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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 22:25

C'est à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle que tout commence et tout finit dans le roman "Transit" d'Abdourahmane A. Waberi, paru en 2003. Originaire de Djibouti, vivant en France, c'est de ces deux pays que l'auteur parle, dans une langue vivace et diverse où les voix se côtoient en une manière de polyphonie nimbée de khat, autour d'un certain Bachir Benladen - un pseudonyme, bien sûr...

... pseudonyme encombrant dans un aéroport français, on le devine, mais ça, le personnage, qui parle à la première personne, ne le sait pas au moment où il quitte Djibouti. L'auteur campe là son personnage le plus haut en couleur, un ancien combattant loyaliste au verbe fleuri, tortueux et torturé, où les articles sautent, où les mots se disloquent et se reloquent, où les hyperboles se retrouvent à la pelle. Pour évoquer les horreurs de la guerre civile, c'est indiqué... Pour évoquer les conflits, le personnage de Benladen recourt volontiers aux images et aux icônes du football. La guerre a ainsi ses scores vierges (si ce n'est en morts), ses balles au centre, ses arbitres même.

Le lien avec les autres personnages qui s'expriment dans ce roman n'est pas évident à établir. Leur récit semble plus apaisé, ou en tout cas moins violent, ce dont témoigne une langue plus apaisée, moins fruste, qui fait contraste et reste vivace. La Française Alice se retrouve ainsi régulièrement associée aux musiques actuelles, qu'elle écoute lors d'un voyage d'études à Djibouti. Ainsi vont chacun de ces personnages, créant tour à tour un récit - qui peine à se dégager, cependant: il faut bien avancer dans le récit pour savoir qui va se frotter avec (voire à) qui, quelles sont les histoires de famille qui vont naître de l'interaction de gens qui, a priori, n'ont rien à faire entre eux - pour ainsi dire des personnages en quête d'une histoire.

La structure globale du roman a, enfin un aspect étonnant: il comprend un très long prologue et un bref épilogue... mais pas de "logue" au milieu. Est-ce, pour l'auteur, une manière de dire qu'au fond, les hommes et les femmes qui se croisent dans ce récit n'ont pas vraiment d'histoire digne d'être racontée? Leur histoire est-elle aussi banale et impersonnelle qu'un hall d'aéroport où se croisent réfugiés arrivants et réfugiés expulsés puis oubliés?

C'est pourtant bien à travers tous ces sans-nom (au début, Bachir n'a même pas de pseudonyme; d'autres personnages sont désignés par des appellations aussi curieuses qu'Abdo-Julien) qu'il dépeint la misère sociale d'un pays devenu indépendant en 1977, au travers d'un livre aux chapitres brefs et compacts, qui exige certes un effort de lecture (pas évident de parcourir les tribulations de Bachir Benladen!). Un effort dont le lecteur se verra récompensé.

Abdourahman A. Waberi, Transit, Paris, Gallimard/Continents noirs, 2003.

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commentaires

ibrahim 24/04/2015 18:11

RAS

Ingannmic 18/01/2010 11:37


Merci pour toutes ces précieuses infos...


Daniel Fattore 18/01/2010 20:53


Je vous en prie! Ravi de vous avoir été utile.
A bientôt!


Ingannmic 17/01/2010 19:24


Bonjour,
J'ai suivi le lien que vous avez laissé sur mon site, et note donc ce titre, qui sera l'occasion d'aller un peu plus loin dans la découverte de cet auteur. Je regrette d'ailleurs de ne pas trouver
davantage d'articles relatifs à la littérature africaine sur les blogs de lecture.


Daniel Fattore 17/01/2010 19:34


Merci de votre visite et de votre lecture!
Question ouvrages de littérature africaine, il pourrait y avoir une floraison de billets durant l'année 2010: une blogueuse a lancé un challenge à ce sujet. Ca se passe ici: http://histoire-de-lectures.over-blog.com/article-challenge-safari-litteraire-42357379.html

Deux blogs sont par ailleurs spécialisés: celui de Gangoueus (http://gangoueus.blogspot.com/) et celui de Liss (http://lissdanslavalleedeslivres.blogspot.com/). Sinon, effectivement, on trouve des billets épars... mais il faut parfois bien chercher!

A bientôt!


Marie 09/01/2010 14:39


Je note ce titre ! Ce livre me plairait bien car nous n'avons pas souvent le point de vue de ces "sans nom"...


Daniel Fattore 09/01/2010 15:32


Ce n'est pas l'auteur "filant" d'un seul livre; celui-ci a effectivement son intérêt, de par le portrait de gens finalement anonymes, victimes sans visage de choses qui les dépassent (la raison
d'Etat, par exemple), qu'il brosse.
Bonne lecture!


valy christine oceany 09/01/2010 09:59


Mon passage chez vous Daniel, n'a rien à voir avec l'article. Je vous livre juste une info, si cela vous intéresse, vu que vous vivez en Suisse,
voir lien http://www.japinc.org/ven-15-et-sam-16-janv-signatures-en-suisse_192
amitié, V.


Daniel Fattore 09/01/2010 15:33


Merci de votre passage! Et merci pour cette information...
Amitié à vous!


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