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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 19:50

PhotobucketLu dans le cadre du défi "Littérature belge".

 

Une grosse nouvelle ou un petit roman? Difficile de trancher dès lors qu'on parle de l'ouvrage "La Guerre" de l'écrivain belge Colette Lambrichs. Certes, l'auteur le présente comme un roman, qui plus est découpé en vingt-deux chapitres; mais sa brièveté et son efficacité lui donnent les atours d'une nouvelle. Il n'y a rien de superflu, en effet, dans la prose à la fois rapide et essentielle de l'auteur.

 

Quelques éléments sur l'histoire? Le rédacteur en chef d'un journal envoie Urbin Chave, un collaborateur discret, réaliser le reportage de sa vie à Glome, une "ville nouvelle". Là-bas, il va se retrouver dans des situations étranges et pénétrantes qui sont autant de défis au sens commun. Cela, sans parler d'une mystérieuse "guerre des mots" qui fait que certains termes ont changé de sens.

 

Ville nouvelle, perte de sens... le petit monde que l'auteur dépeint n'est pas sans rappeler les univers d'un Philip K. Dick. Mais son écriture parvient à toucher juste là où Philip K. Dick se perd. L'auteur de "La Guerre" ne dépeint que ce qui est absolument indispensable à son récit: un parking aux dimensions infinies, un hôpital (le "rest-océan"), une décharge où l'on pourrait se perdre. Autre qualité de son style: l'auteur prend quelque distance avec son récit, ce qui lui permet de mettre en valeur quelques pages à l'humour mordant - on pense aux fantasmes d'Urbin Chave face à son infirmière (p. 75 et 76), empreints d'un lyrisme sciemment trop appuyé, aux parfums (étonnants dans ce contexte) de parodie de roman érotique populaire, pour être pris au sérieux.

 

Autre parenté avec Philip K. Dick: les réflexions sur les grands problèmes de l'humanité. Dans "La Guerre", ils parlent effectivement au lecteur d'aujourd'hui, avec peut-être une sérieuse option sur ceux de demain. On pense à la question récurrente de l'eau, devenue rarissime donc très précieuse (avec au passage la relation tragi-comique d'une conférence délirante à ce sujet), à la pollution de l'air (il existe, dans ce livre, des emplacements où il est possible de respirer de l'air pur - mais ils ne sont accessibles qu'aux seuls riches) et au marché tout-puissant qui a tout envahi, à telle enseigne qu'une carte de crédit bien garnie est indispensable pour survivre. Cela, sans oublier, de manière récurrente, la question de la liberté de presse: les habitants de Glome vont-ils accepter qu'on parle de leur ville? Leurs arguments sont spécieux, pas facile de ne pas se laisser embobiner, de résister à la tentation du silence... Enfin, la subversion du sens des mots traverse le récit - et rappelle la novlangue qui, de manière rampante, s'installe çà et là dans le discours actuel.  

 

Enfin, l'efficacité littéraire s'affirme dès le chapitre premier, avec un dialogue à la fausse simplicité, en réalité bien travaillé: on comprend très vite qu'on a affaire à un rédacteur en chef et à son subordonné - mais le lecteur est assez vite amené à se demander où se trouve le piège. Cela, sans commentaire: seuls les personnages parlent. Idem en fin de récit, ce qui constitue une boucle... et le dernier chapitre donne, tout à la fin, la raison d'être de ce roman - une belle mise en abyme, en définitive.

 

Court, rapide - et efficace donc. Un petit roman aux allures fluides de nouvelle dopée, qui offre mine de rien l'occasion de penser à quelques grands thèmes d'aujourd'hui, dans un univers subverti qui lorgne habilement vers la science-fiction sans y basculer vraiment.

 

Colette Lambrichs, La Guerre, Paris, La Différence, 2002.

 

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commentaires

Liliba 29/07/2011 22:14


Bien chef !!!


Daniel Fattore 29/07/2011 22:26



Amen! :-)



Liliba 29/07/2011 14:02


et quand on n'a jamais lu (ni entendu parler !) de Philip K. Dick, c'est bien aussi ?


Daniel Fattore 29/07/2011 20:30



Ah oui, même sans ça, c'est superbe! Simplement, cela m'a rappelé cette lecture... mais franchement, j'ai préféré la prose de Colette Lambrichs à celle de Philip K. Dick, pourtant considéré comme
un maître de la science-fiction... Donc si je peux me permettre un conseil, donne la priorité à Mme Lambrichs.



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