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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 20:30

PhotobucketChick lit, lu par Shopping Addict.
Harlequinades 2010.

 

Force est de constater que "Télémania", la traduction française du titre anglais "As Seen On TV" du roman de Sarah Mlynowski, est pertinente. Publié en 2008 aux éditions Harlequin (collection Red Dress Ink, numéro 12), ce roman relate en effet, de manière expansive, la folie qui gagne progressivement Sunny Langstein, participante à une émission de téléréalité mettant en scène quatre célibataires en goguette dans les bars new-yorkais.

 

Qui est Sunny Langstein? Quitte à aborder assez tardivement le coeur de son sujet (on en arrive à la télévision aux environs de la page 100 sur 499, après moult flash-backs (Sunny n'a pas eu que du bonheur dans son enfance, ah-ha!) alternant avec des récits de recherches d'emploi), l'auteur prend le temps de camper son personnage féminin principal, qui est également sa narratrice. Sunny est un personnage typique du genre romanesque de la chick lit: une femme dans la vingtaine, qui se cherche avant tout en recherchant un emploi - sans oublier l'aspect sentimental de toute quête d'une place dans la société. En dépit de qualités certaines (en particulier un certain culot, quand elle veut bien s'en donner la peine), elle n'est pas très sûre d'elle et perd facilement la tête dans des circonstances exceptionnelles (sans quoi il n'y aurait pas de roman, hé hé!). Le lecteur a beau avoir envie de lui mettre des claques à chaque coin de page, il ne pourra s'empêcher de la trouver attachante jusque dans ses petits travers. Ca, c'est aussi le côté "bonne copine", qui est son positionnement dans le cadre de l'émission à laquelle elle participe.

 

Face à elle, Sunny Langstein a deux hommes - qui incarnent chacun deux voies amoureuses possibles, diamétralement opposées. Il y a d'une part Matt, figure caricaturale, au sens harlequinien le plus fort du terme - et l'auteur l'a voulu ainsi. Il s'agit d'une star du petit écran; l'écrivain insiste donc sur son apparence physique, montrant avec une certaine complaisance ses muscles, ses lèvres pulpeuses, ses cheveux - quitte à montrer à l'occasion l'effet que cela fait sur Sunny: "Une envie soudaine de laisser courir mes doigts dans ses épaus cheveux noirs me saisit.", dit la narratrice (p. 308). Matt figure ainsi l'homme-objet, homme-friandise, apparemment inaccessible donc précieux, mais qui déçoit dès qu'on gratte un peu (bon allez, je lâche le morceau: Matt aime les parties à trois, alors que Sunny trouve ça très très moyen, pour le dire de manière diplomatique).

 

Steve constitue à ce titre un véritable antagonisme. Steve? C'est le copain légitime de Sunny; la stabilité de la relation (plus ou moins un an au moment du récit) reflète le caractère du bonhomme, jeune patron de restaurant qui garde la tête sur les épaules. L'auteur relate certes ses petits travers d'ordre sexuel (il aime mater des films X et aime les gadgets liés à la pratique des amours), mais elle insiste surtout sur la qualité de ses sentiments et sur son sérieux, au risque de le faire passer pour un "grand frère de Sunny" - qui en a cruellement manqué dans sa vie, soit dit en passant. L'auteur le présente ainsi comme un homme sérieux et globalement mature, même s'il est parfois tête en l'air et a ses "steveries".

 

Et c'est la télévision qui vient mettre un grain de sable dans l'histoire d'amour a priori sans esclandre qui évolue entre Steve et Sunny. L'auteur aborde ici un sujet plutôt classique, le monde de la télévision ayant été abordé par d'autres écrivains avant elle. Elle parvient cependant à exploiter ce décor convenu afin d'y camper mille péripéties et coups bas auxquels Sunny Langstein, rebaptisée Sunny Lang pour les besoins de l'émission, doit faire face - et Sunny glisse avec une régularité d'horloge sur les peaux de banane que l'auteur place sur son chemin, quitte à allonger un peu la sauce sans que ce soit indispensable, dans une alternance, un peu monotone au bout d'un moment (quoique rythmée de manière soutenue), d'impressions ressenties par Sunny (y compris ses ah! et ses oh! dûment transcrits) et de dialogues.

 

La télévision est un prétexte particulièrement productif à d'autres titres, d'ailleurs: l'auteur n'omet aucune occasion de parler des séances de maquillage, d'épilation à la cire (pages d'anthologie, attention, couinements et cris de douleur inclus!), d'habillage, de changements de chaussures. Elle aborde sans complexe les côtés glamour et les éléments les plus sombres - y compris un producteur qui couche avec une de ses actrices et, d'une manière générale, l'attitude pour le moins désinvolte de certains hommes, dont le propre père de Sunny Langstein. Les coulisses de la télévision sont aussi une bonne raison d'évoquer des questions très pointues, plus ou moins rarement approchées dans les romans de littérature générale: la qualité des tampons hygiéniques (les tampons Purity sont-ils floqués à l'amiante?), la gestion des petits besoins pressants, l'alcoolisme aigu au féminin (grâce au personnage de Brittany), le choix d'un maillot de bain et ses implications en termes de confort, etc. On le comprend, le regard sur certaines de ces questions est pour le moins original.

 

Alors... bien, pas bien? Je ne regrette pas le temps passé à lire ce petit roman - pas de quoi bouder son plaisir, en dépit de quelques longueurs ou de quelques ficelles un peu trop complaisamment tirées! Certaines pages feront sourire un public plus féminin que votre serviteur (!), mais ça passe aussi chez les garçons. Bilan positif pour cette Harlequinade 2010... alors, quand est-ce qu'on recommence?

 

Sarah Mlynowski, Télémania, Paris, Harlequin/Red Dress Ink, 2008.

 

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commentaires

DIDI 29/10/2010 22:48


Une descriptions d'une séance d'épilation voilà de l'originalité ;-)
Excellente chronique meilleur que le ivre sans nul doute :-O


Daniel Fattore 29/10/2010 23:16



Oh, j'ai eu l'occasion de sourire, par moments, en lisant ce livre! Merci du compliment...!



Alex-Mot-à-Mots 27/10/2010 08:35


La collection a su se mettre aux goûts du jour pour ne pas disparaître. Il aurait été dommage de perdre une collection si historique.


Daniel Fattore 29/10/2010 00:26



En effet, l'éditeur a diversifié ses collections! Celle-ci vise un public jeune; mais les collections "classiques" existent toujours. Et je ne te parle pas de ce qu'il y aux Etats-Unis/Canada
anglophone: là, c'est très segmenté, et il y en a pour tous les goûts - et toutes les mentalités!



Lili Galipette 27/10/2010 07:52


Voici donc la merveille!
J'ai lu ta chronique avec plaisir. Mais, alors que la France sort tout juste d'une des pires émissions de télé-réalité, j'avoue ne pas être tentée par le livre. La télé-poubelle me sort par les
yeux!
Cela dit, chapeau pour ton harlequinade!


Daniel Fattore 29/10/2010 00:25



Merci du compliment! C'est un petit livre sympa, mais j'ai déjà connu plus original comme cadre de l'histoire - même si c'est un bon prétexte pour mettre en scène quelques situations
rocambolesques.



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