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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 21:41

hebergeur imageTémoignage, lu par Emily.

Lecture en partenariat avec les éditions Rue Fromentin, que je remercie pour l'envoi.

 

Afghanistan, Irak, Israël, Egypte: le nom de ces pays suscite chez tout un chacun des images contradictoires, entre envoûtement oriental et réalité de guerres sans fin. Reporter de guerre d'origine américaine, Megan K. Stack, auteur de "Tous les hommes de ce village sont des menteurs" ne croit plus à un quelconque romantisme guerrier. Présenté comme une chronique de la première décennie du XXIe siècle (en gros, l'ère George W. Bush, avec le 11-Septembre en guise de repère historique) et de ses guerres au Proche-Orient et au Moyen-Orient, cet ouvrage apparaît donc aussi comme le journal d'un désenchantement. Et comme un inventaire des mensonges démasqués.

 

Le titre doit mettre le lecteur sur la piste. L'un des premiers personnages mis en scène, Zaman, signale à l'auteur que tous les hommes de tel village sont des menteurs, l'invitant ainsi à lui faire confiance. Fort bénin après tout, ce mensonge fait écho aux autres mensonges et compositions avec le réel qu'elle connaîtra au fil des missions: propagande de guerre américaine, mensonge religieux, etc. Et globalement, l'idée de mensonge renvoie à l'un des éléments clés du métier de journaliste: démêler le vrai du faux. A ce titre, entre le terrain et la propagande américaine, le choc s'avère terrible, et l'auteur ne se prive pas de le rappeler.

 

La plongée dans l'Orient accomplie par l'auteur fait toucher le réel du doigt au lecteur. Non contente d'approcher des officiels qui ne diront rien de neuf, elle n'hésite pas à se frotter aux populations locales, quitte à aller vers les plus humbles. Elle relate ainsi la renaissance fervente de pèlerinages interdits sous Saddam Hussein, dit la détresse des gens sans secours et des hôpitaux sans ressources, mais évoque aussi la vie d'un confort insolent que mènent les expatriés américains au Yémen. Cela, sans jamais oublier le statut des femmes, plus ou moins bien accepté par elles, dans ces régions. Son ouvrage dresse aussi un portrait en forme d'hommage, celui de la journaliste Atwar Bahjat, décédée au travail. Enfin, l'auteur ne recule pas devant la réflexion personnelle face à tout cela, et n'hésite pas à dévoiler les aléas de son métier: difficultés à accéder à certains lieux, méthodes pour obtenir des réponses (l'art de séduire d'un sourire, par exemple, ou l'art de décrypter les mots et les silences), quiproquos hilarants avec les interprètes, surveillances plus ou moins discrètes, etc.

 

On ressent aussi un jeu de tango (un pas en avant, deux en arrière) dans la relation qui se noue avec Zaman, un homme qui aimerait bien coucher avec l'auteur, qui s'y refuse tout en ayant des états d'âme. Il est possible d'y voir une métaphore de l'attitude de l'auteur face à son métier de journaliste de guerre: chaque page donne à comprendre que le métier n'a rien d'une partie de plaisir, mais le chapitre consacré à un retour de l'auteur à New York dit combien, à peine rentrée au pays, elle n'a envie que de repartir. Marquée par la guerre du fait de son histoire familiale (un parent, John, a survécu à un attentat à Beyrouth, puis s'est suicidé), l'auteur se retrouve écartelée entre deux mondes qui l'attirent et la rejettent à la fois.

 

La narration est lente, prend le temps de la réflexion et du détail qui permet au lecteur d'y croire. Le résultat est un ouvrage sensible et détaillé qui offre un regard rare sur le difficile métier de reporter de guerre en terrain hostile, vu à travers le regard d'une femme qui va plus loin que l'observation simple des chefs d'Etat du moment.

 

Megan K. Stack, Tous les hommes de ce village sont des menteurs, Paris, Rue Fromentin, 2013, traduction de Martial Lavacourt.

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commentaires

Emily 23/02/2013 22:59

Un livre qui fait vraiment réfléchir. J'en ai vraiment apprécié la lecture !

Daniel Fattore 25/02/2013 23:12



En effet - c'est un point de vue nuancé, qui permet de prendre du recul face à des idées reçues et à des informations trop vite assimilées. A ce titre, c'est une lecture précieuse!



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