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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 21:24

hebergeur imageThriller au parfum fantastique, lu par Christophe, Feetish, Soso.

 

William Peter Blatty? Pas sûr que ce nom rappelle quelque chose en dehors de quelques connaisseurs. Mais si je dis "L'Exorciste", cela devrait réveiller quelques souvenirs - eh bien, l'auteur du roman qui a donné le jour au film culte a récidivé cette année avec "Dimiter", un thriller albano-israélien appelé à devenir un best-seller, édité par Robert Laffont dans une traduction française signée Philippe Hupp.

 

Et qui est Dimiter? On le sait à la fin du premier tiers du livre... que je ne dévoilerai pas. Qu'on sache simplement que le premier chapitre constitue un huis clos étouffant à plus d'un titre (comme il se doit pour tout huis clos qui se respecte), mettant en scène le face à face entre un prisonnier politique particulièrement coriace et un représentant des autorités albanaises prêt à tout pour le faire parler. Mais le prisonnier semble mû par des forces surnaturelles...

 

La longueur, source de déséquilibre

Un gros quart, voire un tiers du roman pour savoir qui est Dimiter... il est déjà arrivé, par exemple dans "Tartuffe" de Molière, que le principal intéressé fasse une apparition tardive dans un récit. Mais là où Molière a su rythmer l'attente, force est de constater que William Peter Blatty reste faible: le premier chapitre de Dimiter recouvre aussi toute la première partie du roman... Plus qu'une entrée en matière, l'auteur veut donc donner à ces pages la fonction d'exposition, de mise dans l'ambiance et d'accroche pour le lecteur. Exercice d'équilibrisme périlleux, mais manqué: ce premier chapitre, trop long, fait carrément figure de roman à soi tout seul et, accessoirement, laisse l'impression de se suffire à soi-même tout en appelant une suite, à la manière du premier mouvement d'une grande symphonie. Et les changements de rythme, par exemple sous forme de transcriptions d'entretiens policiers, n'y font pas grand-chose. 

 

Ce péché originel, "Dimiter", composé de 33 chapitres de longueurs pour le moins variables (270 pages au total, remerciements inclus), aura du mal à s'en remettre. Le lecteur reste en effet, tout au long de sa lecture, sous le poids d'un premier chapitre d'une longueur disproportionnée, qui expose un certain nombre d'éléments qui ne reviendront plus (par exemple le fils du meneur de l'interrogatoire, qui sera mutilé dans ce contexte) et, par conséquent, semblent un rien superfétatoires. C'est d'autant plus étonnant qu'on conseille volontiers de commencer par du court pour accrocher, par exemple des phrases courtes en début d'article de journal... Une leçon que l'on peut extrapoler au roman et qu'un Jean d'Ormesson, par exemple, met en pratique à la perfection dans son ample "Histoire du Juif errant".

 

Le fantastique explicité

Mais voyons ce que ce thriller recèle d'original. De la part de l'auteur de "L'Exorciste", le lecteur est en droit d'attendre un soupçon de fantastique ou d'ésotérisme. Et là, il est servi - les incertitudes sont mises en place, longuement (!), dès le départ, et nettement soulignées au besoin par des jugements de l'auteur. Il y a naturellement la résistance incroyable du personnage du prisonnier: l'auteur explique avec un certain luxe de détails l'aptitude de celui-ci à résister aux divers sérums de vérité, et évoque sa force inouïe, plaçant ses deux personnages dans un face-à-face qui fait penser aux joueurs d'une partie d'échecs. Insistant lourdement sur le côté mystérieux du prisonnier (qui n'a longtemps même pas de nom...), il achève son premier chapitre en mettant en scène un groupe apparemment ésotérique qui va surnommer le prisonnier "L'Evêque".

 

Et l'intrigue se poursuit à Jérusalem, ville dont on sait les accointances avec le sacré.Parfait pour faire suite à l'Albanie, pays mystérieux pour plus d'une personne, surtout dans les années 1970 qui représentent l'époque du roman - une période où les catholiques étaient persécutés par le régime albanais, ce que rappelle l'auteur. 

 

Puis, progressivement, le livre donne les clés. Il ne laisse pas le lecteur dans l'incertitude qui est indissociable du genre fantastique, mais explique peu à peu tout ce qui a pu paraître mystérieux au départ. Il est regrettable, ici, que les pages qui suivent l'imposant chapitre d'ouverture tendent à partir dans tous les sens, mettant soudain un scène un médecin de Jérusalem, puis des agents publics, des policiers... les liens entre eux et leur justification apparaissent bien tardivement.

 

Quelques qualités donc pour ce roman qui oscille entre thriller et fantastique - une oscillation qui fait sa force. Mais aussi quelques faiblesses, notamment dans la longueur démesurée du premier chapitre qui fait qu'on entre essoufflés dans le vif du sujet, et dans l'éclatement des pièces de l'intrigue. Tout se passe comme si, à l'instar de tel personnage des "Tontons Flingueurs", l'auteur avait voulu "éparpiller son intrigue façon puzzle". Or, ce que le lecteur attend, c'est justement d'assembler les pièces avec l'aide d'un auteur certes facétieux parfois, mais toujours constructif même si le grain de folie n'est jamais loin. Or, dans "Dimiter", l'auteur joue le jeu trop tard et trop mal... et au final, on regrette un peu d'avoir essayé, de bonne foi, d'y participer.

 

William Peter Blatty, Dimiter, Paris, Robert Laffont/Best Sellers, 2011. Traduction de Philippe Hupp.

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commentaires

Mélusine 10/05/2012 11:17

Je passe mon tour rien qu'en sachant que c'est l'auteur de "L'exorciste" ... Bouh j'en ai froid dans le dos.

Daniel Fattore 10/05/2012 21:48



Je garde un bon souvenir du film "L'Exorciste" - sans doute, précisément, parce qu'il fait froid dans le dos. En revanche, vu l'expérience de "Dimiter", pas sûr que j'aie envie de lire le roman
"L'Exorciste"... Comme quoi une attaque différenciée peut donner lieu à des ressentis fort différents! :-)



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