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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 21:00

hebergeur imageEconomie mondiale, livre lu par Francis Richard, Stéphane Montabert

 

"La fin du dollar": dramatique par ses accents, tel est le titre du dernier ouvrage de l'économiste suisse Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. L'auteur y reprend une idée déjà avancée dans son livre "UBS, les dessous d'un scandale", celle de l'évolution de l'économie vers une nouvelle ère, où le dollar ne serait plus la seule valeur de référence. Et même s'il prend parfois des accents spectaculaires, son propos n'est guère rassurant pour l'avenir du billet vert à très court terme... d'autant plus qu'il est solidement étayé.

 

La première partie prend les allures d'un récit de guerre, vocabulaire belliqueux à l'appui: celle que mène le dollar contre l'euro - qui était en passe, il y a deux ou trois ans, de s'imposer comme une monnaie sérieuse et solide aux yeux du monde. C'était juste avant les subprimes! Dès lors, aux yeux des Américains, il s'agissait de "couler l'euro pour écouler du dollar", par une stratégie concertée de spéculations. La crise grecque et la crise portugaise ont ébranlé la confiance dans la monnaie européenne? Un peu de propagande y a contribué aussi? Quitte à brosser un portrait manichéen où l'euro a toutes les vertus et le dollar toutes les faiblesses, l'auteur démontre que cela n'est rien (ou presque) si on compare ces pays européens à ce qui se passe chez l'Oncle Sam: dette souveraine plus importante, situation préoccupante de certains Etats (exemple de la Californie), etc. Ce qui n'empêche pas le dollar de bénéficier d'une indulgence qui tient davantage, selon l'auteur, de la foi que de l'analyse rationnelle - même si les agences de notation (Moody's, Standard & Poors, au rôle certes discuté) commencent à bouger.

 

L'analyse se poursuit par un état peu flatteur de la nation américaine, vue sous l'angle de l'argent. Il démarre par la vision saisissante de l'"horloge de la dette" (National Debt Clock) qui, située à Manhattan, signale aux passants indifférents que la dette publique américaine (entre autres les bons du Trésors en mains étrangères - Chine, par exemple) avoisine les quinze mille milliards de dollars. Les Etats-Unis répondent à leurs obligations financières en faisant marcher la planche à billets, ce qui dévalue à chaque fois d'autant le cours du billet vert... et mine sa crédibilité. L'auteur évoque également la dette privée et dresse le portrait d'une société en voie avancée de paupérisation, sur fond de chômage et de vie à crédit. 

 

Son exposé s'étend ensuite sur le jeu des taux d'intérêt afin de démontrer que le système monétaire américain fonctionne selon une dynamique de bulles, comme il y eut celle des subprimes, fondée sur des taux artificiellement bas - une idée que l'auteur avait déjà développée au début de son ouvrage sur l'UBS. Cette approche, l'auteur la présente comme nettement plus malsaine que celle qui prévaut en Europe, quitte à relever la productivité du vieux continent (sur les 20 économies les compétitives du monde, 12 sont européennes et 7 utilisent l'euro) et à mettre en évidence, de manière originale, les vertus de l'austérité présentée comme une cure soignant les économies nationales de leurs excès et écarts afin de leur permettre de repartir du bon pied.

 

Solidement étayé par des études méconnues qui prennent le contre-pied d'une présentation officielle trop flatteuse des chiffres américains (et qui auraient mérité un récapitulatif en fin d'ouvrage), "La fin du dollar" a de quoi inquiéter; mais ce livre donne aussi quelques pistes pour une ère de l'"après-dollar", soulignant les aspirations des nations émergentes à jouer un rôle et à ne plus se contenter d'une donne économique mondiale où seul le dollar régnerait. On pense certes à l'euro, mais aussi au yuan... ou à des échanges de plus en plus intenses qui, aujourd'hui déjà, ne passent plus par le dollar.

 

Ouvrage visionnaire? L'avenir le dira, et assez vite, selon l'auteur. Aux Etats-Unis, la question préoccupe déjà les hautes sphères politiques...

 

Myret Zaki, La fin du dollar, Lausanne, Favre, 2011.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 06/05/2011 17:07


Je me suis posée la question à NY : mais vu comme les américains de base s'en servent et y sont attachés, je me demande.


Daniel Fattore 09/05/2011 23:14



On consomme à crédit là-bas, c'est dans les moeurs depuis plus longtemps qu'en Europe, même pour de tout petits montants. Enfin, l'affaire devrait rebondir...



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