Fattorius
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Qui veut lire "Qui veut tuer Rosa Hoffmann?" de Béatrice Shalit (blog)? A ce jour, force m'est de constater que la blogosphère du livre a été assez muette à propos de ce roman, qui constitue pourtant une des trouvailles
captivantes de la fin du printemps 2011. L'auteur est une personnalité chevronnée dans le domaine de l'écriture (une douzaine de romans à son actif, chez plusieurs éditeurs), et ce dernier opus
constitue, sous des dehors légers, un trésor d'habileté romanesque. Trésor? Suis-je excessif? Pas vraiment. Il y a quelque chose d'extrêmement habile dans ce roman de 194 pages: l'auteur y mêle
la légèreté la plus assumée et la gravité la plus profonde afin d'en tirer un résultat des plus personnels.
Côté léger, le lecteur de ce livre va croire, lorsqu'il en commence la lecture, qu'il est plongé dans un énième avatar de la chick lit. Une impression confortée par quelques éléments convergents: l'auteur met en scène une femme de quarante ans, narratrice et point de vue central du récit, célibataire, journaliste dans un magazine généraliste, cherchant sa place dans la société: elle est célibataire et n'a pas d'enfants, mais ne serait pas insensible à un tel cadeau de la vie. Les premières pages mettent du reste en scène quelques péripéties et interactions qui, à force de maladresses, semblent faire de Rosa Hoffmann une sorte de Bridget Jones parisienne. Tout cela imprime au récit une tonalité légère, agréable même, et un dynamisme qui porte le lecteur jusqu'à la fin du roman. Et s'il n'y avait pas ça, une vague intrigue policière et une histoire d'amour tortueuse suffiraient à titiller la lecture de tout un chacun.
Cette légèreté est contrebalancée par l'arrière-plan des personnages qui peuplent ce récit. Tous attachants, tous ont également un passé difficile qu'ils tentent de cacher en développant, chacun à sa manière, une carapace, une défense personnelle. Et le plus souvent, c'est dans les affaires de famille, apparemment un thème récurrent dans les romans de Béatrice Shalit, que le lecteur trouve ces fêlures. Le lecteur est ainsi placé face aux pulsions suicidaires de Rosa Hoffmann, mais aussi à une Antoinette Panetti qui ne peut se consoler de la perte d'un fils ou à une mère, Sabine, qui se trouve à l'hôpital, entre la vie et la mort, parce qu'un violeur l'a agressée - et, elle-même en termes ambigus avec sa mère, se trouve en porte-à-faux dans sa relation avec ses enfants, deux jumeaux.
L'auteur pousse plus loin en jouant avec d'éventuelles pathologies mentales de ses personnages. C'est même l'une des preuves d'habileté qui donnent à ce roman sa plus-value: en mettant au centre de son récit un personnage (Rosa Hoffmann, donc) qui peine à croire à sa propre santé mentale, elle plonge le lecteur dans l'incertitude: dans le cadre de l'intrigue policière qui sous-tend ce roman, est-elle à la fois coupable et dénonciatrice? Est-ce elle-même qui écrit des lettres anonymes à la rubrique qu'elle tient au journal? Le lecteur voit ainsi brisée une des conventions du roman policier, qui veut que l'enquêteur n'est pas le coupable (à propos, si vous avez un roman d'Agatha Christie où Hercule Poirot ou Miss Marple est le coupable, je suis preneur et lecteur). Alors, tous coupables?
Mais ce roman ne se réduit pas à une intrigue policière, et il convient d'explorer aussi le double aspect "comédie romantique"/"chick-lit" qui sous-tend le récit. Le lecteur peu sensible aux intrigues policières aimera ainsi suivre la relation qui va se créer, de manière suffisamment improbable pour qu'elle paraisse certaine, entre Rosa Hoffmann et l'agent de police Pedro Sanchez: cette relation apparemment hargneuse ressemble à s'y méprendre à la guerre amoureuse que peuvent se livrer deux personnages de toute comédie romantique à l'américaine. De telle sorte que le lecteur va se dire très vite que Sanchez et Hoffmann vont se retrouver dans les bras l'un de l'autre... mais à la suite de quelles péripéties?
Quant au ton adopté tout au long du roman, il s'avère plutôt décontracté, quitte à laisser quelques licences à l'auteur. En quelques pages, c'est tout un petit monde de personnages aux destins fêlés que l'auteur met en scène dans un savant équilibre; le tout, dans un style qui, optant pour un certain recul, ne renonce ni à un certain sourire... ni à une certaine gravité.
Béatrice Shalit, Qui veut tuer Rosa Hoffmann?, Paris, Julliard, 2011.
"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le
meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.
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"Tantôt drôles, tantôt émouvants, toujours enrichissants, les posts écrits par Daniel Fattore font du blog Fattorius un grand espoir du web de demain. Il s agit, parait-il, du blog dont les lecteurs disposent
du QI le plus élevé. Cela ne m'étonnerait pas. Pourvu que Daniel Fattore ne s'arrête jamais de nous régaler ! signé http://blog.lisabuzz.com"
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