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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 20:00

nullSuite et fin! Ce questionnaire m'aura amené à faire quelques réflexions sur ce que devrait être la littérature (à propos, la jeune femme de la photo semble encore s'interroger... source!).    

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    • 7. Les romans à gros tirages et gros succès (romans populaires) peuvent-ils être considérés comme de l’art? Pourquoi?

Euh oui, pourquoi pas ? Il est faux de considérer que le succès commercial est suspect, de même qu’il est faux d’estimer qu’une diffusion confidentielle est forcément une preuve de génie supérieur. L’art naît d’une démarche étrangère au succès commercial ; mais si celui-ci est au rendez-vous, c’est tout bénéfice pour l’auteur, l’éditeur et tous les acteurs de la chaîne du livre. Mais le texte n’en sera pas moins bon pour autant. Et certains auteurs, aujourd’hui des classiques, ont su rallier jadis et naguère les suffrages du grand public et de la critique.

Tout au plus pourrait-on dire que les lecteurs avides d’exclusivités rares vont bouder les gros succès commerciaux par crainte de ressembler à Monsieur Tout-le-Monde, quitte à passer à côté de belles choses. Des éditeurs jouent de ce sentiment d’être un « happy few » en se positionnant comme découvreurs de talents élitaires, expérimentaux, etc., entre autres en optant pour des couvertures austères qui font vachement sérieux - je pense à Verticales ou à Minuit - qui ont aussi, certes, des auteurs dont on dit communément qu'ils sortent du lot (Alain Robbe-Grillet ou Jean Echenoz pour Minuit, François Bégaudeau pour Verticales).  

  •  
    • 8. Avez-vous déjà apprécié un mauvais livre? Lequel et pourquoi? – En avez vous éprouvé de la gêne?

Euh, c’est quoi un mauvais livre ? Il m’est arrivé d’apprécier des livres qu’il est de bon ton de décrier, entre autres dans le domaine de la chick lit (« Le diable s’habille en Prada » de Lauren Weisberger constitue par exemple une radiographie stupéfiante de la société new-yorkaise) ou de la littérature de gare. Je ne vais pas bouder mon plaisir…

  •  
    • 11. Avez-vous déjà déprécié un bon livre? Lequel et pourquoi?

On a beaucoup dit que Carlos Ruiz Zafón écrivait de bons livres. Et je me suis profondément ennuyé avec « Le Jeu de l’ange »… à tous les niveaux d’ailleurs : intellectuellement faible parce qu’il use de ficelles trop souvent rabâchées, ennuyeux pour les tripes parce que j’ai eu l’impression, vers la page 200 (sur 600), que l’auteur avait tout dit.

De même, Amélie Nothomb et Virginie Despentes m’insupportent – et ce n’est pas faute d’avoir essayé, plutôt trois ou quatre fois qu’une pour chacune d’elles; mais c'est un ressenti parfaitement personnel. Cela dit, force est de constater que chez Despentes au moins, il y a un vrai style, une vraie personnalité... au service d'un propos qui peut déranger, ce qui est un signe d'excellence. Cela, alors qu'Amélie Nothomb me paraît se livrer, ouvrage après ouvrage, à des jeux intellectuels fort beaux, mais un peu creux.

  •  
    • 12. Les prix littéraires récompensent-ils vraiment de bons livres?

Ils récompensent souvent des écrivains issus grands éditeurs. Ces derniers ont une puissance de lobbying dont les petits ne disposent pas forcément et qui vient s’ajouter au professionnalisme présidant à la production d’un livre : travail conjoint sur le texte entre l’éditeur et l’auteur, mise en place, capacité d’approcher la presse et les acteurs clés, etc. Mais cela ne veut pas dire que les livres primés sont forcément mauvais parce qu'ils sont plus visibles. Simplement, à texte égal, certains prix auront tendance à favoriser les grosses machines éditoriales, qui occupent mieux l’espace. Evidemment, je pense là aux grands prix littéraires parisiens d’automne, ceux qui font vendre massivement.

Les prix littéraires d’un niveau plus modeste sont-ils plus « purs » ? Récompensent-ils toujours les meilleurs livres ? La question est ouverte – on peut penser au copinage rendu plus facile, parfois, par la proximité accrue, quasi consanguine, entre le jury et les auteurs ; on peut songer à l’influence de la presse ou de l’image positive (plus ou moins usurpée) que renvoie un auteur déjà connu et qui « mérite un prix parce que tout le monde l’aime bien », etc.

Bref, quel jury peut se vanter d’être indépendant à 200%, pour ne distinguer que les meilleurs livres, et pas ceux qu’on lui a dit de récompenser ?

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    • 13. Seriez-vous disposé à catégoriser la littérature en d’autres termes que bonne/mauvaise? Que vous évoque cette distinction : Littérature de l’esprit et littérature du cœur? La trouvez-vous préférable/juste?

Pour être vicieux, je pourrais dire qu’il n’est qu’une seule littérature : celle qui est à la fois du cœur et de l’esprit… et même de l’âme.

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    • 14. Théoriciens vs opinion publique : si l’un des deux à tort, cela signifie-t-il que l’autre a raison?

Non, parce que leur mode de réflexion et d’action est radicalement différent. Et c’est très bien ainsi.

Je passe sur les questions 9 et 10, la formulation plus contrastée, moins consensuelle a priori, des questions 8 et 11 m'ayant paru plus intéressante à creuser.

Et vous, qu'en dites-vous?

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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commentaires

Missycornish 27/06/2012 19:50

Un débat passionnant qui en effet, amène à se poser de nombreuses questions. Pour ma part je n’arrive pas pour le moment à lire Paul Auster ni ses notes de bas de pages, cela viendra un jour
sans-doutes. Je n’aime pas Amélie Nothomb, je la trouve pédante et un rien tordue… Enfin c’est tout à fait subjectif.

Daniel Fattore 27/06/2012 21:24



Passionnant... je me suis effectivement passionné pour les questions lancées par Reka! Je dois avouer que je n'ai pas lu une seule ligne de Paul Auster (c'est grave, Docteur? ;-) ) et que comme
vous, je n'arrive plus à lire A. Nothomb - dont je trouve la prose creuse, au-delà des beaux exercices intellectuels. Bon, il faudrait encore lire "Stupeur et tremblements", avant d'avoir un avis
définitif. Mais j'ai plein d'autres choses à découvrir sur ma pile à lire!

Merci de votre message et de votre passage sur mon blog!



Reka 16/03/2012 12:27

:))))) Je viens de voir le premier commentaire. Très amusant :)
Reka est beaucoup moins sexy. Elle a beau avoir travaillé dans plusieurs bibliothèques, je crois qu'il ne lui viendrait pas à l'idée de lever une jambe ainsi surtout en talons hauts. Reka n'est pas
très téméraire, et elle aime ses chevilles davantage que la séduction elle-même ! ;)
Merci encore, Daniel, pour cette énorme réflexion ! :) A très bientôt.

Daniel Fattore 16/03/2012 21:10



... mais certainement charmante! ;-)
J'ai eu beaucoup de plaisir à me prendre au jeu de ces quelques questions relatives à la "bonne ou mauvaise littérature"; dès lors, c'est à moi de te remercier pour cette occasion donnée de
réfléchir à ce vaste sujet.
J'ai répondu à certaines questions en pensant à des titres précis, parfois difficilement avouables, de ma pile à lire; il y aura donc probablement quelques surprises ces prochains mois sur
ce blog. Celles-ci ne seront que le reflet de ma curiosité...



XL 14/03/2012 20:10

et bien, si tu me prépares ce genre de réponse pour le tag... ça doit prendre du temps !

Daniel Fattore 15/03/2012 21:21



Ce sera sans doute plus concis! :-)



Alex-Mot-à-Mots 10/03/2012 20:01

C'est Reka, sur la photo ?

Daniel Fattore 12/03/2012 21:03



Non, ce n'est pas elle - juste le fruit des cogitations de Google à partir de mots clés improbables...



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