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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 17:12

hebergeur imageLu pour les défis Premier roman et Rentrée littéraire.

Aussi lu par Anne, Antigone, Argali, Arrajou, Audrey, Bauchette, Bookfalo Kill, Camille, Cathulu, Clara, Cozette, Flop-Itude, Kik, Laeti, Leiloona, Lis au lit, Lucie, Métaphore, Saxaoul, Skriban, Sweetange, Tasha, Valérie, Yosha.

 

hebergeur imageCourt. Impitoyable. C'est l'impression que le lecteur conserve du premier roman de Carole Fives, "Que nos vies aient l'air d'un film parfait". Un roman qui a déjà connu un certain succès sur la blogosphère et confirme le talent de son auteur, qui a déjà à son actif, aux éditions du Passage, le recueil de nouvelles "Quand nous serons heureux" (dont j'ai parlé ici).

 

Le contexte? C'est l'histoire d'un couple qui divorce, au début des années 1980. On se souvient qu'à l'époque, les divorces étaient quelque chose de nouveau. On regardait donc avec un regard étrange et suspicieux les "enfants du divorce" (titre d'un reportage télévisé qui avait fait du bruit à l'époque). C'est sur deux d'entre eux que se concentre l'observation de "Que nos vies aient l'air d'un film parfait", sans occulter les millions d'autres enfants qui, après eux, vont aussi devoir vivre la séparation de leurs parents. Et y perdre des morceaux d'enfance, comme une maquette d'avion dont les pièces se décollent avec le temps.

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Les années 1980 sont avant tout rendues par quelques chansons populaires de l'époque. A priori, les choix peuvent surprendre: que viennent faire une chanson de Lio et "Papa Pingouin" (cette scie à l'air innocent qu'on écoute sur Bide et Musique) dans un récit aussi grave? Il est assez évident de comprendre que le "film parfait" dont parle le titre du roman est la métaphore de la façade que des enfants qui n'y sont pas préparés sont obligés de se constituer pour soutenir le regard altéré des autres: collègues de classe, cousins, parents même. Et puis, cette histoire de "Papa Pingouin" qui veut s'envoler parce qu'il s'ennuie sur sa banquise, presque une chanson de gamin... elle paraît terrible après lecture de ce roman. Après tout, il s'agit d'un papa qui quitte sa famille, pour ainsi dire sur un coup de tête, le lendemain du soir où un certain Serge Gainsbourg brûla un billet de cinq cents francs français en direct à la télévision. Que doit donc ressentir un gamin dont le père vient de se faire la malle lorsque les écoliers qui l'entourent, dirigés par un enseignant, serinent cette rengaine dans le car à bord duquel il se déplace?

 

L'auteur choisit la forme d'un roman à trois voix pour aborder son sujet. Ses trois voix sont fort bien caractérisées et sonnent vrai et fort: la mère, le père, la fille. Le père peut être vu comme un homme impulsif: finalement, on ne comprend pas très bien quelles sont les raisons concrètes de son départ, finalement brutal, sentimental sans savoir l'exprimer de manière claire; ses derniers mots, portant sur la longueur de la procédure de divorce, font une conclusion plutôt abrupte. De l'autre côté, on découvre une mère psychologiquement fragile, prompte à l'auto-victimisation plutôt qu'à la résilience, manipulatrice à l'occasion - et il suffit de les écouter parler pour comprendre qui ils sont, de manière infaillible. Quant à la fille, c'est la voix du "tu" - un "tu" qui s'adresse à son petit frère (qui n'aura la parole qu'en fin de roman) mais aussi, par ricochet, au lecteur, qui assiste aux états d'âme d'une enfance et d'une innocence qui se perdent au contact de notions nouvelles et difficiles. Un point commun? Personne n'est préparé à vivre un divorce, dans toutes ses implications.

 

Dès l'incipit, le lecteur se sent concerné et comprend que les belles choses, le décor maritime du nord de la France, vont cacher un drame familial. Le lecteur peut croire, l'espace des premières lignes, que les cris des enfants vont naître de la découverte d'oeufs de Pâques ou du bonheur d'être à la plage. Mais non... et la dernière phrase du premier paragraphe de ce roman tombe comme un couperet. Le lecteur découvre que l'auteur sait maintenir cette efficacité tout au long de son propos: les phrases sont denses de bout en bout, et susceptibles de toucher tout un chacun, qu'il ait fait ou non l'expérience du divorce.

 

Carole Fives, Que nos vies aient l'air d'un film parfait, Paris, Le Passage, 2012.

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commentaires

Leiloona 06/01/2013 00:56

Très bel article. J'adore d'ailleurs tes dernières phrases : c'est exactement mon ressenti.

Daniel Fattore 07/01/2013 22:43



Merci! Je reste impressionné par ce premier roman.



Anne 05/01/2013 19:15

J'ai bien aimé aussi. Que de souffrance pour ces enfants, et pour les adultes, le père en particulier... Tu en parles très bien, malgré la liste impressionnante de liens enregistrés !

Daniel Fattore 05/01/2013 20:54



Merci pour ton commentaire! Pas un livre facile ou rose, et le point de vue des enfants m'a paru très pertinent - et bien traité, qui plus est. Un roman fort, en tout cas!



Aliénor 05/01/2013 16:35

Ton billet donne envie, et pourtant j'avoue beaucoup hésiter à lire ce roman dont j'ai lu des extraits qui ne m'ont pas convaincue.

Daniel Fattore 05/01/2013 20:55



Question de goût; note que c'est aussi un roman assez court. Il serait difficile de traiter plus longuement ce sujet de la manière (forte!) dont il est abordé ici.



Noukette 04/01/2013 23:52

J'ai beaucoup aimé ce roman... Bizarrement, je n'ai pas réussi à en parler sur le blog... Il est très fort, c'est vrai...!

Daniel Fattore 05/01/2013 20:56



Je comprends: perso, j'avais aussi les éléments à écrire dans mon billet au moment de rédiger, mais aussi un peu de mal à les exposer. Mais c'est une lecture à retenir, ne serait-ce que pour
soi. 



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