
Ce parti pris de la couverture m'a paru suffisamment originale pour que je la signale - j'ai trouvé l'idée très bonne. Belle trouvaille!


Leiloona 13/03/2010 20:51


C'est vrai que l'originalité de la couverture attire le regard ! :)


Daniel Fattore 13/03/2010 23:09


Effectivement! Cela me semblait mériter d'être relevé.


Vanounyme 13/03/2010 14:12


Alors là, je note. Ton billet m'a donnée envie de le lire, alors qu'à-priori, je n'aurais même pas lu la quatrième de couverture dans une librairie, à cause de la couverture.


Daniel Fattore 13/03/2010 23:10


Des goûts et des couleurs!?... l'ouvrage est assez lent, mais il vaut la peine d'être découvert. Bonne lecture...?


L'Ogresse 13/03/2010 09:43


L'auteur m'avait contactee il y a quelque temps, elle semblait tres sympathique et comme toi, j'aimais beaucoup la couverture de ce polar. Heureuse de lire un billet positif sur ce titre !


Daniel Fattore 13/03/2010 23:13


C'est effectivement une personne sympa; si vous avez donné suite à sa proposition, je me réjouis de lire votre billet au sujet de "Requiem"! C'est en tout cas un roman qui fonctionne, même s'il
prend son temps.


keisha 13/03/2010 08:29


Croulant sous les livres, je n'ai pas donné suite à la proposition de découvrir ce roman, et pourtant...
Tu as raison, bonne couverture originale.


Daniel Fattore 13/03/2010 23:12


J'ai assez vite réagi - ayant envie de découvrir une fois quelque chose d'autre. Et ce ne fut pas perdu!
J'ai par ailleurs cru comprendre que c'est un parti pris de l'éditeur: d'autres auteurs se sont livrés au même exercice de la phrase manuscrite en première page de couverture. C'est effectivement
très original, et de ce fait accrocheur a priori.


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