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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 23:01

PhotobucketLecture commune avec AbeilleAlexielleAzariel87, Calypso, ChoupynetteClara, E. BennetElora, Evertkhorus, Frankie, JosteinLeyla, Linou, LiyahNaneNathalie, NelfePickwickStefVero et quelques autres que je n'ai pas retrouvés... la fine équipe de Livraddict!

 

Une lecture commune organisée par Livraddict m'a permis d'aborder enfin ce roman, qui occupe depuis pas mal de temps tout l'espace de ses 448 pages sur ma pile à lire. De la nouvelle version de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" de l'auteur américaine Harper Lee, traduite par Isabelle Stoïanov et postfacée par Isabelle Hausser, j'avais lu une critique plutôt élogieuse dans le journal "La Liberté", ce qui m'avait motivé à me le procurer au format de poche il y a des années déjà. Comme tout un chacun, je pensais qu'il s'agissait d'un roman classique sur le racisme endémique qui règne aux Etats-Unis. J'étais loin du compte.

 

Le lecteur mal informé sera certainement déconcerté par le début de ce roman. Jusqu'à la page 121, en effet, l'auteur prend le temps de planter le décor en mettant en scène une ribambelle de gamins qui s'amusent à marquer de leur empreinte la vie bien réglée d'une petite ville de province, Maycomb, dans les années 1930. Le tout est vu à travers les yeux de Scout, une fillette de 9 ans déjà bien dégourdie pour son âge. Déjà, interviennent des allusions à la religion (bien présente, sans jamais sembler aussi étouffante que chez un Marcel Jouhandeau) et à des exclusions de personnes, dont tout le monde semble s'accommoder. Ainsi interviennent des chroniques de la vie quotidienne, bien sagement structurées par chapitres: le mystère de Boo Radley qui ne sort jamais de chez lui, les fêtes de fin d'année, la rentrée scolaire, etc. Dans tout cela, le racisme et la ségrégation (avec un côté "chacun chez soi et tout ira bien") font partie du décor eux aussi, même si l'auteur ne manque pas de mettre dans la bouche de certains de ses personnages blancs des préjugés et préventions sur les noirs - et vice versa.

 

Le lecteur se dit que ce n'est pas ce qu'il attend... et ce premier quart de roman - ou de nouvelles mises bout à bout de manière plus ou moins cohérente - peut susciter un certain ennui qu'il convient de surmonter. Les scènes de tribunal, qui s'étendent sur plusieurs chapitres et dépeignent en détail le jugement d'un noir prévenu de viol (donc condamné avant même d'être jugé, vu le contexte: nous sommes dans le Sud profond des Etats-Unis, anciennement esclavagiste, en Alabama), méritent en effet qu'on les découvre. L'auteur fait ici un subtil parallèle entre le procès et la liturgie d'un office religieux. Le procès a sa liturgie, avec son grand-prêtre (le juge qui, bien qu'il semble dormir comme un pape, sait toujours ce qu'il en est), des fidèles (une assistance nombreuse - ce qui étonne parce qu'aujourd'hui, les procès sont rarement très suivis) et son lieu dédié. La scène du procès fait ainsi écho à celle où Calpurnia emmène les enfants, Scout et Jem, à un office religieux noir.

 

Avocat du noir Tom Robinson, Atticus Finch est également le père de Scout et Jem, qu'il élève seul. Côté justice comme côté humain, il fait figure de vieux sage qui voit plus loin et contrebalance le côté parfois impulsif des enfants. Il a toujours quelque chose à expliquer au sujet des relations interpersonnelles, du droit perçu comme quelque chose de très concret et des arcanes du monde des adultes. Atticus Finch est aussi le porteur d'une certaine morale qui doit plaire à l'industrie cinématographique de Hollywood (qui ne s'y est pas trompée, puisqu'une adaptation cinématographique existe, avec Gregory Peck). Mais ce n'est pas de la moraline à deux francs: exigeant avec les autres, Atticus Finch l'est aussi avec lui-même et avec sa famille. L'auteur le met du reste à l'épreuve au moment où il semble avéré que Jem a tué un certain Ewell.

 

Un père élevant seul ses enfants, et en particulier sa fille? Le récit ne se perd pas en psychologismes: l'auteur évacue la question de la mère absente en faisant dire à Scout qu'ayant perdu sa mère à deux ans, celle-ci ne lui manque pas. Quant à Atticus Finch, il ne cultive aucun deuil. Reste que Scout a quelque chose du garçon manqué. Atavisme? Le lien n'est pas établi, l'auteur ne dit jamais que "mère manquante, fille manquée"; mais il est indirectement suggéré: d'autres personnages, dans l'entourage des Finch (en particulier la tante Alexandra) accordent beaucoup d'importance à ce qui se transmet au sein de la famille.

 

Et qu'est-ce que cet "oiseau moqueur", au fond? En français, on l'appelle, paraît-il, le mime polyglotte, sur lequel il convient de ne pas tirer, ne serait-ce qu'avec les carabines reçues à Noël. Ces volatiles trouvent dans le roman une double métaphore avec deux personnages persécutés par leurs semblables: Boo Radley, qui ne sort jamais de chez lui et est moqué pour cela, et Tom Robinson, qui finira condamné à mort. Beaucoup d'honneur pour eux? Certes. Mais cela permet de considérer que l'auteur place beaucoup de confiance dans le trésor de qualités que recèle chaque être humain au fond de lui, même le plus humble d'entre eux.

 

Une lecture intéressante au final - mais je dois avouer que je ne suis jamais vraiment sorti de cette impression d'ennui que m'a donnée la première partie, apparemment totalement étrangère à ce que l'on recherche ici - et qui constitue paradoxalement une richesse: il n'y a pas que le racisme et sa dénonciation dans ce roman.

 

Harper Lee, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Paris, Le Livre de Poche, 2006.

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commentaires

N

J'ai beaucoup aimé ce roman par ce qu'il traite à la fois du racisme et du monde de l'enfance, tout en gardant un peu de mystère (concernant le père Atticus, que ses enfants appellent par son
prénom, mais aussi le voisin). Cela dit je suis d'accord avec le fait que le début est assez lent.


D


Je ne peux pas dire que j'ai franchement détesté; mais je dois avouer que ce n'était pas ce à quoi je m'attendais... ce qui a pesé sur ma lecture.
Merci de votre visite!



T

Quel superbe billet ! avec une analyse aussi fouillée et aussi proche du roman, je vais me sentir obligée de le relire ! ;)
En tout cas, nous partageons la même petite pointe de déception !
http://livresouverts.canalblog.com/archives/2010/07/12/18560059.html


D


De belles pages, mais je dois avouer que l'ouvrage était en deça de mes attentes! La lecture commune m'a servi de prétexte pour exhumer cet ouvrage de ma PAL.
Bonne continuation dans tes lectures!



L

Un livre que j'avais énormément aimé il y a quelques années.


D


Il a de farouches défenseurs, et suscite un enthousiasme certain dans la blogosphère! Cette lecture commune a été pour moi une bonne occasion de le sortir de ma PAL pour lecture.



R

J'ai un très bon souvenir de ce livre, et je ne rappelle pas m'être ennuyée au début, cette première partie est nécessaire pour comprendre la suite, je trouve, et en plus retrace la vie d'une
petite ville américaine typique (ou l'idée que j'en ai). De plus, ce livre est aussi à replacer dans son contexte et dans lépoque où il a été écrit.
C'est un de mes meilleurs souvenirs de lecture de ces dernières années.


D


Nécessaire certes, mais surprenante, voire désappointante: je m'attendais à ce que le coeur de l'affaire arrive plus vite.



A

Je ne suis donc pas un animal bizarroïde...


D


A chacun ses goûts! Cette lecture commune permet d'en découvrir de très variés.



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