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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 20:50

PhotobucketEh oui... foin de romantisme! C'est ce que suggère d'ores et déjà la page de couverture du premier roman de l'écrivain et musicien genevois Marc Milliand, "Première à droite après l'Eden", paru récemment aux éditions Faim de Siècle/Cousu Mouche: c'est sombre, et il y a un coeur en photo dessus.

 

Sombre, ce roman l'est volontiers, et en particulier dans ses premières pages, qui annoncent, si j'ose dire, la couleur: "C'est pas gênant, qu'elle ait la gueule écrasée, face de crapaud. Y suffit de la foutre à quatre pattes. [...]". A cette aune, et en découvrant Sandra, femme défigurée par un accident, et Ron, qui la pratique en sadique, le lecteur peut s'attendre à un roman plutôt trash. Plus loin, cependant, le récit se fait plus lumineux, ou moins sombre - humain, tout simplement, peut-être. Car sous l'apparence de scènes volontiers quotidiennes (travail, souvenirs de chouettes vacances, fête d'anniversaire de Sandra, achats entre copines, usage d'un vibromasseur, voyages en transports publics), c'est la part obscure de l'humain, celle que cache le vernis, que l'auteur explore mine de rien.

 

Le lecteur est ainsi invité à rencontrer quelques solitudes humaines qui cherchent à se muer en relations, d'une manière ou d'une autre: des copines qui glandouillent au lit le matin alors qu'elles devraient étudier, par exemple, ou un employé de banque modèle qui cache d'inavouables mystères. Personnage intéressant que Jean, en effet: l'auteur fouille son passé, son enfance passée sous les quolibets d'autres élèves, pour dévoiler ce qu'il y a derrière son impeccable façade de banquier. C'est sur lui, trucidant Gladys sans état d'âme afin de découvrir ce qu'elle a à l'intérieur (comme viscères, on l'a compris), que s'achève ce roman, dans une ambiance finalement aussi noire que celle du début, même si c'est dans un autre contexte. Cette scène finale paroxystique en rappelle une autre, du reste, au goût de répétition générale, où Jean, passionné d'anatomie (on sublime comme on peut), touche du doigt le coeur encore palpitant d'un chat qu'il vient d'écraser en voiture...

 

Et l'auteur est un homme habile. Les choses inavouables, il les saisit aussi au gré des conversations de restaurant, à l'heure du plat du jour. A ce titre, le chapitre 1 est un véritable tourbillon qui entrecroise les dialogues jusqu'à étourdir le lecteur. Ailleurs, deux dames parlent de leurs petits; on se dit qu'il s'agit de petits d'hommes, avant de comprendre qu'il s'agit de leurs chiots respectifs, des bêtes de race qu'elles humanisent de manière étonnante. Toutes les scènes de ce petit roman suivent l'un ou l'autre personnage et glissent de l'un à l'autre à la manière de certains films de Robert Altman, au fil de transitions soignées. Avec un sens aigu du rythme, l'auteur fait alterner chapitres dialogués et pages plus compactes.

 

Un écrivain à retenir, donc! Et un ouvrage d'excellente facture... bonne lecture! Cela, même si tout n'est pas rose ici: on le sait à présent, le coeur est un viscère.

 

Marc Milliand, Première à droite après l'Eden, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2009.

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commentaires

Angel-A 01/05/2010 19:10


Je me suis carrément trompée d'article !
Peu importe ;)


Daniel Fattore 02/05/2010 20:45



Pas grave! ;-)



Angel-A 01/05/2010 19:09


Tag fait ;)


Daniel Fattore 02/05/2010 20:45



Chouette! Je t'ai laissé deux mots chez toi.



Ingannmic 27/04/2010 15:53


Voici qui paraît fichtrement intéressant !!!
Je note, je note...


Daniel Fattore 27/04/2010 20:57



C'est un bel ouvrage, que je recommande en effet!
Merci de votre visite!



liliba 24/04/2010 16:56


ça a l'air tout de même un peu gore, non ?


Daniel Fattore 27/04/2010 21:01



C'est fait avec beaucoup de finesse - et les pages les plus fortes ne sont pas forcément les plus "trash". Cela, même si la dominante reste sombre.



Marc Lefrançois 21/04/2010 12:04


Bonne idée lecture, en effet...


Daniel Fattore 27/04/2010 21:03



Certes! Pas rose du tout, mais c'est du bon.



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