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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 21:52

 
Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitEros et Thanatos, l'amour et la mort, se côtoient de très près dans le roman "La fête des masques" de Sami Tchak, écrivain togolais vivant en France. Ce n'est du reste pas la seule référence au monde occidental, puisque les écrivains de France y sont omniprésents et que le titre de ce roman est directement tiré d'une chanson de Catherine Lara, citée dans l'ouvrage.

Eros et Thanatos, donc. Quoi de mieux, pour l'illustrer, que de rappeler le début de ce récit? Un homme, Carlos, passe la soirée chez une femme, Alberta. Ca pourrait marcher... mais après l'acte, il l'étrangle, et elle en meurt. Là-dessus, le fils de la morte, Antonio, rentre chez lui, comprend ce qui s'est passé et décrète que Carlos doit mourir à son tour - et qu'il le tuera lui-même. Le stoïcisme, le calme apparent des deux personnages masculins, devenant de ce fait des types, des géants, fait penser à la tragédie grecque, où les personnages acceptent un destin qui les dépasse.

Le personnage de Carlos est creusé de manière dense, surtout si l'on note que ce roman pèse un peu plus de cent pages. Qui est-il? Un complexe d'infériorité le poursuit durant toute sa vie: est-ce un homme mou, comme le disait son père? Un homme qu'on peut déguiser en femme, comme l'a fait sa soeur? Le mignon d'un officier? Le personnage de Carlos est écrasé par une grande soeur qui se comporte davantage que lui "en homme", allant jusqu'à fréquenter les ministres, et par des parents dont la relation se nourrit de violence, une violence acceptée voire voulue par la mère. C'est donc sur un malentendu que le bouchon va sauter... et c'est Alberta qui en fait les frais. Carlos reste calme, dès lors, et raconte sa vie à Antonio - cela, de manière décalée par rapport à la narration du présent: la mort de Carlos est racontée avant que celui-ci n'ait fini son récit, ce qui donne au lecteur l'impression que Carlos, clé de voûte du roman, parle depuis le royaume des morts. "Tu m'écoutes, Antonio?", phrase récurrente, revêt dès lors une résonance particulière.

Les récurrences sont du reste l'un des jeux de rythmes que l'auteur affectionne particulièrement. Ce sont des répétitions de mots, qui confèrent au récit une certaine oralité, et un supplément de puissance. C'est aussi le retour obsédant de la chanson de Catherine Lara qui berce le début du récit. Et naturellement, il y a la récurrence du nom d'Antinoüs, favori d'Hadrien, comme Carlos fut le favori d'un officier.

Et puis, au fond, où se passe cette histoire? L'auteur entretient ici un flou qui permet de la placer un peu partout dans le monde, tout en donnant quelques pistes, finalement fort générales: des prénoms hispaniques (donc issus d'une langue internationale très répandue), un milieu qui semble assez aisé (voitures, contacts avec les autorités), billet de cent dollars servant à payer une machette. Un flou qui donne au récit un caractère universel - comme peut l'être une tragédie grecque.

On en parle chez Gangoueus, Anne-Sylvie Sprenger, PtitChap.   

Sami Tchak, La Fête des masques, Paris, Gallimard, 2004.

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commentaires

neodymium magnet 03/06/2014 12:21

Love and death are two undeniable truths of life. One quote I liked the most about these two is that both are similar as they take our heartbeats away. You have shared a well written post and I am quite impressed.

Liss 10/01/2010 01:41


Bonjour Daniel, j'ai terminé Filles de Mexico et je viens de publier mon commentaire sur ce roman.


Daniel Fattore 10/01/2010 21:12


Je m'en vais aller voir ça sans délai! Merci de me l'avoir signalé.


A_girl_from_earth 25/11/2009 00:20


J'aime beaucoup les sélections Continents noirs de Gallimard en général. Celle-ci devrait me plaire. En passant, encore un tag ici:
http://lecture-sans-frontieres.over-blog.com/article-ouhloulouloulooouu-encore-un-prix--39688514.html


Daniel Fattore 25/11/2009 21:45


C'est du bon, en effet! Et j'en ai encore deux ou trois en réserve.

Pour le tag, je m'en vais voir ça illico - merci d'avoir pensé à moi!


Cécile de Quoide9 24/11/2009 23:01


Daaaaaaaaaaniel ?
Où es-tu ?


Daniel Fattore 25/11/2009 21:43


Làààà. à nouveau! Je t'ai écrit par divers canaux. Désolé pour mon absence dans la blogosphère...


Liss 21/11/2009 12:42


Voici un article tout comme je les aime. Il nous invite à quitter la surface pour aller dans les profondeurs. Pas mal, pas mal.Du coup j'ai envie de le lire, ce roman. Mais avant, faudrait
peut-être que je m'attaque aux filles de mexico, que j'ai depuis plusieurs semaines. Et puis de Sami tchak j'apprécie aussi, justement cette qualité littéraire, quand il commente ou rédige un
article, il vous emporte. Que ce soit dans ses oeuvres ou dans la presse, ses articles sont d'une telle saveur ! j'ai lu son papier sur la rentrée littéraire, sur le site Cultures Sud, vraiment
trop bien !


Daniel Fattore 25/11/2009 21:59


... merci de votre lecture attentive et de votre appréciation! Le roman en question vaut effectivement la peine d'être lu - il est du reste assez court, donc pas de longueur(s) décourageante(s) le
cas échéant. Quant à moi, il faudra que je lise autre chose de lui! Bonne continuation - et au plaisir de vous relire!


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