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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 00:15

hebergeur imageLu par Christine, Unwalkers (qui ont une puissante avance...). 

Lu pour les défis Premier roman et Thriller.

Site de l'auteur: Mark Allen Smith.

 

 

Un thriller dont le personnage principal exerce le dur métier de bourreau : c’est pour le moins original. C’est justement à travers le regard d’un tortionnaire que le lecteur est amené à découvrir l’intrigue de « L’Inquisiteur », premier roman de Mark Allen Smith, qui paraît aujourd’hui même.

 

L’ouvrage crée chez le lecteur une impression inconfortable, née de la difficulté, voire de l’impossibilité de s’identifier à une profession peu cotée. Il pourrait être tenté de se raccrocher aux victimes ou aux commanditaires. Mais les victimes sont toutes des personnes qui ont commis une erreur importante et sont donc poursuivies par les ayants droit légitimes. Et ceux-ci ne sont guère plus appréciables, puisqu’ils n’hésitent pas à recourir à la torture pour obtenir justice. Le lecteur se voit donc contraint, un peu malgré lui, d’adopter le point de vue le moins incommode : celui de Geiger, le tortionnaire aux manières froides et impénétrables. Celui qui n’a pas de prénom.

 

L’absence de prénom de Geiger pourrait suggérer que son personnage est incomplet. Or, l’auteur s’attache justement à guider le lecteur en donnant à Geiger une riche figure humaine, qui se dessine en dehors des heures de travail. Le lecteur découvre, derrière le bourreau, un être humain qui consulte un psychanalyste, qui est suffisamment habile de ses mains pour fabriquer son parquet tout seul à partir de vieux bois, qui aime la musique et est très attaché à son chat – un animal aussi mystérieux que son maître, borgne comme s’il avait été lui aussi victime d’un tortionnaire.

 

Résultat : lorsque Geiger le bourreau se retrouve en position d’être torturé, le lecteur tremble pour lui…

 

Pour créer un tel climat, l’auteur prend son temps, montrant Geiger en action dans des activités de routine dûment détaillées. Résultat : ce n’est qu’en page 100 que le personnage du bourreau se retrouve confronté à ses propres limites, prié qu’il est soudain de torturer un enfant. C’est là que le récit bifurque, que Geiger modifie certaines habitudes et se montre prêt à les défendre. Cela, au nom de la vérité, qu’il est en principe payé pour trouver. Jusque-là, le lecteur pourra trouver le temps un peu long, en dépit de scènes de torture particulièrement travaillées pour donner froid dans le dos (ah, les méfaits de l’acupuncture !), d’autant plus que tout est raconté sur un ton plutôt calme qui crée un contraste.

 

L’auteur s’est largement renseigné sur la douleur, sur ses mécanismes, sa réception et sa canalisation, comme en témoigne la sibylline page de remerciements du roman. Dans son métier, Geiger fait donc figure de moderne, susceptible d’exploiter tout ce qui peut faire plier une personne : psychologie, sons, vue, douleur, perspective de perdre son intégrité physique. En ce sens, il s’oppose au personnage de Dalton, son collègue, présenté comme un bourreau brutal et violent, pour ainsi dire un travailleur à l’ancienne.

 

L’humanité affleure aussi chez d’autres personnages tels que Harry, qui prend en charge en rechignant à peine sa sœur handicapée, ou les parents d’Ezra, enfant séquestré et menacé de torture. L’intrigue trouve du reste l’une des clés de son dénouement dans un organe de critique des actions de l’Etat. Faut-il aller jusqu’à dire que « L’Inquisiteur » est un roman engagé et subversif ? Les actes décrits sont trop vagues pour qu’on puisse l’affirmer vraiment. Ce thriller constitue toutefois un bon moment de lecture, parfaitement susceptible de mettre un lecteur mal à l’aise et de le questionner sur ses empathies.

 

Mark Allen Smith, L’Inquisiteur, Paris, Best-Sellers/Robert Laffont, 2013. Traduction de Nathalie Gouyé-Guilbert

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commentaires

Anne 17/01/2013 19:28

J'ai eu des problèmes d'ordi mais c'est réparé et j'ai des billets premiers romans en attente ! Sinon, je te souhaite une bonne année, de premiers romans et d'autres belles lectures !

Daniel Fattore 19/01/2013 21:26



Bonne année à toi! Il est encore temps...
Je me réjouis de découvrir encore avec toi de nouveaux premiers romans; j'ai encore de la matière...



Anne 16/01/2013 21:16

Il est noté ! Déjà trois et nous ne sommes qu'à la mi-janvier, bravo !

Daniel Fattore 16/01/2013 22:36



Merci! Il se trouve que j'ai pas mal de premiers romans sur mon chemin de lecteur... As-tu bien commencé l'année?



Alex-Mot-à-Mots 14/01/2013 15:42

Non seulement le bourreau s'appelle Geiger (comme le comteur ?) mais en plus tu déclares qu'il a un métier peu envié ? Le pauvre....

Daniel Fattore 14/01/2013 19:44



Comme le compteur, en effet - l'astuce apparaît au coin d'une réplique. Mais c'est surtout le pseudonyme que le bourreau s'est constitué à partir de HR Giger, créateur des décors d'Alien.

Et effectivement, l'auteur ne l'a pas pétri de qualités qui font rêver a priori...



Liliba 14/01/2013 14:39

Oh oh, comme toujours cher Daniel, les livres que tu présentes me tentent bien...

Daniel Fattore 14/01/2013 19:45



La tentation est toujours là...! :-)



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