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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 21:58

hebergeur d'imageBelgique ou Grande-Bretagne? France, peut-être? L'écrivain André Baillon (1875-1932), natif d'Anvers, semble n'avoir guère choisi lorsqu'il a écrit son livre "Zonzon Pépette, fille de Londres". Paru en 1923, ce petit ouvrage savoureux et d'un ton volontiers direct et rapide prend la forme de scènes de la vie du "milieu" londonien. Les éditions grenobloises "100 pages" ont eu l'excellente idée d'en redonner une fort jolie réédition, enrichie de gravures sur bois de l'expressionniste wallon Charles Counhaye (1884-1971) et se distinguant par une typographie particulière, délibérément excentrée, parsemée entre autres de petits éclairs et d'italiques pour signaler les dialogues. Le tout, sous une couverture noire, blanche et argentée, avec une tranche colorée de rouge...

 

Venons-en au contenu. L'auteur choisit ici de peindre d'une manière crue, non sans truculence, un milieu peu fréquentable qui prend dès lors des allures d'opéra de quat'sous à la Kurt Weill. L'accent est mis sur les personnages, sur leurs interactions, sur leurs caractéristiques aussi: on a ainsi affaire à un boiteux, à un dévot, et à Zonzon Pépette elle-même, prostituée, qui se distingue par un arrière-train remarquable et par son savoir-faire dès qu'il s'agit de décliner le mot "merde" à toutes les sauces. Combien de fois dit-elle, par exemple, "je t'emmerde!" dans "Au Cercle", qui constitue le premier des brefs et nombreux chapitres qui composent ce livre? Tout ce petit monde, s'aime, rit beaucoup en plus d'une occasion, mais se jalouse et se hait tout aussi cordialement.

 

Les surnoms des personnages, quant à eux (François l'Allumette, Betsy l'Angliche...), rappellent ce qu'a pu faire un Francis Carco, de même que l'usage de l'argot et du français malmené des petites gens, qui éclate dans des dialogues aux phrases courtes qui claquent sec et fleurit le corps du texte, par touches jamais pesantes qui suffisent à transporter le lecteur dans le milieu ainsi dépeint.

 

"Zonzon Pépette, fille de Londres", avons-nous dit. Londres est, disons-le, un décor peu présent, pour ainsi dire un prétexte, dans ce récit. En particulier, l'auteur ne mentionne guère les lieux hantés par ses personnages. La capitale de l'Angleterre permet tout au plus de créer quelques gags portant sur les Anglais, leur côté excentrique et surtout leur langue imprononçable et leur étrange accent. Zonzon Pépette est toutefois présentée comme une Française, active dans un milieu peuplé de petits truands français expatriés. Pour le lecteur, cela limite le dépaysement.

 

Et la structure du livre? Les chapitres sont brefs et nombreux, et constituent tous une petite scène de vie (passe, cambriolage, panique, meurtres plus ou moins volontaires), qu'on peut lire de manière autonome ou presque. Le fil conducteur est assez lâche, et relate, on l'a compris, la destinée (vie et mort) de la prostituée Zonzon Pépette - d'abord dans les vicissitudes de son coeur de métier (présenté comme une activité comme une autre: quand faut y aller, faut y aller! et assumer certains risques...), puis dans d'autres activités peu recommandables où elle fait montre d'un caractère bien trempé, même si les hommes, dominants dans son entourage, ne croient pas forcément tout de suite à son cran. Ainsi l'auteur intègre-t-il le métier de la prostitution à un ensemble plus vaste, celui des activités des milieux louches et canailles.

 

Savoureux ouvrage donc, aux allures expressionnistes et rétro, qui mérite qu'on s'y replonge.

 

André Baillon, Zonzon Pépette fille de Londres, Grenoble, Cent Pages, 2006. 

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commentaires

My Care On Call 16/09/2014 13:33

I have not read the book “Zonzon Pepetten daughter of London” by Andre Baillon. I think the book reveals the dark sides of the lives in London. The focus given to the characters makes the story very detailed and the whole effort taken by Andre Baillon is appreciable.

L'Ogresse 12/12/2010 10:29


Mais c'est un roman pour moi, ca !!


Daniel Fattore 12/12/2010 17:15



Peut-être bien! Ca se passe à Londres, en tout cas...



Ferocias 10/12/2010 22:08


Vite vite il te reste un peu moins de 2 heures ;)


Daniel Fattore 12/12/2010 17:14



Argh, trop tard... ce n'est que partie remise! :-)



Ferocias 07/12/2010 08:49


Ca n'a rien à voir mais voilà: un petit concours chez moi pour gagnez un numéro de Galaxies SF (nouvelles, critiques, interview,...)

http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/archive/2010/12/06/concours-gagnez-un-exemplaire-de-galaxies-science-fiction.html


Daniel Fattore 10/12/2010 20:30



Ouille! Il faut que j'aille voir ça, si ce n'est pas trop tard!



Alex-Mot-à-Mots 06/12/2010 11:33


Un titre original, comme le roman, on dirait.


Daniel Fattore 10/12/2010 20:31



Il y a de belles pages là-dedans, des scènes rapides, parfois truculentes - une jolie baignade dans un certain Milieu!



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