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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 18:59

PhotobucketA l'heure où le Tour de France supplante la Coupe du monde de football dans l'actualité, il est bon de se plonger dans un petit livre qui jette sur la Grande Boucle un éclairage pour le moins décalé. Son titre? "Bartali sans ses clopes". Il a été publié par le prolifique et protéiforme écrivain genevois Michaël Perruchoud en 2008 aux éditions L'Age d'Homme. Et d'emblée, le lecteur sent qu'il a affaire à un passionné... un passionné désireux, cependant, d'être lu par d'autres personnes que des inconditionnels de la petite reine et de l'EPO.

 

"Bartali sans ses clopes" est construit sous forme de brèves chroniques ayant trait au cyclisme et au Tour de France, faisant alterner portraits rares de cyclistes du passé et du présent (Gino Bartali fumait comme un pompier, François Faber était friand de côtelettes...) et anecdotes issues d'une course plus que centenaire. L'idée qui traverse cet ouvrage est celle de l'opposition à un antidopage forcené qui, à force de vouloir laver plus blanc et de manière parfois fort sélective avec la bénédiction d'une certaine presse, arbore malgré lui des airs de tartufe. Car pour l'auteur, "le Tour n'est pas propre; il est tordu, pouilleux, poilu et il refoule de la gueule; [...]"; la Grande Boucle est aussi, pour lui, un spectacle autant qu'une épreuve sportive.

 

Une épreuve qui a son péché originel en la personne d'Henri Desgrange, fondateur de l'épreuve, bourreau de cyclistes: non content de leur offrir des étapes impossibles, il leur impose un règlement inhumain et fait discrètement jeter des obstacles sur les routes pour pimenter l'épreuve. Certes, Henri Desgrange a inventé le Tour de France à une époque où le sport devenait très à la mode; mais pour lui, il s'agissait surtout de créer un gros événement, susceptible de faire vendre son journal: "L'Auto". Un événement populaire, donc.

 

Evénement populaire avec des tâcherons issus de milieux pas forcément favorisés, ouvriers ou autres. Peut-être parce qu'il aime bien tous ces cyclistes, vieilles gloires déplumées et seconds couteaux appliqués, Michaël Perruchoud les charrie bien, relevant en eux des travers pas toujours très sportifs qui font d'eux des "hors-la-loi de la petite reine": victoires arrangées à coups de billets de banque, chutes suspectes, solidarités magnifiques mais mal acceptées par le règlement (le cycliste est très seul sur le Tour de France), etc. L'auteur relève également l'héroïsme de certains pédaleurs qui, littéralement, se tuent au guidon - ou se ruinent la santé à coups de dopage mal dosé et mal assorti (cognac, vin rouge...), jusqu'à ce que mort (souvent prématurée, rançon d'une hypothétique gloire) s'ensuive. Le talent de caricaturiste de l'auteur explose jusque dans le lexique qui conclut ce petit livre.

 

Il y a dans ces pages quelque chose de "Mort dans l'après-midi" d'Ernest Hemingway. Mais alors que l'aficionado des corridas espagnoles aime à musarder autour de son sujet, Michaël Perruchoud se concentre sur le cyclisme, qu'il décrit avec une gouaille toute genevoise, maniant l'helvétisme à l'occasion (on voit passer du Rivella et des topettes, et les cyclistes helvétiques ne sont jamais loin), l'invective et l'humour à l'occasion et l'hyperbole à chaque tournant (en particulier l'adjectif "surdoué", servi à pas mal de sauces). C'est le livre d'un passionné, donc, mais aussi un tableau passionnant à parcourir, par petites étapes pour ne pas crever au poteau.

 

Michaël Perruchoud, Bartali sans ses clopes, Genève, L'Age d'Homme, 2008.

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commentaires

Cécile de Quoide9 16/07/2010 15:56


J'aime ! "le Tour n'est pas propre; il est tordu, pouilleux, poilu et il refoule de la gueule; [...]";


Daniel Fattore 16/07/2010 22:31



Ah, ça sonne bien! Cet ouvrage est effectivement bon, même pour celles et ceux qui ne sont pas amoureux du sport cycliste.
Apparemment, ces temps-ci, le Tour offre même des coups de boule:
http://www.lematin.ch/sports/divers/tour-france-coups-roue-coups-boule-300377



ALEXIS 15/07/2010 18:20


Si l'auteur veux parler "au non fan" du tour alors peut-être que j'adhérerais!

www.neighbourhoodandco.blogspot.com


Daniel Fattore 15/07/2010 22:29



Merci de votre visite!
Perso, je ne suis pas un cyclophile; pourtant, j'ai apprécié cet ouvrage où les portraits sont bien brossés et les anecdotes bien narrées. Essayez donc!



Graphisme blog 15/07/2010 07:54


Vraiment intéressant ce livre !


Daniel Fattore 15/07/2010 22:29



Totalement! Je vous en souhaite une agréable lecture.



Alex-Mot-à-Mots 12/07/2010 21:22


"Le tour de France n'aura pas lieu" est aussi une belle plongée dans l'univers impitoyable du cyclisme pro.


Daniel Fattore 12/07/2010 21:45



J'adore le titre! :-) Je vais me renseigner de ce pas... Merci du tuyau!



Mélusine 12/07/2010 20:58


Bonsoir,
Il faut sans doute aimer le cyclisme pour apprécier ce livre. mais lorsque tu dis qu'il a un goût d'Heminguay, j'ai presque envie de le découvrir....
Merci à toi


Daniel Fattore 12/07/2010 21:47



... quoique! L'auteur a quand même eu le souci d'écrire son livre de manière à parler également aux personnes qui n'ont pas d'affinité particulière avec le cyclisme. Et la charge est parfois
lourde, excessive même, ce qui devrait séduire même (et surtout) les plus réfractaires...
Merci à toi! Et bonne soirée!



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