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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 22:14

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitLongtemps attendu, le troisième tome des vicissitudes de Robert Langdon, "Le Symbole perdu", vient de paraître aux éditions J.-C. Lattès. Rappelons-en brièvement les enjeux: le plus célèbre des sémioticiens se retrouve embobiné dans une histoire dont l'enjeu est l'avenir du monde, avec en victimes choisies le professeur Peter Solomon, franc-maçon de mérite, et un certain Mal'Ach dans le rôle du méchant. Le tout, avec pour décor les plus célèbres monuments de Washington, capitale des Etats-Unis, la Rome du Nouveau Monde.

Le lecteur comprend assez vite que Washington, cité qui porte le nom d'un de ses pères fondateurs, est également un haut lieu de la franc-maçonnerie; il comprend simultanément que cette société discrète occupera dans ce récit une place prépondérante - ce qui change un peu de la religion catholique, qui occupe le premier plan des précédents romans "Anges et démons" et "Da Vinci Code". de Dan Brown. Celui-ci ne lésine pas sur les explications théoriques; il a cependant l'habileté de les faire intervenir par différents canaux: une fois c'est le professeur qui explique à ses étudiants, une fois c'est le méchant de l'histoire, une autre fois c'est la soeur de Peter Salomon, Katherine. Dans une certaine mesure, cela évite de leur donner une apparence trop lourde.

De là, l'auteur bascule dans des sciences méconnues, en particulier la noétique, science de la pensée, rattachée à la philosophie. Qu'en penser? Le personnage de Katherine Solomon pose l'hypothèse que la pensée a une vraie force, capable de changer les choses. Dans un premier temps, on songe bêtement à la télékinésie, ce qui suffit à faire basculer le récit dans du Stephen King l'espace d'une seconde. Cela intervient en page 73, alors que rien n'est joué; dès lors, le lecteur est en droit de se demander si la discipline de Katherine Solomon est vraiment sérieuse.

Flatter le lecteur
Et c'est là qu'on arrive à l'une des faiblesses principales du récit. Celui-ci, en effet, flatte le lecteur par au moins deux biais. L'un d'entre eux consiste à utiliser comme fondements non pas les théories et hypothèses les plus réelles ou les plus vraisemblables, mais celles qui sont les plus porteuses du point de vue romanesque. Un système pratiqué par de nombreux auteurs, tels Alexandre Dumas.

En l'espèce, la franc-maçonnerie semble plus sexy si l'on met en avant son jeu frappant de rituels et de symboles - ce que fait l'auteur. Or, la franc-maçonnerie n'est pas un jeu d'énigmes mais un pari bien plus profond qui, fondé sur la seule certitude humaine (nous sommes vivants!), considère que l'humain est perfectible et que ce perfectionnement peut naître de l'effort de chaque personne, initiée ou non (de même que M. Jourdain fait de la prose sans le savoir, il semblerait qu'on puisse faire de la franc-maçonnerie sans le savoir). Or, cet aspect "pouvoir de la pensée" est absent de l'image que l'auteur renvoie de franc-maçonnerie - à l'en croire, c'est plutôt une équipe de bonshommes qui courent après une pyramide de pierre et d'or. Il est bien plus présent dans la description qu'il donne de la noétique, en revanche, paradoxalement...

Le deuxième élément flatteur peut être résumé par l'idée que Dan Brown sait très bien tirer les bonnes ficelles pour que le lecteur se sente vachement intelligent en lisant "Le Symbole perdu". Pensez donc: celui-ci se sent invité à découvrir les grands arcanes de la franc-maçonnerie, société discrète la plus célèbre et la plus mystérieuse qui soit. Facile, à ce régime, de donner à chaque lecteur l'impression de découvrir un secret. Reste à savoir si celui-ci repose sur autre chose que du vent... et compte tenu des choix d'hypothèses de l'auteur, il convient de suspecter chaque page d'être une vérité puissamment romancée, voire une contre-vérité, pour ne pas dire un mensonge. Reste qu'au premier degré, si l'on a oublié son esprit critique au vestiaire, on a l'impression valorisante d'apprendre des choses. 

Un professeur aux compétences limitées
Ces choses portent sur l'aspect le plus ostentatoire de la franc-maçonnerie, et peut-être le plus accessoire - puisque, nous l'avons suggéré, la franc-maçonnerie est plus un art de (mieux) vivre qu'un art des mystères. Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit Le lecteur amateur de jeux de pistes sera comblé: carrés magiques, étymologies méconnues, alphabets cryptés, astuces et symboles abondent dans ce roman. C'est là que Robert Langdon montre quelques limites assez peu compréhensibles pour un professeur d'université, en particulier lorsqu'il ne repère pas le "Laus Deo" de l'ultime carré symbolique (du reste traduit par "Gloire à Dieu", ce qui est peut-être un peu différent de "Louange à Dieu"). Sur ce coup-ci, on lui accordera les circonstances atténuantes: éprouvé par une nuit délirante, Langdon est fatigué...

On l'attrape aussi en flagrant délit de simplification abusive lorsqu'il attribue aux seuls Arabes la paternité du zéro (qui provient de l'Inde, en fait) et passe sous silence le fait que dans certains pays dits "arabes", on utilise des chiffres "arabes" qui ne sont pas les nôtres - les philatélistes confirmeront, à l'instar de l'illustration ci-contre. 

Des ficelles éprouvées
Dan Brown recourt par ailleurs à des ficelles éprouvées pour faire avancer son récit. On songe naturellement à l'exercice du déguisement, inhérent au personnage de Mal'Akh, à la fois tatoué et maquillé. Les lecteurs les plus fidèles penseront sans doute à quelques retournements de situation reposant sur le même ressort dans "Da Vinci Code", en particulier lorsqu'il s'agit de banques suisses (qui ont une réputation d'habileté à dissimuler, soit dit en passant). L'auteur aime par ailleurs jouer du flash-back, et en fait un usage un peu trop fréquent pour être de bon aloi - sous différentes formes: souvenirs, rêves, scènes de vie. Enfin, c'est une scène de reconnaissance des plus classiques (usée jusqu'à la corde, de Sophocle à Olivier Descosse en passant par Luke Skywalker et "Les Noces de Figaro") pour accentuer le côté tragique de certain épisode du récit. Le suspens est systématiquement amené par des ralentissements dans la narration - une narration déjà dense au départ, puisqu'il s'agit de concentrer en six cents pages une seule nuit - et, en particulier, sa première moitié. 

Et puis, l'on admettra volontiers que les francs-maçons, persécutés en Europe, ont exporté leurs secrets. Mais pourquoi Diable l'auteur veut-il que tous ceux-ci se retrouvent en mille morceaux... se trouvant tous à Washington? Une organisation ayant des antennes partout dans le monde aurait été bien mieux inspirée de répartir ses arcanes partout sur le globe. Or, tout ce roman part de l'idée que ces objets énigmatiques, présentés comme porteurs d'un secret pouvant changer la face du monde, se trouvent à Washington. Damned: une personne qui sait peut facilement les rassembler, sans même prendre l'avion! Au premier degré, c'est un peu difficile à croire. Mais il est permis de soupçonner l'auteur d'avoir voulu montrer ainsi que... Washington, donc les Etats-Unis, gouvernent le monde, y compris par les voies les plus souterraines. Cela me rappelle tous ces films mille fois vus où ce sont les USA qui sauvent le monde de dangers divers (météorites, épidémies, etc.). En l'espèce, c'est même la CIA, présentée comme le gentil qu'on ne reconnaît pas comme tel, qui joue le rôle de la cavalerie. Péché d'orgueil? A vous de juger. 

De même, à vous de juger si cette lecture vous tente! Elle ne devrait cependant pas être prise... pour parole d'Evangile. Personnellement, je veux croire que la franc-maçonnerie va plus loin que ce qu'en montre cet ouvrage.

Dan Brown, Le Symbole perdu, Paris, Jean-Claude Lattès, 2009. 

P. S.: j'invite plus particulièrement toute personne connaisseuse de la franc-maçonnerie, initiée ou non, à réagir ou à nuancer mon approche au besoin.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès et au site Blog-O-Book pour cet ouvrage et l'occasion ainsi donnée de le commenter, en toute liberté.

Vous trouverez des textes sur la franc-maçonnerie sur le site
Esoblogs, qui m'a aussi informé dans le cadre de ce billet et que je remercie au passage.     


 

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commentaires

Sophie Guillaume 12/05/2011 18:47


Erreur de frappe dans le commentaire précédent: je voulais écrire : "Sans trop en faire", car votre style me paraît délié!


Daniel Fattore 16/05/2011 07:04



Je ne vous oublie pas - je vous fais un mail! Merci de vos premiers retours sur mes nouvelles! :-)



Sophie Guillaume 12/05/2011 18:45


Je viens de lire les deux premières nouvelles de votre recueil.Je ne sais pas si la manière dont je les ai resse ties vous conviendra mais je les aies ressentie commeunedouce soiré d'été entre
amis.La première m'a rappelé bien des souvenirs scolaires, jusqu'aux références historiques, philosophiques et musicales (Deep Purple); un monde familier que vous décrivez avec justesse, "trop en
faire".La seconde, examen, concerne un monde qui m'ezst étranger, les cartes. J'aitrouvé cela bien décrit etlesdialogues claquants mais j'aurais aimé une intrigue plus forte. En tous cas,
l'ensemble est agréable à lire et dégage de la joie et de la tranquillité ce qui, malheureusement, ne court plus la littérature. Je continue, donc. Quant au roman de mon ami, cela va constituer
pour vous un contraste saisissant. Ce qu'il écrit est parfois inquiétant de paranoïa. Après l'avoir lu vousaurez même l'impression que votre voisin vous parle car il cherche à vous faire plonger
dans je ne sais quel complot millénariste!
Bonne lecture, à bientôt!


Sophie Guillaume 07/05/2011 00:07


je dois aller chercher votre livre chez la gardienne de ma résidence lundi. Laissez moi quelques jours pour finir " le robot qui rêvait" d'Isaac Asimov et j'attaque votre ouvrage.
A bientôt


Daniel Fattore 09/05/2011 23:12



Encore merci pour la commande - et d'ores et déjà, bonne lecture! :-) C'est vrai que ces livraisons de livres ont toujours un côté sportif...



Sophie Guillaume 30/04/2011 22:17


C'est effectivement d'érudition mais aussi d'un goût marqué pourl'étymologie dont il est question. Vous pourrez vous en rendre compte en le lisant lorsque vous recevrez votre commande.Cela vaudra
mieux que tous les discours. Quant à moi j'ai hâte de recevoir le vôtre et sachez que si j'aime j'e parlerai autour de moi. Bon week-end également.


Daniel Fattore 03/05/2011 21:58



Je me réjouis de recevoir ce livre - il est probable que je passe une commande groupée dans la première quinzaine de mai. En tout cas, merci pour votre intérêt pour mon petit recueil! Je me
réjouis de connaître votre avis à son sujet.



Sophie Guillaume 28/04/2011 23:11


C'est juste un passe-temps. C'est drôle, je ne sais pas si Philippe a pris connaissance de mes messages mais il m'a avoué en rentrant de l'école (il est enseignant)qu'ilavait fait sa promotion sur
des blogs.J'en suis restée bouche bée. Ca ne lui ressemble vraiment pas. Je crois que je vais lui prodiguer tes excellents conseils. Il était flatté parce que ses collègues-lecteurs lui ont dit que
son style rappellait beaucoup Umberto Eco. Moi je trouve le style d'Umberto Eco trop lourd.


Daniel Fattore 30/04/2011 21:36



... d'Umberto Eco, je garde le souvenir très ancien de ma lecture du "Pendule de Foucault", qui m'avait fait sourire et me gratter la tête à l'époque. Depuis, plus rien, si ce n'est le
visionnement du "Nom de la Rose". Cela dit, si la comparaison porte sur l'érudition de Philippe comparée à celle de M. Eco, c'est plutôt flatteur...

Et effectivement, le mieux est de faire savoir, à gauche et à droite, que le livre existe - d'autant plus que tout le monde ne va pas se fournir sur Lulu, et n'a pas non plus le réflexe d'aller
voir ce qui se passe sur ce site.

Après, prochaine étape: prendre connaissance des retours... :-)

Je te souhaite un bon dimanche!



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