Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 21:37

hebergeur imageLe monde entier s'interroge... et les deux auteurs de cet essai posent la question: "Où va l 'Amérique d'Obama?" Tel est le titre du livre très synthétique et intrigant qu'offrent conjointement Hervé de Carmoy et Alexandre Adler. A leur façon, ils dépeignent un portrait contrasté, parfois paradoxal, des Etats-Unis - et, on s'en doute, du monde entier.

 

On acceptera que leur propos démarre sur un malentendu: alors qu'il conviendrait de distinguer les Etats-Unis (une grande nation) et l'Amérique (le grand continent où se trouvent les Etats-Unis), les auteurs usent indifféremment de l'un ou de l'autre vocable pour désigner la nation présidée par Barack Hussein Obama. Important? On admettra que le lecteur est assez grand pour comprendre que c'est bien du pays de l'Oncle Sam qu'il est essentiellement question ici.

 

Alexandre Adler signe une préface plutôt longue (une quarantaine de pages sur 189), parfois rapide sur un sujet extrêmement vaste, qu'on pourrait croire peu délimité: l'auteur de cette préface s'avère prolixe, voire touffu (les phrases et les paragraphes sont longs), en évoquant de nombreux aspects apparemment fort éloignés de Washington, en particulier lorsqu'il est question de politique internationale: atouts comparés de la Chine et du Japon, etc. Cela dit, dans un constat dépourvu de complaisance, le préfacier évoque à la fois les faiblesses et les atouts des Etats-Unis pour faire face au monde qui se dessine à présent. "Un diagnostic sévère mais optimiste", résume-t-il en bandeau; c'est exactement cela.

 

Ce point de vue se prolonge dans le propos tenu par Hervé de Carmoy, ancien cadre auprès de plusieurs grandes banques. Démarrant par une approche démographique, son exposé présente Obama comme le symbole de l'évolution, voire d'un certain aboutissement d'une société particulière, celle des Etats-Unis, profondément intégratrice, incitant l'immigration à rallier le rêve américain selon l'idée du melting pot, voire du melting top (intégrer pour le meilleur). Cela ne va pas sans défis (l'intégration problématique des Latinos venus du sud), mais pas non plus sans atouts (l'immigration asiatique, hautement qualifiée). Certes rapide (1), le tableau est ici saisissant, et n'hésite pas à faire usage d'une approche historique à l'occasion.

 

D'autres éléments sont passés en revue, à commencer par la question financière, de la plus haute actualité au lendemain de la crise des subprimes et, plus généralement, du crédit. L'auteur identifie des faiblesses de fond, telles que le délitement d'une certaine éthique auprès du personnel des banques - que l'auteur compare, non sans esprit, aux conquérants du Far West. La capacité d'innovation du pays est étudiée aussi, ce qui induit un diagnostic sévère de l'enseignement, en particulier de l'enseignement secondaire (qui forme certes de très bons élèves, mais connaît aussi un taux d'échec important) - comprenant la critique d'une nation qui préfère importer ses spécialistes et laisser sur le carreau ceux qu'elle forme elle-même. La question de l'armement, enfin, permet à l'auteur d'aborder quelques enjeux géostratégiques et d'analyser de façon critique l'un des plus gros postes au budget fédéral - avec les retraites et la santé. 

 

Au final, et même si l'on regrette l'absence d'une bibliographie récapitulative en fin de volume, c'est un pays à la croisée des chemins que les deux auteurs nous présentent, en un parcours complet quoique rapide: ancienne puissance absolue et incontestée, les Etats-Unis devront sans doute composer avec les importantes nations émergentes, telles que la Chine, la Russie, le Brésil même, sans parler de l'Europe. Après l'hégémonie héritée de 1945, une nouvelle page s'ouvre. Les auteurs se veulent optimistes: malgré leurs importants handicaps (endettement colossal, infrastructures défaillantes, etc.), les Etats-Unis sont en mesure, selon eux, de relever les défis de l'avenir.

 

Hervé de Carmoy et Alexandre Adler, Où va l'Amérique d'Obama?, Paris, Presses universitaires de France, 2011.

 

(1) Pour en savoir plus sur la population des Etats-Unis, on se référera avec profit à l'ouvrage "Le peuple américain" de Jacquin, Royot et Whitfield (Paris, Seuil, 2000).

On relèvera aussi que cet ouvrage rappelle le tableau en demi-teinte que Nicole Bernheim a peint de la société américaine dans "Les années Reagan", (Paris, Stock, 1984).

Le site de l'un des auteurs: http://www.herve-de-carmoy.com.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
commenter cet article

commentaires

pikkendorff 18/10/2011 22:06


Admirateur de Jean Raspail effectivement. Lisons ces carnets de voyages.
Traiter de l'Amérique comme un tout est déjà en soi réducteur. Il suffit d'assister à une réunion lorsque le Texan rephrase car le type dde Caroline du Nord ne comprends pas ce qu'il dit et que la
jeune femme de l'Ohio utilise des mots que nul ne connait.
L'Amérique est une Ile. La réduire aux prédateurs financiers installés pour un temps sur son sol est l'erreur que fera l'auteur membres de cette nomenklatura par cooptation pour l'un et par
esclavage pour l'autre.


Daniel Fattore 19/10/2011 21:55



J'ai lu quelques Jean Raspail, non sans plaisir! Antoine de Tounens m'attend encore.
Il y a aussi, dans ce livre, une certaine confusion dans la mesure où les auteurs emploient indifféremment le terme d'Amérique et d'Etats-Unis, assimilant apparemment l'un à l'autre. On veut bien
admettre que "l'on se comprend", mais c'est imprécis... et ensuite, je ne peux qu'imaginer qu'un New-Yorkais n'a pas grand-chose en commun avec une personne de l'Ohio - si ce n'est une langue et
une certaine vision du rêve américain.



Alex-Mot-à-Mots 13/10/2011 09:36


Moins de 200 pages sur un tel sujet, en effet, c'est court. Surtout avec Alexandre Adler.


Daniel Fattore 17/10/2011 21:50



Court, super synthétique en effet. Et la partie écrite par Adler m'a paru assez compacte et touffue. Mais cela reste intéressant, pour commencer à avoir une petite idée des enjeux.



pikkendorff 11/10/2011 05:27


A la lecture de votre billet fort bien rédigé et très ''poli'', je ne regrette pas d'avoir refusé la lecture de l'ouvrage en s.p. Adler ou Carmoy sont partie prenante et ne peuvent délivrer une
analyse indépendante et donc pertinente. Je suis à Atlanta en ce moment même et un de mes collègues me dit:"Tu imagines, Patrick, 50% des américains n'ont pas de passeport. Comment peuvent-ils
comprendre le monde."
Voilà qui en dit plus et est en relation avec les 10% des Congressman s'étant déplacés à l'étranger dans les 24 derniers mois.


Daniel Fattore 17/10/2011 21:58



Merci de votre visite, Pikkendorff! Seriez-vous un amateur de Jean Raspail? :-)
J'ai personnellement trouvé les auteurs pas mal optimistes, même s'ils ont aussi su déceler les faiblesses et défis des Etats-Unis à l'heure actuelle. Après, le format est un peu court pour un
tel sujet; le caractère synthétique de ce livre en est la principale qualité... et son principal défaut: il donne envie d'en savoir plus. Et votre connaissance du terrain vaut effectivement de
l'or.



Cynthia 11/10/2011 00:02


Bon alors si j'ai bien compris : "bien mais vous trouverez mieux ailleurs" ? :)


Daniel Fattore 17/10/2011 21:50



Ou alors: "bien pour ouvrir l'appétit, mais vous trouverez des textes plus approfondis ailleurs". ;-)



Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.