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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 18:52

PhotobucketLu par Aperto Libro, Skritt.

Lu dans le cadre du Défi de la Rentrée littéraire.

Blog de l'auteur: Pierre Lamalattie; son site.

 

Un livre en deux tomes - ou deux livres pour le prix d'un, en fonction du point de vue. De la part des éditions L'Editeur, que je remercie pour l'envoi (salutations à Mme Ferron!), c'est une démarche originale, qui a donné le jour à un petit ouvrage intitulé "Portraits", recensant 121 portraits peints et commentés, au parfum volontiers expressionniste et farouchement figuratif, et à un livre plus gros, qui relate la manière dont s'est constituée la galerie de 121 visages, tous différents - une sorte de "making of", conçu au sens large puisqu'il est aussi question, dans "121 curriculum vitae pour un tombeau", de considérations sur la vie, la mort, l'art, les femmes, etc. On relèvera que le mot "tombeau" est à prendre au sens d'hommage (vous avez écouté Sainte-Colombe et Ravel...) - même si la notion de "tombeau", au sens habituel et concret, intervient aussi en fin de roman.

 

En recevant ces ouvrages, j'ai eu l'occasion de découvrir un artiste-peintre et écrivain - une combinaison réussie déjà, dans un registre très différent, par l'ami Ivan Sigg (dont j'ai évoqué récemment le roman "L'Ile du Toupet" et, plus anciennement, "La Touffe subilme" et "L'annonce faite à Joseph"). J'ai choisi, et cela m'a paru pertinent après coup, de feuilleter d'abord "Portraits", à savoir le catalogue des visages peints par l'artiste. Celui-ci présente ici un instantané de l'humanité d'aujourd'hui, au travers de 121 tableaux qui lui paraissent représentatifs - un regard de la société française et humaine. Peint à l'huile, chacun de ces tableaux se présente comme un "curriculum vitae" très efficace et succinct (pour vous en faire une idée, visitez le site de l'auteur): on y trouve certes le portrait de la personne, mais aussi son prénom et une phrase qui la caractérise. Il y a là du mystère, paradoxalement: ce que dit l'auteur donne envie d'en savoir plus, et on imagine sans peine qu'un DRH serait piqué au vif s'il recevait un tel curriculum vitae. Mais il y a aussi de l'humour, de l'ironie, de l'esprit caustique. Bref, une envie de mieux connaître tous ces personnages, peints dans des couleurs qui rappellent la photographie argentique en noir et blanc.

 

Et c'est là que le roman intervient et apporte à ces toiles une troisième dimension. Sur 447 pages, en effet, l'auteur a choisi de raconter la manière dont il a créé cette imposante galerie de portraits - dans une forme certes autobiographique, mais qui, on l'imagine, porte sa part d'imaginaire et de réinterprétation personnelle. "121 curriculum vitae pour un tombeau" n'est cependant pas qu'un "making of" sec. Non content d'offrir un coup d'oeil dans son atelier, l'auteur en profite pour relater une tranche de son existence et émettre quelques considérations sur le monde tel qu'il va. L'art contemporain institutionnel est le premier à subir ses foudres, d'autant plus qu'en sa qualité d'artiste figuratif, il se situe en marge des démarches artistiques les plus en vogue. Il s'oppose également aux démarches de Renoir et des impressionnistes, qu'il considère comme des artistes sympa, finalement peu novateurs. Quelques coups de gueule bien sentis viennent donc muscler cet ouvrage.

 

Celui-ci ne serait rien, cependant, sans les innombrables personnages qu'il recèle, et qui rappellent au lecteur que lui aussi est entouré, d'une manière dont il n'a pas forcément conscience, des nombreuses personnes dont son existence dépend. C'est que les 121 portraits sont tous nés de rencontres, rêvées, fortuites, brèves ou régulières, survenues dans les contextes les plus divers. Leur point commun: l'auteur a interagi avec ces personnes et, carnet de croquis en main, s'en est souvenu. Il y a là des étudiants, des personnes actives, des retraités, tout un univers de personnes adultes. L'artiste étant également ingénieur agronome et fonctionnaire dans un domaine voisin, les figures dépeintes s'en ressentent et constituent, ensemble, une photographie de la société du début du vingt et unième siècle.

 

Une telle démarche offre aussi à l'auteur l'occasion de présenter les coulisses du monde des études agricoles, avec ses chicanes administratives (on pense ici au personnage de Le Goff); le lecteur goûtera aussi les pages consacrées aux heures passées au Salon de l'agriculture (il paraît que les porcs sont des voisins plus tranquilles que les vaches...), ainsi que les rencontres de l'auteur avec des étudiants, toujours brossées avec une précision qui donne à voir les hésitations d'une certaine jeunesse - la nôtre, peut-être.

 

Le récit se déroule sur un ton agréable, sans aspérités; il est empreint d'un certain recul qui donne au lecteur l'impression, parfois, que l'auteur se pose en spectateur distant et amusé de sa propre existence. Certes, toutes les pages ne sont pas égales, et les scènes décrivant les actes sexuels vécus ou commentés par l'auteur, trop directes mais heureusement furtives, montrent les limites de l'art de l'écrivain. Le lecteur retiendra plus volontiers l'humour de l'auteur, autorisé par la prise de distance et qui s'exprime de manières fort diverses: il ne manquera pas d'être surpris par l'"échographie de la bite" que l'auteur subit en tout début de roman (le ton est ainsi donné!); mais il découvrira aussi, au gré des pages, le portrait d'une humanité qui vit mille anecdotes trop tordues pour être inventées: mariage participatif, chef de service odieux, mère attachante mais tellement terre-à-terre, destinées d'anciens camarades de volée, etc. Cela, en grande partie dans les décors bucoliques de Brive-la-Gaillarde et de la Corrèze. Et le fait d'avoir sous la main le petit livre "Portraits" permettra au lecteur de mettre un visage précis sur bon nombre des personnages de ce roman - une expérience particulière, tant il est vrai que lorsqu'on lit, l'auteur confie d'ordinaire au seul lecteur la mission de forger un visage à ses personnages.

 

Et pour les friands, il paraît que l'auteur a connu Michel Houellebecq, et que ce dernier hante aussi les pages de ces deux livres. A vous de le trouver!

 

Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau et Portraits, Paris, L'Editeur, 2011.

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commentaires

matt125 06/04/2013 21:10

ai vu pierre lamalattie cet après midi à laval je vous encourage à lire son livre et le livre qui l'accompagne

Daniel Fattore 07/04/2013 22:14



Si vous le revoyez, saluez-le bien de ma part!
J'ai lu ces deux ouvrages, avec bonheur, avant d'en parler sur mon blog.



Anne 14/03/2012 13:55

J l'avoue, ce livre ne m'attire pas tellement... J'ai noté le lien, merci.

Daniel Fattore 15/03/2012 21:20



C'est particulier - et intéressant dans la mesure où il invite à rechercher, dans le livre illustré, les portraits des personnages. Une expérience un peu à part.
Merci d'avoir noté le lien!



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