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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 20:37

hebergeur imageRoman, lu par Biblio, Petit Sachem, Wodka.

Lu dans le cadre du défi Premier roman.

 

Le premier roman de l'écrivaine sud-africaine Ceridwen Dovey, "Les liens du sang", a tout des allures d'une fable ou d'un conte. "Une fable sur l'arrogance du pouvoir", comme le promet l'éditeur en page de couverture? Oui, mais pas que: il y a là, aussi, le portrait d'êtres humains jamais nommés, avec leurs lâchetés et, pour les hommes, un professionnalisme qui fait figure de refuge. Cela, sur fond de coup d'Etat dans un pays imaginaire, jamais nommé mais sans doute dictatorial: on vient de faire tomber le Président, le Commandant prend sa place.

 

Les trois premiers chapitres remplissent pleinement leur rôle d'exposition en donnant successivement la parole au portraitiste, au chef de cuisine et au coiffeur du Président, dans une ambiance statique, image d'immuabilité d'un pouvoir appelé à durer. Et après la narration du coup d'Etat, rien ne change, apparemment, pour ces personnages, repris dans leurs fonctions par le nouveau régime. Dès lors, le lecteur peut être tenté de penser qu'il a affaire à un récit qui met en évidence l'immuabilité de l'administration, restant en place et obéissant de façon neutre quel que soit le pouvoir.

 

Le travail est un refuge, je l'ai dit; cela s'exprime, pour les trois personnages principaux masculins mis en scène, par un fort accent mis sur les détails professionnels: le lecteur saura tout de l'art du portrait, de la manière d'apprêter les ormeaux et les langoustes, et des finesses du métier de barbier. On relèvera aussi que le coiffeur, qui tient un rasoir, et le cuisinier, qui peut empoisonner, détiennent tous deux un pouvoir de vie et de mort sur le président, dont ils sont les collaborateurs personnels. Quant au portraitiste, il pourrait agresser moralement en travestissant les portraits, ou en les arrangeant; le Président refuse cette option, préférant être peint comme il est.

 

La deuxième partie donne la parole aux femmes qui s'activent en coulisse, et c'est là que s'expriment les liens humains, entre autres ceux du sang - comme si elles en étaient les dépositaires, ce qui est une autre forme de pouvoir. L'affaire se corse pour créer une véritable intrigue amoureuse complexe, ce que suggèrent les titres des chapitres, qui indiquent le statut des femmes par rapport aux hommes: épouse, amante, fiancée. Pas facile de s'y retrouver, dès lors! On retrouve ici le sens du détail qui a fait merveille au premier chapitre, cette fois pour dépeindre le vécu et le ressenti des femmes: les signes méconnus du vieillissement, les sensations que connaît une femme enceinte - femme enceinte (l'épouse du portraitiste) qui sera le moteur de l'un des coups de théâtre les plus forts, résultat de l'enchevêtrement des relations entre les personnages d'un récit faussement calme.

 

La traduction sans nervosité de Jean Guiloineau rend justice à ce roman lent, paradoxalement presque statique alors qu'un coup d'Etat devrait être lieu d'une agitation supérieure: après tout, tout se passe dans le huis clos d'une résidence surveillée, loin du grouillement citadin. L'auteur invite donc son lecteur à partir, sans presser, à la découverte des humaines lâchetés de personnages en forme de silhouettes.

 

Ceridwen Dovey, Les Liens du sang, Paris, Editions Héloïse d'Ormesson, 2008, traduction de Jean Guiloineau.

 

 

 

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commentaires

C
Je ne suis vraiment pas sure que ce côté statique me plairait beaucoup...et apparemment cette jeune auteure n'a rien écrit d'autre, j'aurais pourtant aimé la découvrir...
D
Il est possible que ses derniers ouvrages n'aient pas encore été traduits. Mais je vous invite à essayer, même si ça ne "décoiffe" pas!
Merci de votre visite par ici!
A
C'est ton 14e titre dans ce challenge, encore une lecture originale qui nous fait voyager, merci !
D


Quatorzième... et pas le dernier! Justement, je suis en train de lire... un premier roman - et j'en ai quelques-uns à lire dans un avenir très immédiat. Donc, je continue, plus que jamais! :-)



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