Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 19:41

hebergeur imageLu par Prix Virilo.

Les blogs de l'auteur et de l'éditeur.

Lu dans le cadre du défi de la rentrée littéraire.

 

"Suis-moi, je te fuis; fuis-moi, je te suis": c'est à ce proverbe devenu classique qu'on pourrait, à l'extrême, résumer le premier roman de Myriam Thibault, qui faisait déjà partie de la rentrée littéraire 2010 avec son recueil de nouvelles parisophile "Paris, je t'aime". Fidèle à son éditeur Leo Scheer, l'écrivain tourangelle offre ici une balade dans un Paris version hype, à la poursuite d'un homme qui poursuit une femme avant qu'elle, à son tour, ne se mette à le rechercher alors qu'il a laissé tomber.  

 

L'ouvrage s'ouvre sur un exercice de style périlleux, que l'auteur réussit: se glisser dans la peau d'un homme de médias fameux et empreint de suffisance - et d'orgueil, disons-le. "Mon boulot? Etre insolent et cynique.", dit-il fort à propos (p. 12), rappelant la caricature du "Parisien tête de chien". A cela vient s'ajouter le stéréotype de l'homme prédateur, considérant les femmes comme des "créatures" (p. 14) et dédaignant les "demi-beautés" (p. 20). Pour appuyer le trait, l'auteur glisse dans la bouche de ce personnage masculin des réflexions telles que l'euphémisme peu délicat "physique pas facile" (p. 21) ou, plus vache encore, la remarque "Le genre de fille inintéressante au possible, qui ne sert qu'à..." - et le lecteur est invité à imaginer la suite. Autant de tournures trouvées très à propos pour mettre en scène un personnage peu attirant et exposer un certain regard porté sur les femmes. Il fallait bien un personnage odieux pour, dans un premier temps, faire fuir la femme qu'il poursuit de ses ardeurs, et le portrait que l'auteur en dresse est fort et convaincant.  

 

Face à lui, du coup, la femme, Daphné, paraît un peu pâlotte. Cela tient sans doute à ce qu'elle est: une femme divorcée élevant seule un enfant, une figure parisienne relativement ordinaire (même si elle a accès à des milieux goûtant au paraître) pour lequel une approche trop typée paraîtrait vite boursouflée. Son ex-mari lui-même paraît navrant, obligé qu'il est d'utiliser un texte de Benjamin Biolay (cité in extenso, ce qui est long, d'autant plus que le roman pèse tout juste 104 pages) pour s'adresser à son ancienne conjointe. Une telle personne ne peut que finir victime d'un prédateur tel que l'homme du récit. Certes, leur relation n'aboutira pas; mais la troisième partie, "Chronique nocturne", indique la manière dont l'homme exploite sa rencontre.

 

Et puis, il y a la présentation d'un Paris hype... cette mise en scène culmine avec la visite d'un bar branchouille dont le caractère "à la mode" gomme assez mal les inconvénients, en particulier sa petite taille et son hygiène toute relative - le Paris à la mode, le Paris des vedettes n'est-il qu'une façade? interroge ici l'auteur, en filigrane. L'écrivain prépare le terrain, en particulier en recourant à un procédé devenu classique: le namedropping, ou parachutage de noms. Il est parfois excessif (on pense au carnet d'adresses de Daphné, p. 33, ou à la description de sa bibliothèque, p. 78, longuement cités). Le lecteur préférera la mention discrète de noms et de marques qui, par l'imaginaire qu'elles révèlent, suffisent à suggérer un contexte: un stylo Montblanc, par exemple, ou des chaussures de danse Repetto.

 

C'est cependant ainsi que l'auteur dépeint, au long d'un roman après l'avoir fait au fil de nouvelles, l'image d'une certaine Ville-Lumière dont les scintillements, pas toujours bien consistants, font encore rêver des millions de personnes dans le monde entier. Mais qu'y a-t-il au-delà des apparences? L'orgueil, l'envie de paraître, par exemple en bouclant un reportage bien craché, surpasse parfois un désir légitime, engendré par un "tango parisien" né entre deux personnages au détour d'une peu discrète séance de drague de rue. "Orgueil et désir" comporte certes quelques longueurs, quelques faiblesses; mais son propos est cohérent et, au-delà des personnages mis en scène, brosse avec pertinence, débarrassée de la relative naïveté qui nimbait "Paris, je t'aime", un Paris à la fois attrayant et prédateur. Et si Paris, au fond, c'était un peu l'homme de médias qui parle ici? En tout cas, on se réjouit, ici, de retrouver cet auteur dans de nouveaux textes.

 

Myriam Thibault, Orgueil et désir, Paris, Leo Scheer, 2011.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Missycornish 16/12/2012 00:19

Je dois admettre que j'ai un petit faible pour le cimetière du Père Lachaise et la librairie Gibert Jeune. Généralement je fais un saut à la libraire, j'y passe au moins une heure, je prends un thé
dans un café du coin et ensuite je flâne à la recherche des tombes des célèbres auteurs ou même chanteurs (Marcel Proust, Oscar Wilde, etc). C'est mon endroit favori, je reste sur un banc à
bouquiner mes nouvelles trouvailles.

L'autre endroit qui me plait particulièrement est le restaurant Bel Canto. Les serveurs chantent de l'opéra. C'est magique et un peu fou. Bref, j'aime Paris de jour comme de nuit mais j'aime rêver.
Et vous? Avez-vous un endroit qui vous plait à Paris?

Daniel Fattore 16/12/2012 20:40



Je ne suis qu'épisodiquement à Paris... j'ai visité le Père Lachaise une seule fois, et j'en garde un bon souvenir. Gibert Jeune est un passage obligé pour moi aussi, j'y trouve certaines
nouveuatés récentes à prix réduit - par exemple les publications des éditions Leo Scheer. Autant dire que je fais le plein en une heure ou deux. Et côté livres, je suis aussi passé deux ou trois
fois chez "Manon lisait", en face de la gare d'Austerlitz, ces dernières années. J'étais de passage... et j'y ai même trouvé des livres édités en Suisse, à des prix sans concurrence.

Côté restaurants, je me souviens surtout que c'est à Paris que j'ai mangé chinois pour la première fois de ma vie - c'était au "Palais de la griserie", en 1992. Sinon, l'un de mes coups de coeur
récents va à la "Maison géorgienne", qui propose, comme son nom l'indique, de la cuisine géorgienne - cela ne se trouve pas partout, c'est le moins qu'on puisse dire, mais c'est fameux! J'ai
aussi d'excellents souvenirs des restaurants visités à l'occasion des "Dîners Livres Echanges" occasionnellement organisés par l'excellente blogueuse Cécile de Quoi de 9 (
http://ceciledequoide9.blogspot.com ): Les Fous de l'Île, C'est mon Plaisir 2, Bistro 121, etc. 

J'ai entendu parler du Bel Canto, d'ailleurs - le concept est sympathique, mais on dit qu'on n'y mange pas mieux que ça, même si le chant est bon; qu'avez-vous pensé de la cuisine, des plats?

Et côté rêve, bien sûr, il y a le Palais Garnier, le restaurant du premier étage de la Tour Eiffel (avec vue), les églises, un "Requiem" de Mozart chanté à la Madeleine il y a une dizaine
d'années... que de bons souvenirs!



Missycornish 15/12/2012 19:42

Cela ne donne guère envie de s'installer à Paris. Je préfère admirer ses beautés comme une touriste vagabonde que je suis et ne pas trop me mêler à la foule parisienne...

Daniel Fattore 15/12/2012 20:03



Une certaine ambivalence marque en effet l'image renvoyée par Paris; perso, j'aurais plaisir à goûter quelque temps la vie parisienne, l'espace d'un stage par exemple. Je garde aussi de très bons
souvenirs de mes expériences de touriste dans la Ville Lumière. Quels sont les lieux parisiens que vous appréciez particulièrement?



Alex-Mot-à-Mots 04/11/2011 09:25


Une plongée dans le monde de Paris la nuit.


Daniel Fattore 04/11/2011 22:32



La nuit, mais aussi le jour, puisque la première rencontre entre l'homme de médias et la fameuse femme a lieu dans un bistrot parisien, en plein jour.



Cynthia 02/11/2011 22:34


Bof bof...Ca sent le Beigbeder en plus jeune et moins drôle :)


Daniel Fattore 03/11/2011 23:45



Il y a effectivement une parenté, assumée.
On parle peu de cet opus sur la blogosphère, alors que "Paris, je t'aime" avait eu un certain écho chez les blogueurs l'an passé. Enfin... à suivre!



Cynthia 01/11/2011 22:37


Un quelconque rapport avec "Orgueil et préjugés" ?


Daniel Fattore 02/11/2011 21:51



Le titre appelle ce commentaire - mais ne connaissant pas "Orgueil et préjugés", je n'ai pas été en mesure d'analyser cette question plus loin, même si j'y ai pensé. A toi de jouer?



Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.