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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 18:05
 

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitDans la série des livres anciens et méconnus, en voici un qui a plus de vingt ans puisqu'il a paru en 1987 dans sa version française, et en 1985 dans sa version allemande. On aimerait pouvoir se dire que "L'aide qui tue" de Brigitte Erler a vieilli, que l'aide au développement ne se conçoit plus de la manière décrite dans cet ouvrage. Mais le fait qu'il soit toujours vendu dans sa version allemande (il en est à sa quatorzième édition, et se vend toujours) et le fait que d'autres ouvrages abordent les mêmes thématiques (par exemple "L'Aide fatale" de Dambisa Moyo, paru chez Albin Michel il y a quelques semaines seulement) permet d'en douter.

Ancienne coopérante, ancienne députée socialiste en République fédérale d'Allemagne, Brigitte Erler propose rien de moins que la suppression de l'aide au développement: "l'aide au développement nuit à tous ceux à qui elle est censée servir, pays ou individus. Il faut donc y mettre immédiatement fin", dit-elle en page 8 de l'édition française, parue aux Editions d'En Bas. La démonstration de l'auteur s'appuie sur son expérience personnelle au Bangladesh, où elle a effectué sa dernière mission. Pas d'analyse scientifique ou de grands appareils théoriques dans ce petit livre, mais rien que des choses vues, sur le terrain ou dans les bureaux de Bonn. Brigitte Erler a touché à tout dans le cadre de sa mission: élevage bovin, problématiques de l'eau, formation, contraception, attitude du personnel allemand et des populations bangladeshis. Le ton est celui du témoignage personnel, relevé d'une ironie féroce qui ne glorifie pas les acteurs de l'aide au développement.

Les errements de l'aide au développement pratiquée dans les années 1983 par l'Allemagne se retrouvent à plusieurs niveaux. Brigitte Erler relève d'abord l'imposition de méthodes occidentales inadaptées à la réalité locale. On note par exemple l'exportation de vaches allemandes à haut rendement au Bangladesh. Pratique... mais ces bêtes sont plus fragiles que les espèces indigènes, et imposent donc l'achat de médicaments hors de prix. Sans compter qu'il faut les nourrir, et qu'elles sont particulièrement gourmandes... Le paysan se retrouve donc obligé de s'affamer pour nourrir un bovin. Les effets collatéraux (par exemple ceux de l'empoisonnement des étangs à poissons) sont également mentionnés parce qu'on les oublie trop souvent. Trop souvent également, l'Occident arrive avec des solutions toutes prêtes à des problèmes déjà résolus par les populations locales... voire créatrices de nouvelles difficultés ou de dépendances non voulues. Enfin, les exemples tendent à démontrer que l'aide profite surtout aux riches, au Bangladesh comme en Allemagne (l'entreprise Siemens, par exemple, ou Schering, qui produit des contraceptifs dont l'usage s'avère problématique sur place alors qu'il est évident sous nos latitudes).

On le voit, la charge est lourde. L'auteur brosse ici un tableau dense de ce qui ne va pas - c'est-à-dire tout, à l'en croire. Le parti pris de témoigner de choses vues, de manière brute, a l'avantage de créer un choc chez le lecteur curieux de savoir où va l'argent de ses impôts (p. 9); il est dommage, toutefois, que Brigitte Erler n'ébauche guère de solutions. Un travail de titan pour un politologue courageux? Au lecteur de juger.

Brigitte Erler, L'aide qui tue, Lausanne, Editions d'En Bas, 1987, traduction d'Odile Chazerand.

Le site du livre:

http://www.toedlichehilfe.de.

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commentaires

Marie 09/12/2009 08:24


Je ne suis pas tellement attirée par ce livre... Il faudrait effectivement faire évoluer notre aide au développement, changer nos méthodes, faire plus attention aux destinataires réels, et surtout
finir de nettoyer les relents de colonialisme des mentalités occidentales. Mais delà à supprimer toute aide. Le remède est trop facile je trouve !!! Nous sommes incompétents, et plutôt que de nous
améliorer il vaut mieux tout abandonner ?


Daniel Fattore 09/12/2009 22:40


Un livre qui a peut-être la faiblesse du témoignage brut, très premier degré, mais aussi la force du genre!
Et si l'on pense en termes de politiques publiques, s'il faut remettre en question l'aide, il convient aussi de se demander si elle est souhaitable pour ceux qui en sont, ou devraient en être les
bénéficiaires. J'ai eu clairement l'impression, en lisant B. Erler, que le meilleur service à rendre aux pays en développement est de leur lâcher la grappe... Cela dit, entre la situation dépeinte
et l'action zéro, il y a une marge pour faire quelque chose qui soit réellement utile, sans effet secondaire néfaste. Mais - et le livre le dit aussi, entre les lignes - c'est un défi difficile à
relever.


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