Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 21:39

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit... sont servis le mercredi sur ce blog. Du moins à en croire le recueil de nouvelles "Les Croissants du dimanche" d'Annie Saumont, paru en 2008 et que je viens d'achever après l'avoir repêché au fond d'une pile de livres à lire.

Annie Saumont, rappelons-le, est devenue, au fil des recueils, une spécialiste reconnue du genre de la nouvelle. Parmi ses qualités, on compte l'efficacité, le sens de la formule et l'art de raconter en trois pages une histoire complète qui fait mouche. Je dois avouer qu'une première tentative, avec "C'est rien, ça va passer", m'avait laissé assez froid: du fait même de sa force, d'un ensemble de traits caractéristiques qu'on reconnaît partout, le style m'avait semblé toujours pareil, maniéré même.

Et curieusement, sur ce deuxième recueil lu, l'impression a été bien plus positive. L'ouvrage est-il moins abrupt? Etais-je dans de meilleures dispositions pour lire "Les Croissants du dimanche"? En tout cas, ils sont passés tout seuls, sans beurre ni confiture (ce n'est pas le genre de la maison), mais avec plaisir et respect envers l'auteur.

On l'a compris, Annie Saumont est un écrivain efficace et ce, à tous les étages, sachant parfaitement comment faire court et dense. Le lecteur qui se plonge dans ses textes va d'abord être surpris par la manière dont elle malmène la ponctuation afin de la rendre plus directe: une majuscule après une virgule pour envoyer une réplique, des virgules qui sautent dans les énumérations. Pourquoi faire lourd quand on peut faire léger? La respiration de la phrase prend ainsi, par ailleurs, un rythme très personnel.

Et puis, dans une optique d'efficacité, pourquoi finir des phrases qui se terminent par quelque chose qu'on sait déjà? Annie Saumont introduit donc sa subordonnée... et plante là le lecteur, qui reconstruit ce qui manque d'après les informations dont il dispose déjà.

L'onomastique et la géographie sont aussi souvent réduites à l'essentiel: des prénoms, rarement des noms, et des lieux mal localisés: si l'histoire se passe dans le Nord, elle pourrait aussi bien se dérouler à l'autre bout de la France, voire en Nouvelle-Zélande, où le recueil "Les Croissants du dimanche" a été composé. Tout cela donne à ces histoires d'humains si ordinaires, si sombres parfois, une aura d'universalité.

Face à un tel dépouillement, naturellement, le moindre effet de style relevant a priori du superflu prend un relief insoupçonné - on pense à la répétition de l'idée que le brocoli est une cruciféracée dans la nouvelle "Brocolis".

Au final, le lecteur se trouve face à des textes très directs, volontiers abrupts ou âpres, qui font parfois sourire, qui grincent souvent. "Les Croissants du dimanche" s'imposeront donc comme une lecture très instructive pour celui ou celle qui écrit des nouvelles: on peut ne pas aimer, mais il est précieux d'avoir assisté à la leçon, si j'ose ainsi m'exprimer.

On en parle chez
Clarabel, Marianne.  

Annie Saumont, Les Croissants du dimanche, Paris, Julliard, 2008.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Marianne 26/05/2010 22:55


et moi "Qu'est-ce qu'il y a dans la rue qui t'intéresse tellement ?"


Daniel Fattore 26/05/2010 23:05



Donc nous avons de quoi découvrir! Restons en contact... en cas de découverte à venir! En tout cas, bonne lecture à vous!



Marianne 26/05/2010 22:12


Sans conteste, une novelliste de l'éllipse ! J'aime cette maîtrise du verbe.
Vous pourrez lire mon article ici :
http://entremotsetvous.over-blog.net/article-18820807-6.html


Daniel Fattore 26/05/2010 22:16



... nous nous sommes déjà croisés grâce à ce livre!  En tout cas, merci de votre message! Quant à moi, il faudra
que je revienne un jour à cet auteur. Je garde toujours en mémoire le titre d'un recueil, très intrigant: "Le lait est un liquide blanc"...



Cécile 2 Qd9 18/11/2009 14:08


Une seule expérience Saumonée qui m'avait laissée un peu indifférente.


Daniel Fattore 18/11/2009 22:28


La première expérience que j'ai faite de cet auteur m'a vraiment peu branché... mais j'ai eu envie de lui redonner sa chance: si tout le monde la considère comme la maîtresse de la nouvelle, c'est
qu'il doit y avoir quelque chose. Et effectivement... donc respect, de ma part.


Luciolelarouge 14/11/2009 21:01


J'ai bien envie d'un ptit croissant! ^^ Sérieusement, j'ai redécouvert les nouvelles -genre difficile- avec "Insecte" de Claire Castillon. Une écriture cinglante. Les croissants d'Annie Saumont me
tentent bien. Je le lis et te dis "quoi" (je suis chti^^).


Daniel Fattore 14/11/2009 21:10


Un croissant? Quelle gourmandise! Ce n'est pas un défaut...
Quant à celui-ci, il a aussi un côté cinglant; je me réjouis de connaître ton avis sur ces "Croissants du dimanche"!


Alex-Mot-a-Mots 13/11/2009 14:55


Il y a longtemps que je n'ai rine lu de cette auteure depuis ses nouvelles sur la guerre.


Daniel Fattore 13/11/2009 22:06


C'est l'occasion de t'y remettre! Celles-ci sont volontiers noires, avec enfants battus, meurtres (et parfois une relation de cause à effet), atmosphères curieuses, ruptures de couples, etc. Les
croissants du dimanche, on les voit passer dans une nouvelle, très vite (il faut vite mordre dedans, sans les beurrer, sans quoi ils t'échappent), et dans l'exergue du roman.


Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.