Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 19:00

PhotobucketIncontournable, lu par A bride abattueMes Imaginaires, Sophie.

 

Avec « L’Enquête », Philippe Claudel aborde la thématique de la déshumanisation des personnes. Son prétexte, c’est l’inspection d’une entreprise dont le taux de suicides au sein de son personnel a connu une importante et subite recrudescence. Impossible de ne pas penser à certaine entreprise de télécommunication française, ou à quelque autre grand groupe de l’Hexagone lorsqu’on lit certaines descriptions de ce roman. Mais, le lecteur fasciné le comprend vite, l’Enquête n’est qu’un prétexte pour plonger au cœur de la folie.

 

Une folie délétère, bien sûr, et qui se fait jour petit à petit, dès le moment où l’Enquêteur arrive dans la ville où il doit remplir sa mission, comme ce supplice de la goutte d’eau, évoqué dans le récit, qui paraît drôle au début mais finit par avoir la peau de celui qui le subit. Et le lecteur va effectivement sourire aux premières mésaventures que l’Enquêteur connaît, et qu’il a peut-être lui-même vécues : on lui refuse un grog dans un café parce que l’ordinateur n’est pas en mesure de le facturer, un sandwich reste coincé dans un distributeur automatique. Et c’est bel et bien chez le psy que ça aboutit… et là, le lecteur rit jaune. S’il rit encore.

 

Déshumanisation, ai-je dit. Délibérément, l’auteur ne donne aucun nom à ses personnages. Il les désigne par leur fonction ou son rôle : le Guide, la Géante, les Déplacés, le Fondateur, etc. Ces personnages fonctionnent de manière volontiers erratique, tantôt hostiles, tantôt obséquieux envers l’Enquêteur. Ce dernier, sur lequel ce roman est centré, semble être le seul personnage à tenter de suivre une ligne directrice bien définie. Il perd cependant de sa superbe au fil du récit, jusqu’à ressembler à une loque : habits sales puis de fortune, faim récurrente, pas de rasage, mental en capilotade.

 

L’environnement de l’Enquêteur est totalement surréaliste : un hôtel cher au style spartiate et aux fenêtres murées, une région à la météo étrange, une entreprise omniprésente et, d’une manière générale, une géographie déroutante. Dans ce cadre, on comprend que l’enquête devienne secondaire pour le récit ; de fait, le lecteur n’en saura pas grand-chose ; tout au plus découvrira-t-il en passant quelques dysfonctionnements de l’entreprise. L’impression se dégage par ailleurs que l’entreprise où l’Enquêteur est supposé faire son travail protège son secret par tous les moyens possibles, en particulier par la déstabilisation de celui qui veut en savoir plus.

 

Porté par une écriture très personnelle sur 278 pages d’une précision hallucinante (énumérations, souci permanent du détail dans la description), le roman « L’Enquête » constitue ainsi une implacable marche vers la mort, ou vers l’enfer. L’auteur conclut son récit par le déclic d’un portable que l’on ferme, comme s’il fallait oublier l’Enquêteur. Mais le lecteur pourra-t-il oublier ce personnage et sa déchéance ?

 

Philippe Claudel, L’Enquête, Paris, Stock. 2010, 278 p.

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec le site http://www.chroniquesdelarentreelitteraire.com et dans le cadre de l'organisation du Grand prix littéraire du web Cultura.

Pour-cent de la rentrée littéraire 2010 : 5/7 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Liyah 05/10/2010 12:29


Je n'ai encore rien lu de cet auteur, mais beaucoup de ses livres me tentent ! A remédier rapidement !


Daniel Fattore 06/10/2010 20:34



Fonce, c'est vraiment du bon...! "L'Enquête" est atypique, dit-on; "Le Rapport de Brodeck" a, lui, connu un succès mérité.
Merci de ta visite!



Schlabaya 30/09/2010 08:50


En effet, il paraît très intéressant, merci de me le recommander.


Daniel Fattore 02/10/2010 21:14



C'est peu de le dire! Je t'en souhaite une agréable lecture.



sybilline 29/09/2010 16:19


Venant de terminer ce roman de Claudel, formellement très différent de ses écrits antérieurs , j'y retrouve néanmoins son souci de l'homme broyé par la machine sociale, elle même formée de cette
Masse consentante et muette qu'on retrouve dans "Le rapport de Brodeck".
Terrible roman à lire absolument !


Daniel Fattore 29/09/2010 20:06



De Claudel, je ne connaissais que "Le Rapport de Brodeck" - "L'Enquête" est effectivement très différent, mais dans le même temps, on sent la patte de l'auteur. Si tu publies un billet sur ce
livre, je serai heureux de venir le lire!
Et merci pour ta visite! :-)



Alex-Mot-à-Mots 26/09/2010 09:00


Comme toujours chez Claudel, l'ambiance prime avant le récit, je trouve.


Daniel Fattore 26/09/2010 14:53



Pas faux - là, c'est à la fois différent et ressemblant à des textes comme "Le Rapport de Brodeck", différent en raison du contexte historique et ressemblant dans la mesure où c'est à la fois
trop humain et pas assez... donc finalement très humain... Difficile à expliquer!



Lystig 25/09/2010 22:41


pas de nom... la déshumanisation commence dès le début !


Daniel Fattore 26/09/2010 14:48



Force est de constater que l'auteur ne perd pas de temps, c'est vrai!



Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.