14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 21:33

hebergeur imageVoyager dans l'Histoire, tel est l'une des belles promesses qu'offre la lecture. Et avec "Les égéries russes", livre historique cosigné par Gonzague Saint-Bris et Vladimir Fédorovski, les amateurs de voyages dans le temps et de mystères d'autrefois seront ravis. Cela, sans oublier celles et ceux qui adorent les intrigues amoureuses... c'est que les auteurs de ce livre relatent, de manière à peine romancée (juste ce qu'il faut pour accrocher le lecteur), l'histoire de quelques femmes qui, venues de Russie, sont devenues les inspiratrices et les conjointes de quelques artistes parisiens. Pour pimenter le tout, les écrivains glissent même quelques documents inédits (qui donnent par exemple à la destinée de Louis Aragon un parfum de roman d'espionnage mâtiné d'autocritique sur la fin), et suggèrent qu'ils ont été en contact direct avec les illustres égéries. Un type de contact qui s'avère rapidement très intéressant...

 

... ces égéries sont souvent (mais pas toujours) des femmes méconnues qui, vivant dans l'ombre de leur conjoint, ont été leur indispensable complice et soutien. Voire leur source d'inspiration, pour le meilleur et pour le pire. La figure de Gala Diakonova est par exemple mise en scène; on se souvient d'elle comme de l'inspiratrice essentielle de Salvador Dalì, mais qui sait encore qu'elle fut aussi la femme de Paul Eluard? Les auteurs parviennent, en suivant la destinée de Dalì, à démontrer qu'il est, en quelque sorte, la créature de Gala - une Gala inspiratrice artistique, mais aussi source d'idées plus commerciales, pour le meilleur et pour le plus scabreux.

 

Les auteurs de ce livre suggèrent avec beaucoup d'à-propos que derrière plus d'un artiste génial, se trouve une femme - et laissent entendre que cette femme est souvent russe, et parfois noble. Cela les amène à creuser quelques mystères: ne sont-ils pas plus curieux que nous lorsqu'ils vont se demander qui est "Madame Z.", la dédicataire des "Mots", roman de Jean-Paul Sartre? Dévoilée, présentée sur une photo qui conclut un joli cahier en noir et blanc, Lena Zonina renvoie l'image d'une personne dynamique et allégrement décidée, marchant sans hésiter sur une plage et laissant derrière elle un Jean-Paul Sartre qui paraît bien las.

 

Ce livre touche également à un certain Aristide Maillol... ou plutôt à Dina Vierny, son modèle. Le lecteur ne peut qu'être intrigué et séduit d'en savoir un peu plus sur les statues qui ornent, en toute discrétion, le jardin des Tuileries! Il le sera également, une génération plus tôt, par l'étrange correspondance amoureuse à trois qui rapproche Rainer Maria Rilke, Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva. L'amour platonique a certes ses limites... mais les auteurs suggèrent qu'elles n'excluent pas les sentiments rêvés. Même si ceux-ci ne résistent pas à une rencontre en chair et en os.

 

Enfin, l'ouvrage s'ouvre sur la figure de Lou-Andréas Salomé et sur celle d'Olga Khokhlova, inspiratrice de Pablo Picasso - une femme qui entendra coincer son artiste dans un univers bourgeois qui lui va bien...

 

"Les égéries russes", c'est, au-delà des sentiments et des liens humains, quelques dizaines d'années d'inspiration russe insufflée aux géants de l'histoire de l'art du vingtième siècle. Les destinées de ces femmes, jouets de l'histoire du Vieux Continent, les amènent en France, les rapprochent d'êtres humains - très humains même - et de ces rencontres, naîtront des oeuvres géniales. Cela, à telle enseigne que les auteurs posent, en fin de livre, la question ultime: de même que les grands artistes du vingtième siècle ont laissé des oeuvres géniales dont ils sont les créateurs, les égéries russes ne sont-elles pas, à leur tour, les créatrices de ces artistes? Une question posée par les auteurs en fin de livre, mais que le lecteur sent venir bien avant...

 

Gonzague Saint-Bris et Vladimir Fédorovski, Les égéries russes, Paris, J.-C. Lattès, 1994/2010.

 

 

 

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commentaires

Liliba 15/02/2012

J'ai vu quelque part un challenge russe qui irait parfaitement à ce roman...

Alex-Mot-à-Mots 16/02/2012

Des portraits de femmes qui ont l'air intéressants. Je note.

Dominique 17/02/2012

je ne viens pas chez toi assez souvent et j'ai grand tord, ce livre me ravit, j'ai toujours rêvé être Lou Andréas Salomé, rien qu'à imaginer que je deviens la muse de Nietzsche, Rilke et Freud il y
a de quoi être au 7ème ciel

j'ai noté ce livre car on doit passer un bon moment

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