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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:46

hebergeur imagePolar, lu par ABC Polar, Lylalibocou, Marinette.

Lu dans le cadre des défis Premier roman et Thriller.

Merci aux éditions Marabout pour l'envoi.

 

Que penser d'un écrivain de romans policiers qui est le parfait homonyme d'un militaire français très concerné par les fusils? Evidemment, on peut se dire que son seul nom devrait constituer la clé de l'énigme. Et en l'occurrence, ce ne serait pas tout à fait faux. Mais le Nicolas Lebel qui nous préoccupe ce soir est un homme bien de notre temps, linguiste, traducteur et enseignant. Il vient de publier son premier roman policier, "L'heure des fous", aux éditions Marabout.

 

Dès le départ, l'auteur campe une certaine image de la police parisienne. Il soulève la question de la "guerre des polices", sans théoriser la question outre mesure: il préfère la mettre en scène, ce qui est un bon réflexe d'écrivain et l'amène à créer des scènes fort vivantes de négociation entre ses personnages. Ce portrait de la police passe par la peinture des accointances politiques et des petits arrangements, à travers le personnage de Matiblout. Présenter par ailleurs le capitaine Mehrlicht (nous y reviendrons) en train de faire des sudokus au bureau n'est pas très valorisant: la police est-elle un ramassis de glandeurs? Que nenni: celle-ci sort grandie de son enquête, comme il se doit dans un polar. Et en l'espèce, c'est l'esprit d'équipe qui prime, aucun des quatre personnages clés n'émergeant nettement en qualité de leader du groupe. 

 

Cet équilibre entre les meneurs principaux de l'enquête est sans doute dû à leur caractérisation, bien élaborée par leur auteur, et par l'équilibre qui en résulte. Le capitaine Mehrlicht est un personnage intéressant, en ce sens qu'il est très cultivé et souffre de toux dues à la consommation effrénée de Gitanes; le lecteur peut s'identifier à lui en suivant ce qui s'avère une jolie trouvaille stylistique: la comparaison constante de Mehrlicht avec un batracien: c'est physique, certes, mais c'est aussi l'occasion de filer quelques métaphores. Enfin, le nom de ce policier ne peut que rappeler les dernières paroles de Goethe sur son lit de mort. D'emblée, le lecteur sait qu'il a affaire à un intello. D'autant plus que le W tracé dans l'air par l'écrivain allemand à sa dernière heure rappelle un indice précis de "L'Heure des fous", vu au bois de Vincennes.

 

Le lecteur plonge donc en plein dix-neuvième siècle romantique. Victor Hugo trace sa route dans ce roman, ne serait-ce que par son buste à la Sorbonne, coeur de cible du roman. Face à lui, l'auteur place fort opportunément un certain Napoléon III (le Petit selon l'auteur des "Châtiments", mais l'auteur de "L'Heure des fous" tient à remettre quelques pendules à l'heure), instigateur d'un fusil perfectionné que je vous laisse découvrir - indice: ce n'est pas le Lebel.

 

Cela n'empêche pas l'écrivain de se rappeler qu'il est bien de son temps. Sur ce substrat romantique, le récit est donc gorgé de références policières actuelles. En particulier, la toison rousse, les origines bretonnes et le caractère bien trempé de Latour font penser à une certaine Imogène, dans la version francisée qu'en a donnée Dominique Lavanant pour la télévision. Et si le salut à Charles Exbrayat ne fait aucun doute, d'autres voix du policier français se font jour dans ce roman, à travers une astuce (d'autres parleraient de gimmick) bien trouvée par l'auteur: les sonneries fantaisistes du portable de Mehrlicht. Elles font retentir les répliques cultes du cinéma noir français et de Michel Audiard. Il arrive que ces répliques de naguère fassent avancer le schmilblick de façon décisive! Enfin, l'exploration des sous-sols parisiens n'est pas sans rappeler "Le Seigneur des Catacombes" de Patrick Jérôme Lambert, prix du Quai des Orfèvres 2008. 

 

Le lecteur pourra être déconcerté par le positionnement saisonnier du récit: alors qu'il se passe à la fin de l'été, il y est déjà question de saluer l'hiver par le biais d'une flash-mob devant le Centre Pompidou! Les citations de loi incessantes du personnage de Dossantos ont certes quelque chose de répétitif, pour ne pas dire rébarbatif, mais elles sont un moyen intéressant de camper un personnage ayant un sens aigu, quasi extrémiste, de la légalité - une manière forte de dire qu'il a ça dans le sang.

 

Le lecteur de "L'Heure des fous" aura donc le plaisir de découvrir ici un roman policier qui s'inscrit parfaitement dans une certaine tradition à laquelle il rend hommage. Ses racines sont profondes et, en même temps, il se trouve pleinement en phase avec notre époque. Et puis, il y est question d'une ville à l'intérieur de la ville de Paris, et d'un rassemblement des gueux au sein d'une Cour des Miracles moderne dirigée par un nouveau Clopin Trouillefou - ce qui devrait suffire à intriguer les inconditionnels de Victor Hugo et du dix-neuvième siècle. Enfin, quelques répliques et détours de phrases font sourire... il n'en faut pas plus pour faire de "L'Heure des fous" un roman policier de bonne facture, reposant sur des bases historiques solides, bien connues de tous et habilement exploitées, capable de tenir son lecteur en haleine.

 

Nicolas Lebel, L'Heure des fous, Paris, Marabout, 2013.

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commentaires

Marinette 06/03/2013 21:09

Un grand bravo pour ta chronique; elle m'a fait re(vivre)lire le livre en y apportant des références que je n'avais pas forcément notées.
En tout cas, je pense que l'on est d'accord pour dire que l'auteur s'en est très bien sorti (surtout pour un premier roman).

Daniel Fattore 07/03/2013 22:48



Merci Marinette, et merci de ton passage par ici!
J'ai été un peu déstabilisé par le début, avec cette histoire de chanter l'hiver à la fin de l'été - une histoire qui ne ressert plus dans la suite du roman. Mais globalement, c'est quand même un
très bon roman, bien construit et qui fonctionne, en effet! Je me réjouis de voir ce que Nicolas Lebel va faire pour son deuxième roman.



Liliba 06/03/2013 12:30

Beau billet ! Je n'ai plus qu'à potasser le mien...

Daniel Fattore 07/03/2013 22:41



... merci! :-) Je me réjouis de découvrir ton avis sur ce roman pour le moins contrasté.



Alex-Mot-à-Mots 06/03/2013 08:56

Je ne savais pas pour le fusil Lebel, j'en étais resté au famas, normal ;-)

Daniel Fattore 07/03/2013 22:44



Le fusil Lebel existe, certes, et je connais le Famas de réputation; mais là, il sera question d'une autre arme historique... fabriquée à Châtellerault, pour le coup. Je ne peux que te
recommander cette lecture, fort agréable!



Anne 05/03/2013 23:51

Il est noté !

Daniel Fattore 07/03/2013 22:42



Chic, merci!



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