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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 21:22

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Frisson, lu par Amanda, Littéraire, KactusssPaikanne, Tous les livres, Un Polar, Yspaddaden.

 

Angoissante intrigue que celle nouée par Jesse Kellerman pour son roman "Jusqu'à la folie"! Après "Les visages", l'éditeur français de cet écrivain donne ici à découvrir un opus plus ancien (2007), habilement traduit par Julie Sibony. Avec de telles références, autant dire que le lecteur reste scotché à l'intrigue - qui est pourtant solide et classique, quand on y pense.

 

Le résumé de l'histoire est finalement assez bref: en sortant du travail, Jonah voit une femme en train de se faire agresser violemment. N'écoutant que son coeur, il décide de la sauver... et tue l'agresseur. Mal lui en a pris...

 

Se fondant sur un fait dvers authentique, l'auteur construit son intrigue sur quelques ressorts classiques du comportement humain. Le lecteur admettra sans problème qu'un jeune homme vient à la rescousse d'une demoiselle en péril. Il admettra aussi que ladite demoiselle voudra exprimer sa reconnaissance à son sauveur. Jusqu'ici, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes... et les ingrédients présents seront parfaits pour un Harlequin.

 

Mais l'auteur vaut mieux que ça. C'est pourquoi il choisit de donner une dimension particulière à ses deux personnages principaux. Celui à travers le lecteur suit l'action s'appelle Jonah Stem, et son nom va faire figure de ritournelle obsédante dans ce roman; il s'agit d'un étudiant en médecine auquel on a parfois envie de donner quelques claques: le lecteur le découvre soumis et empêtré dans des affaires du passé, telles que sa relation complexe avec Hannah, une jeune ex dépressive, et avec son père, qui ne se gêne guère pour profiter de lui. Le lecteur comprend ainsi que Jonah est une marionnette.

 

Marionnette? Cette manière de dire a quelque chose de paradoxal dès lors qu'elle désigne une personne capable de sauver la vie de son prochain. Ne serait-il pas plus juste de parler de héros? L'auteur l'admet, et au début, il met en évidence l'impact de son geste sur son entourage: c'est un héros, aux yeux de tous. Mais dans le même temps, l'écrivain tempère. Le lecteur est ainsi amené à comprendre que Jonah n'est pas un héros, mais simplement un homme normal que les circonstances ont amené à tenir un rôle qui n'est pas le sien - un héros malgré lui, comme il en existe pas mal depuis le 11 septembre 2001. Compte tenu du tempérament de Jonah Stem, on peut aller jusqu'à dire que son acte n'est pas un acte courageux, ou que s'il l'est, c'est paradoxalement par faiblesse.

 

Dès lors, entre la sadomasochiste aux seins fracassés, l'étudiant qui se cherche, le colocataire en manque de gloire et la famille - sans compter la famille de Jonah - l'auteur campe un monde riche en potentialités. La présence de la famille de Jonah permet à l'auteur de créer une scène très attendue, voire prévisible: la détestable Eve Gones débarque à l'improviste à une fête familiale de Thanksgiving...

 

L'auteur crée ainsi des tensions autour de Jonah Stem - des tensions qui ne vont pas sans parallélismes. Intitulée "Chirurgie", la première partie a le goût presque agréable de la découverte du corps de chacun - avec certes, en contepoint, comme un signe annonciateur d'un basculement, la suggestion forte que la chirurgie interne est aussi une peu agréable affaire de viscères. Intitulée "psychiatrie", la deuxième partie fait évoluer de concert le mental de Jonah Stem, en regard de ses études de médecine puis de ses propres cogitations face à Eve Gones, qui s'avère être un monstre - ou un crampon, comme l'écrivit Henry de Montherlant dans sa tétralogie "Les jeunes filles".

 

Habilement, l'auteur laisse au lecteur le soin de définir qui est le coupable dans toute cette histoire. Est-ce Eve? Sa qualité de masochiste lui donne certes le goût de la souffrance, mais la profile aussi comme un personnage souffrant de l'âme, et si collant par ailleurs qu'on ne s'en débarrasse pas en lui faisant peur. Est-ce Jonah? Certes plutôt mou, il sait se montrer ferme en certains instants, quitte à cogner lorsqu'il ne faut pas. A moins que ce ne sont le duo constitué par George et Hannah, qui lui pompe de l'énergie. Cela, sans parler de la police, qui se distingue ici par son caractère velléitaire, craintif dès lorsqu'il s'agit de faire appliquer les lois - ni des avocats, qui semblent n'avoir "que la gueule" mais ne résolvent pas grand-chose. Sur cette trame d'âmes grises, l'auteur parvient ainsi à monter un roman qui, fondé sur des éléments classiques voire convenus, se lit cependant très vite et revisite à sa façon le genre du thriller.

 

Jesse Kellerman, Jusqu'à la folie. Paris, Les Deux Terres, 2011.

 

nullLu dans le cadre du défi de la rentrée littéraire 2011.

 

Merci aux Editions des 2 terres pour l'envoi!

 

 

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commentaires

Lystig 11/11/2011 14:13


une de mes prochaines lectures...


Daniel Fattore 14/11/2011 06:04



C'est du bon... de l'étrange, du suspens...



Aliénor 09/10/2011 11:08


J'hésite toujours à lire "les visages"...tellement de livres en attente...


Daniel Fattore 10/10/2011 22:36



Quant à moi, je pourrais m'y mettre - d'autant plus que certains lecteurs considèrent qu'il est encore mieux que "Jusqu'à la folie". A suivre! J'ai aussi des pelletées de livres en attente...



Alex-Mot-à-Mots 07/10/2011 09:35


Il s'agit donc de son premier roman, je me trompe ?


Daniel Fattore 10/10/2011 22:37



En tout cas, c'est un roman qu'il a publié avant "Les Visages".



Cynthia 06/10/2011 23:41


Je m'étais ennuyée durant ma lecture de "Les Visages" et celui-ci ne me dit rien qui vaille...


Daniel Fattore 06/10/2011 23:44



... Le rythme de "Jusqu'à la folie" est un peu lent - mais je l'ai trouvé globalement accrocheur, comme si l'auteur prenait son temps. Cela dit, la finale est un peu déroutante, et on
ne sait pas très bien ce que sont devenus certains personnages secondaires. Mon bilan reste cependant positif.  



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