Roman policier, également lu par Camille, K-Libre, Lire-Relire, Mes petites idées, Totalybrune, Valunivers; d'autres billets en vue, puisque ce livre a fait l'objet d'un partenariat entre Livraddict et Le Livre de Poche, que je remercie ici!
"Mako", un titre intrigant. Et une couverture qui ne l'est pas moins: j'avoue qu'en ouvrant ce roman policier signé Laurent Guillaume, je ne savais pas vraiment dans quoi je mettais les pieds. Le prière d'insérer avertit que ce sera une visite des bas-fonds, entre tapins et boîtes de nuit branchées; le fait que l'auteur soit actif au Mali, ajouté au caractère énigmatique du titre, aurait pu laisser croire à un polar africain. Prix VSD, prix Coup de poing: on se dit que ce sera du costaud, du viril quoi.
Et c'est finalement dans la couronne parisienne que l'on débarque. Et en effet, ça fait mal. Le lecteur est jeté d'emblée, sans ménagement, dans un monde de durs qui ne font pas de quartier, si ce n'est de viande: Lily se fait violer à la veille de ses examens de psychologie, le violeur (un dénommé Vloran Vidic) se fait attraper la main dans le pot de confiture et, coffré, se fait cogner en cellule par l'agent Mako. La violence de ces scènes initiales est encore renforcée par quelques éléments narratifs. L'un, convenu, peint la hantise de la jeune fille qui rentre chez elle, seule, la nuit; l'autre, plus recherché, place la scène du viol dans un endroit qui devrait rester paisible: une école.
Les cadres malsains et les ambiances nocturnes inquiétantes se succèdent ensuite; bois de Boulogne, ferme en rase campagne, bar à kebab, boîte de nuit, bureau de police terne aux carrelages incolores. Peu d'espoir à rechercher dans ces lieux: même le domicile de Mako est triste, quoique propret. Ce n'est qu'à la toute fin du récit qu'on aura droit à un rayon de soleil printanier...
Derrière le viol, c'est toute une mafia kosovare que l'enquête met au jour, avec des prostituées martyrisées par des proxénètes qui mélangent allégrement les genres en trafiquant de la cocaïne et en renseignant le contre-espionnage français. La diversité de ces éléments permet à l'auteur de présenter une enquête diversifiée et de confronter les intérêts parfois antagonistes de plusieurs acteurs: la brigade anticriminelle (dont Mako fait partie), mais aussi d'autres brigades et même l'armée, avec le personnage peu avenant de Lefèvre.
Et, on l'a compris, ça castagne sec et sans pitié tout au long de ce livre. C'est là qu'apparaît une facette originale du personnage de Mako, policier éminemment incontrôlable et instable. Pour venger Lily (et peut-être pour des raisons plus personnelles), il ira jusqu'à faire pas mal de dégâts non contrôlés dans le gang des Kosovars. Ceux-ci ne sont pas tendres non plus, et l'auteur ne se gêne pas pour décrire, sans détour et de manière parfois un peu brute de décoffrage, le sang versé, les os qui craquent, la cervelle qui gicle. C'est donc dans un monde de brutes que Laurent Guillaume promène ses lecteurs - un monde d'hommes aussi, où les femmes adoptent le plus souvent une position de retrait ou de subordination pas forcément choisie mais le plus souvent soufferte (physiquement, j'entends), à l'exception de la juge d'instruction, Emilie, qui finira par sortir de scène pour résoudre une situation intenable pour elle.
Roman coup de poing donc, roman accrocheur aussi, écrit en chapitres plutôt courts. Laurent Guillaume signe ici un polar très noir et efficace, pile de la bonne longueur, dont on sort vanné comme après une bonne grosse séance de boxe.
Laurent Guillaume, Mako, Paris, Le Livre de Poche, 2010.