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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 16:13

PhotobucketJe présente aujourd'hui un livre qui devrait intéresser Nicolas des Apéros, pour ne pas parler de cette collectionneuse assidue ou de n'importe quel amateur ou amatrice de lait de tigre (1), surtout en cette saison où l'on aime boire frais. Il s'agit des Mémoires de Paul Ricard, inventeur du pastis qui porte son nom, publiés en 1983 sous le titre "La Passion de créer" et réédités en 2009 sous une nouvelle couverture, à l'occasion du centenaire de la naissance de l'auteur. L'ouvrage aurait pu être sous-titré: "Paul Ricard, sa vie, son oeuvre", et, vu le caractère touche-à-tout du personnage, le terme d'oeuvre n'est pas totalement usurpé.

 

Paul Ricard est, c'est un fait, devenu indissociable du breuvage qu'il a mis au point. L'histoire raconte cependant que les anisés préexistaient à Paul Ricard, fils d'un négociant en vins de Marseille. Le pastis de Paul Ricard arrive à une période où, assimilés à l'absinthe, les apéritifs anisés étaient interdits - injustement bien sûr. Tout l'effort de l'inventeur consistera dès lors à proposer une boisson légale, pas chère et de qualité supérieure aux liquides qui se négociaient sous le manteau. Il y parvient en 1932,  après des essais réalisés de manière héroïque dans la maison de ses parents. Mais la carrière du Ricard, pourtant couronnée du succès que l'on sait, ne va pas sans heurt, puisqu'une nouvelle interdiction frappe à nouveau les anisés pendant les années de guerre et jusqu'en 1951. Et que fait Paul Ricard, pendant ce temps? De l'agriculture... faisant en particulier pousser du riz en Camargue.

 

Outre la saga du pastis, "La Passion de créer" expose la conception que Paul Ricard a du métier de chef d'entreprise - et, en l'occurrence, d'une entreprise qui devient vite énorme. Il y a d'abord les questions de marketing: réglementée de manière plus ou moins stricte en fonction des époques, la publicité pour l'alcool (et en particulier pour les anisés) oblige Paul Ricard et son entourage à redoubler d'imagination pour faire connaître son produit. C'est ainsi qu'il développe plus d'une stratégie axée sur l'événementiel, produisant des films qui sont lancés à grands renforts de pastis ou organisant des "croisières de la soif" auxquelles participent des stars de la chanson. Cela, sans compter des voyages parfois épiques à l'étranger (Italie, Espagne, pays méditerranéens), pour faire connaître un breuvage estampillé "soleil, Provence, vacances, fraîcheur, etc."

 

Paul Ricard expose également sa conception du management - une vision proche du commandement militaire à certains points de vue, même si l'homme n'est pas militariste pour deux sous - et l'image qu'il a de son personnel idéal. Il le voit attaché à la cause de l'entreprise, voire passionné - au moins autant que lui, qui aime à se peindre en fonceur parfois impatient, qui sait remotiver l'un ou l'autre collaborateur qui se cherche, qui préfère les capacités aux diplômes et apprécie les candidats qui, au moment de l'entretien d'embauche, ont déjà une idée de ce qu'ils vont faire dans l'entreprise, voire des projets. L'auteur se décrit aussi en homme de réseaux, n'hésitant jamais à citer telle ou telle célébrité locale ou mondiale (entre autres le pape Jean XXIII) qu'il a croisée dans le cadre de ses activités.

 

Créatif, amateur de Marcel Pagnol et de ses personnages, Paul Ricard rappelle par ailleurs avec un certain plaisir sa pratique de l'art et sa passion pour la peinture, pratiquée même dans le cadre de son service sous les drapeaux, pendant la Drôle de guerre. Cette créativité s'exprime aussi dans l'architecture et dans les constructions qu'il lance, qu'il s'agisse d'un circuit de voitures de course ou de logements pour son personnel. Ces projets sont l'occasion pour lui de lancer quelques critiques bien senties à l'encontre d'une administration qu'il perçoit comme déconnectée des réalités: lenteurs, oppositions, faux prétextes, etc. Cela, sans parler de la politique, à laquelle il s'est si peu frotté... et avec peu de bonheur pour lui: le chapitre consacré à son expérience de maire de Signes est intitulé "La tête contre les murs", ce qui est assez significatif.

 

De ce livre, le lecteur retiendra le portrait d'un homme qui fonce, qui fait son travail à fond et exhorte ceux qui l'entourent à en faire autant. Cela, sans jamais oublier la beauté des paysages du Sud de la France, que Paul Ricard, adepte convaincu d'un art figuratif et facile d'accès (au diable les explications interminables pour comprendre l'art abstrait!), peint avec un plaisir sans cesse renouvelé. Santé!

 

Paul Ricard, La Passion de créer, Paris, Albin Michel, 1983/2009.

 

(1) Usuelle au temps de la jeunesse de Paul Ricard, cette expression fort bien imagée est reprise dans "Mangeclous" d'Albert Cohen, pour désigner le pastis.

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commentaires

champagne 01/07/2010 21:57


Bonsoir,

Nous nous découvrons, donc, autour d'un verre de Jaune...
J'adore cette idée !


Daniel Fattore 01/07/2010 22:14



Jaune... ou champagne, je ne dis pas non non plus! :-) Même si le pastis est, pour le moins, une boisson de saison.
Merci de votre visite!



Fantasio 29/06/2010 06:54


Tiens ! Je ne savais pas que le pastaga avait été interdit jusqu'en 1951.


Daniel Fattore 29/06/2010 19:34



Ca s'est passé par tranches, si j'ose dire: après interdiction par assimilation à l'absinthe, il a été autorisé pendant une période (dès 1932, sauf erreur), puis ré-interdit durant la guerre
parce qu'accusé d'avoir précipité la défaite... et réautorisé, définitivement, en 1951.



Nicolas 28/06/2010 15:49


Tiens ! Je n'avais pas vu ce billet, moi ! Je repasse demain (il faut aussi que je lise celui sur San-A mais je suis à la bourre...).


Daniel Fattore 28/06/2010 22:17



D'ores et déjà, bonne lecture! Il est toujours intéressant de connaître certains des dessous de l'une de nos activités favorites...
Bonne lecture, aussi, du billet sur San-Antonio - et en particulier de celui de L'Ogresse, participante au défi.



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