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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 23:09

hebergeur imageLu par Antipode, Black Novel, Gin Fizz, Gridouillis, Hannibal Lecteur, Passion Polar, Sois belle et parle, Test Our Sofa, UPCDP, Un polar, Yv.

Lu pour les défis Premier roman et Thriller.

 

C'est chez Wrath que j'ai eu connaissance de l'auteur de ce roman - ses interventions et commentaires m'ont mis la puce à l'oreille, et force m'est de constater que la lecture de son premier roman, "Les talons hauts rapprochent les filles du ciel", ne m'a pas déçu. Lauréat du prix du premier roman du festival de Beaune, l'auteur offre en effet un voyage terrifiant et croustillant   dans les clubs parisiens à la mode, où sévit paraît-il un tueur en série particulièrement sanguinaire. Le tout est observé à la première personne par le personnage de Fitz, alias John-Fitzgerald.

 

C'est un personnage bien construit qui mène la barque: l'auteur prend soin de lui donner un nom improbable, et le personnage lui rend ce coup vache en faisant preuve d'autodérision à chaque tournant, le nom "Fitz" devenant un objet récurrent de traits d'esprit. Pour le reste, l'auteur annonce le programme: "trente ans, queutard professionnel, clubbeur impénitent, dealer à ses heures perdues", ainsi se présente Fitz. Il se révèle cohérent avec ce programme, soucieux de placer une fille différente dans son lit chaque nuit (mais on ne saura pas grand-chose des détails de ses exploits, on n'est pas dans un roman érotique!). De quoi le rendre attachant: il a son caractère, il s'y tient avec une franchise certaine, et le lecteur y croit.

 

Quant à son double statut de clubbeur et de dealer, il constitue les grands axes du récit - le premier en campant le décor général, le deuxième en dictant les relations de Fitz.

 

Connaît-on vraiment, en effet, le milieu des boîtes de nuit branchées parisiennes? L'auteur invente certes les noms des établissements. Pour le reste, leur peinture est réaliste et crédible, et témoigne, dans le meilleur des cas, d'un certain sens de l'observation, voire d'une expérience vécue. Il n'est qu'à penser, ici, à la description du mode de fonctionnement des physionomistes, plus sélectifs aux heures de grande affluence que lorsque la boîte de nuit est presque vide. Ou, dans un registre voisin, à l'existence de la rue parisienne du Pôle Nord, qui existe vraiment. Qui l'eût cru?

 

Les relations de Fitz sont dictées par le sexe et la cocaïne... La cocaïne vaut au narrateur des amitiés particulières et ambivalentes, ce que l'auteur souligne: Fitz ne saura jamais si ses amis fidèles le sont "parce que c'est lui, parce que c'est eux" ou parce qu'ils tiennent à leur fournisseur de "soleil". Quant aux attirances sexuelles de Fitz, elles valent au lecteur d'extraordinaires dialogues de drague, à la fois fins et insolents - la vanne à l'état pur. 

 

Et ce serial killer, alors? Euh, ben il tue toutes les jolies filles qu'il séduit - à moins que la vérité ne soit pas si simple? Le narrateur sait entretenir le suspens jusqu'au bout de son récit, et surprendre un tant soit peu au moment de la révélation, que le lecteur sent quand même venir, du moins en partie. D'ici là, le narrateur va être baladé aux quatre coins de Paris et de la banlieue, celle-ci offrant à l'auteur un bon prétexte pour balancer quelques vacheries sur le côté supposément arriéré des lieux qui se trouvent au-delà du périphérique: ont-ils l'eau courante, l'électricité? A ce propos, enfin, le lecteur sera tenté de se demander si la Julie des remerciements, soutien indéfectible, est la trop aimable Julie du roman... d'autant plus que comme le narrateur, l'auteur a d'incroyables yeux bleus. Sur cette base, libre au lecteur d'imaginer des clés.

 

Il convient de relever, et c'est à l'honneur de l'auteur, que la mise en scène d'un personnage pas du tout policier mais chargé d'enquêter de manière informelle par une vraie gendarmette qui se trouve être son ex impose des manières de procéder particulières et pas toujours très orthodoxes - c'est là l'une des originalités de ce roman, et non des moindres.

 

Tout cela requiert un registre de langage gouailleur et familier, et force est de constater que l'auteur trouve le ton juste pour faire parler son Fitz. Les jeux de mots fusent, les traits d'esprit amusent, en un feu d'artifice qui fait penser parfois à ce qu'a pu faire un Frédéric Dard. Ainsi le lecteur s'amuse et s'offre l'impression d'écumer les boîtes parisiennes à la mode l'espace d'un roman... si possible un cocktail à la main. Savoureux, n'est-ce pas?

 

Olivier Gay, Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, Paris, Le Masque, 2012.

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commentaires

magnetix 02/07/2014 11:40

I think most people are only aware of the beauty of Paris, as it is only what we can find on mere observation. So there are stuff like this! This is completely new to me. Do you have more novels of this kind?

Theoma 22/12/2012 16:29

joli titre !

Daniel Fattore 22/12/2012 17:02



En effet! C'est accrocheur.



Cécile de Quoide9 20/12/2012 21:49

savoureux oui... ça fait envie

Daniel Fattore 20/12/2012 22:07



... dans un milieu bien décrit, avec un certain sens de l'observation. Il est à noter que l'auteur, plutôt prolifique, s'apprête à publier un autre roman, mettant en scène les mêmes personnages,
au début de l'année prochaine.



Missycornish 16/12/2012 00:30

Je lis un roman anglais intitulé Dragonwick (je crois qu'en français le roman s'appelle le château du dragon) assez dérangeant. Cela m'a d'abord fait penser aux soeurs Brontë parce que c'est aussi
un roman gothique mais comme l'auteur est contemporain, les personnages sont plus modernes et donc moins "innocents", bien plus ambigus. L'histoire débute comme celle de Jane Eyre, sauf qu'elle est
retransposée aux Etats-Unis, avant la guerre de Sécession. J'ai le DVD en noir et blanc il faut que je le visionne.

Le deuxième roman est la couleur des sentiments (que je lis en français cette fois-ci, je l'ai acheté en poche). Je m'intéresse particulièrement à l'histoire de la ségrégation mais aussi à la
guerre de Sécession (d'où mes dernières lectures: La couleur Pourpre, Zola Jackson, Beignets de tomates vertes, Autant en emporte le vent et je l'espère bientôt Beloved et Racines mes prochaines
lectures).

Enfin, je suis en train de lire pour l'univ, Novembre de Flaubert (moyennement bien écrit, il y a des sursauts de génie puis des phrases plates et niaises, bref le style est irrégulier, cela
dégouline de romantisme excessif) Je ne suis pas très convaincue.

Voilà! Je jeterai un oeil à votre prochain billet, j'ai en ce moment beaucoup de mal à lire des romans dits "réalistes", je suis trop imprégnée de mes lectures et ces livres ont tendance à me filer
le cafard surtout en cette période où j'ai hâte de retrouver les miens. Bonne soirée!

Daniel Fattore 16/12/2012 20:24



Quant à moi, j'ai terminé hier soir "La Flèche bleue", un roman jeunesse de Gianni Rodari, bourré d'émotion et parfait en cette période de Noël: il y est question de jouets, et de la Befana, une
sorcière/fée qui apporte des jouets aux petits Italiens la nuit précédant l'Epiphanie. Je vous recommande cet auteur à l'imagination féconde; pour ma part, j'ai lu et relu autrefois ses
"Histoires au téléphone" (Favole al telefono): un recueil de nouvelles constitué à partir d'histoires qu'un représentant de commerce (l'auteur?) racontait à sa fille, au téléphone, chaque soir,
lorsqu'il était en voyage. Vous en trouverez une traduction en français aux éditions La Joie de Lire.

Et à présent, je nage dans "Les Parasites artificiels", une pochade humoristique signée Gordon Zola, généreusement inspirée de Tintin, de Hergé et de ceux qui gèrent son héritage. C'est
extrêmement drôle, mais ce n'est pas pareil...

Bonne lecture, en tout cas - j'ai entendu parler de "La couleur des sentiments", sans pour autant avoir été tenté de l'acheter afin de le lire. Un jour cependant, qui sait?

Et puis, j'avoue ne pas avoir assez lu Flaubert - j'ai bien aimé son "Education sentimentale", mais j'ai calé sur "Madame Bovary", préférant certaines suites ("Mademoiselle Bovary" de Maxime
Benoît-Jeannin, en particulier). Je n'ai pas de souvenir précis de "La Tentation de Saint Antoine", mais cette lecture ne fut pas désagréable pour moi! - Sans doute est-il intéressant de lire des
oeuvres mineures du passé: par leurs faiblesses, elles peuvent éclairer les chefs-d'oeuvre des tout grands...



Missycornish 15/12/2012 19:35

Bonjour Daniel, Je ne suis pas un fan de ce genre de roman, j'aime rêver en lisant. Je ne crois pas que je lirai un jour ce livre, il est trop réaliste pour moi, votre chronique est pourtant bien,
ce n'est juste pas mon style de lectures.

Daniel Fattore 15/12/2012 20:04



A chacun ses goûts! Là, je suis dans "La Flèche bleue" Gianni Rodari, et là, c'est du rêve et de l'émotion à l'état pur. Et vous, que lisez-vous en ce moment?



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